François Hollande n’a pas fait un triomphe à Davos

Publié le par Jean-Marc Sylvestre

Le gotha de la finance mondiale n’aime pas l’arrogance. Le gotha de la finance mondiale préfère les résultats, les performances et les efforts promis et réalisés. François Hollande est venu donner des leçons. Ça n’a pas été très bien accueilli.

Les "global leaders". C’est comme cela qu'on appelle les participants au forum mondial de Davos. Ces derniers ont certes fait une standing ovation à François Hollande, mais ça ressemblait plus à une politesse assez classique qu'à la satisfaction d’avoir entendu un discours fort et nouveau. Les Davoisiens ont salué celui qui avait géré la crise du terrorisme à Paris et tout le monde a reconnu que la gouvernance française s’en était bien tirée.

Cela dit il en faut plus pour être sacré à Davos comme un grand chef d’Etat. Il ne faut surtout pas pêcher par arrogance ou maladresse. Or François Hollande a multiplié les bourdes et les erreurs.

Erreur d’arriver en retard, faute de gout que d’obliger les organisateurs à changer le protocole en prétextant que c’est de la faute de la neige. De la neige à Davos il y en a tous les ans.

Erreur encore que de parler en français sans s’en excuser.

Ce n’est pas le signe qu’on s’inscrit fortement dans le concert des nations mondiales. On peut parler dans sa langue nationale à Davos, mais on explique "en anglais" pour quelle raison on parle dans sa langue. Il y a toujours une raison noble et politique surtout. Les chinois savent faire cela merveilleusement bien. Les Allemands aussi.

Erreur aussi que de s’adresser aux milieux financiers internationaux en flattant leur puissance, leur efficacité après les avoir traités de voyous et désignés comme les ennemis pendant toute une campagne présidentielle. Les milieux financiers internationaux de Davos auraient appréciés que le Président de la république s’explique sur la nécessité française d’avoir deux langages ; que la démocratie était au prix de ce type de posture. Hélas. Une langue de bois à Davos et une langue de vipère à Paris en période d’élections quand on est de gauche mais pas seulement.

Erreur enfin d’avoir choisi de faire un plaidoyer pour la lutte contre le réchauffement climatique, d’essayer de convaincre les investisseurs d’abonder le fonds vert de l’ONU qui devrait atteindre les 100 milliards de dollars alors qu'il est pour l’instant bloqué à 10 milliards et qu'il le restera longtemps. François Hollande n’a visiblement pas compris que la lutte contre le réchauffement climatique ne passera pas par des accords gouvernementaux. L’échec cuisant de Copenhague il y a 5 ans aurait pourtant dû lui servir de leçon. La lutte contre la pollution passera par une prise de conscience individuelle, des actions très décentralisées, sous la pression des opinions publiques locales et des marchés ; la Chine a paradoxalement plutôt progressé sur ce terrain. Une fondation privée comme celle de Bill Gates, présent à Davos fait plus pour la santé publique dans le monde émergent que toutes les politiques publiques d’aides au développement. Les davoisiens ont parfaitement compris que François Hollande avait choisi ce dossier pour des raisons de politique interne à la France. Il lui faut avant la fin de l’année rassembler les écolos pour qu’ils l’appuient dans cette opération qu’il inscrira à son bilan. Les davoisiens n’ont pas à servir d’alibi à des fins de politiques politiciennes.

Mais ce qui a le plus insupporté l’assistance, c’est la tendance à l’arrogance.

Arrogance quand il a semblé revendiquer un bénéfice de son action contre le terrorisme en France comme à l’étranger. Tous les pays peuvent être (ou ont été confrontés à ce problème). D’autant que la France n’a pas fait l’unanimité dans sa défense "radicale" de la liberté d’expression. La défense de caricatures outrancières pouvant coûter très cher a beaucoup d’occidentaux qui travaillent à la mondialisation.

Arrogance quand il a fait la leçon aux milieux financiers internationaux pour qu’ils cassent les circuits de recyclage d’argent sale, le blanchiment et le financement du terrorisme. Comme s’il suffisait de claquer des doigts pour que les voleurs et les fous du monde entier disparaissent.

Arrogance enfin quand il s’est félicité de l’opération BCE et du plan de refinancement annoncé par Mario Draghi ... en laissant entendre que la France avait beaucoup travaillé à cette réforme ... une opération européenne, oui certes, mais une opération née a la banque centrale européenne indépendante de tous les pouvoirs politique y compris du pouvoir politique allemand. On s’est trop plaint de l’influence allemande pour laisser croire que l’Europe du sud a repris du poids dans la gouvernance de la BCE.

Le problème est ailleurs et François Hollande s’est bien gardé d’insister : le QE ne peut fonctionner et créer de la valeur, de l'activité et des emplois que si l’argent se diffuse dans les entreprises, c’est à dire si les états cessent d’emprunter et de dépenser. En clair ça ne marchera que si et seulement si les gouvernements prennent leurs responsabilités. Le QE de 1000 milliards, c’est de la morphine qui étouffe la douleur de la réforme. Mais le QE n’exonère pas la réforme.

François Hollande n’a pas apporté plus de précisions sur ce point et la majorité des financiers de Davos ont bien compris que la France profitera de ce QE, puis du pétrole, puis de l’euro faible, puis des taux zéro, pour ne pas faire les reformes.

Françoise Hollande a très bien compris qu’avec un tel paquet, on n’avait plus à batailler avec les marchés puisqu’ ils ont la garantie qu'il n y aura pas de faillite, avec les contribuables puisqu’il pourra continuer à emprunter.

La Davoisiens les plus cyniques ont compris après avoir entendu François Hollande que ce QE profitera d’abord et surtout à l’industrie financière. La fin de semaine a d’ailleurs été flamboyante sur les marchés financiers. Les états ont emprunté comme jamais et les actions en bourse ont explosé à la hausse.

Source : Atlantico.fr

Publié dans Hollande

Commenter cet article