La République des menteurs

Publié le par le front anti-Hollande

La chronique de Yves de Kerdrel dans Valeurs actuelles.

Jamais un président n’a autant parlé de transparence et jamais il n’a autant menti. Sur son patrimoine, sa vie privée, son mode de vie et les résultats de sa politique.

L’écrivain russe Maxime Gorki disait que « parfois le mensonge exprime mieux que la vérité ce qui se passe dans l’âme ». À entendre, à lire ou à voir tous les mensonges que nos politiques de droite comme de gauche assènent sans même s’en rendre compte, on comprend mieux maintenant pourquoi notre vie politique est gangrenée par ces âmes noires qui prétendent l’incarner. L’affaire Fillon-Jouyet, dont nous avons déjà parlé dans ces colonnes, a été une sorte de goutte d’eau qui a fait déborder le vase de la défiance des Français à l’égard de ces personnages qui ne s’aperçoivent même plus à quel point ils prennent leurs concitoyens pour des imbéciles à force d’égrener les contrevérités. Mais une chose est certaine : jamais, avant l’arrivée à l’Élysée de François Hollande, le mensonge n’avait été à ce point un élément quotidien de la vie politique. Si Mitterrand pratiquait volontiers le cynisme et le double jeu, son disciple use et abuse du mensonge, de la forfaiture et des mystifications, y compris avec ses propres amis.

Bien sûr, il y a différentes formes de mensonge, qui ont bien peu à voir les unes avec les autres. Mais leur usage répété et systématique montre à quel point notre démocratie est malade. Outre-Atlantique, la prévarication est l’une des fautes les plus graves, qui entraîne immédiatement l’empêchement d’un président, la démission d’un ministre ou la révocation d’un haut fonctionnaire. De même dans un grand nombre de pays d’Europe du Nord, qui placent le respect des institutions et des citoyens au-dessus de tout. Pour avoir menti sur le montant de leurs notes de frais, dans des proportions qui feraient sourire en France, plusieurs membres de la Chambre des communes ou des lords ont vu leur existence politique prendre fin. Pendant ce temps, le député Thomas Thévenoud, qui a fraudé le fisc, n’a pas payé son loyer et a menti sur tous ces faits, continue de siéger à l’Assemblée nationale et passe la tête à la commission du développement durable afin de toucher les indemnités qui sont liées à cette fonction. Mais cela n’émeut plus personne au sein du Parti socialiste sous l’étiquette duquel il a été élu.

Il faut dire que ce parti est dirigé par Jean-Christophe Cambadélis, qui est un expert en mensonges au point de se prétendre titulaire d’un doctorat, alors qu’il n’a eu ni maîtrise ni licence. En dehors de cela, le patron de la Rue de Solferino a un casier judiciaire bien rempli, puisqu’il a été condamné à de la prison avec sursis dans l’affaire Agos avant d’être reconnu coupable de recel d’abus de confiance dans l’affaire de la Mnef, où il a perçu, en quelques années, près de 95 000 euros sans justification. Quand le poisson pourrit par la tête, il n’est pas surprenant qu’un simple député aperçu la main dans le pot de confiture et pris au piège de ses mensonges refuse de démissionner. Comme l’avait résumé Jérôme Cahuzac, après avoir quitté le gouvernement, pour une affaire de fraude fiscale : « C’est moins grave de mentir quinze secondes devant 577 députés que de mentir depuis un an sur l’état de la France, comme le fait François Hollande. » Par cette déclaration, l’ancien ministre délégué au Budget a parfaitement résumé l’attitude de toute la clique qui entoure le chef de l’État et qui a érigé le mensonge en méthode de gouvernement.

Curieusement, jamais un président de la République n’a autant parlé de transparence, au point d’instaurer une forme de terreur en la matière, et jamais il n’a autant menti. En ce qui concerne son patrimoine personnel, sa vie privée ou son mode de vie, comme l’a révélé son ex-compagne, dans son livre de confessions. Mais aussi s’agissant de l’état de la France, de sa politique et des résultats enregistrés depuis deux ans. Il avait promis l’inversion de la courbe du chômage, qui s’aggrave toujours ; le respect des engagements européens, sur lesquels il s’est assis à trois reprises ; et il a minimisé les effets de sa politique fiscale, qui ne devaient concerner que 10 % des Français, mais qui ont réussi l’exploit de toucher même ceux qui ne payaient pas d’impôt avant 2012. Ce qui ne l’empêche pas de continuer en promettant, il y a seulement deux semaines, qu’il n’y aurait pas de nouveaux impôts en 2015. Avant d’être aussitôt contredit par son secrétaire d’État au Budget.

Le savoureux dialoguiste qu’était Henri Jeanson avait écrit que « le mensonge est, comme le tabac et les allumettes, monopole d’État ». À l’époque, c’était une boutade. Aujourd’hui, c’est hélas un fait quotidien. Un fait qui ne prête pas à rire. Car il a pour conséquence de plonger la France dans une terrible crise de défiance, qui profite aux extrêmes, aux bateleurs et aux bonimenteurs de tout poil. Alors que notre pays a besoin de se regarder sans fard, s’il veut enfin guérir et retrouver confiance en lui.

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