Le rassemblement, c'est pas pour tout le monde !

Publié le par le front anti-Hollande

Des responsables des jeunes de l'UMP ont célébré le passage en 2015 avec des "amis" du FN et déclenche la colère du Parti socialiste. L'auteur de cet article, paru sur Le Point.fr, démontre que l'on est tous inégaux devant le rassemblement !

Par JÉRÔME BÉGLÉ

Deux petites brèves piochées dans l'actualité de ces derniers jours qui montrent à quel point le rassemblement, ce mot valise que chaque homme politique prononce au moins dix fois par discours, est à géométrie (très) variable. Le 31 décembre, des responsables des jeunes de l'UMP ont célébré le passage en 2015 avec des "amis" du Front national. Étaient présents à cette soirée le vice-président du parti frontiste, Florian Philippot, ainsi que Pierre Gentillet, président des jeunes de la Droite populaire, mais aussi Maxime Duvauchelle et Alexandre Moustafa, deux conseillers nationaux de l'UMP, et plusieurs personnalités du FN et du FNJ, notamment le secrétaire départemental de Seine-Saint-Denis Jordan Bardella. Ce réveillon déclenche la colère du Parti socialiste, qui demande à Nicolas Sarkozy et Alain Juppé de se démarquer de cette soirée pourtant anodine. On avait cru pourtant comprendre qu'au même moment, ou presque, le président de la République appelait ses "chers compatriotes" à "en finir avec le dénigrement et le découragement" et à cesser de se déprécier et de se quereller. Un voeu pieux qui a déjà fait long feu...

Cette histoire est "grotesquissime". N'y a-t-il pas des sujets plus importants, plus essentiels au redressement de la France ? Comment peut-on vouloir le rassemblement le 31 décembre et pointer du doigt deux jours plus tard une trentaine de jeunes qui festoient ensemble ? L'éternel argument du fascisme rampant et de la courte échelle que la droite parlementaire lui ferait est inepte et contre-productif. Faut-il rappeler les rendez-vous et nombreux repas que François Mitterrand a partagés avec René Bousquet ? Ou, plus banalement, que dans les couloirs de l'Assemblée nationale des députés PS et UMP discutent - les inconscients ! - avec Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard, les deux élus d'extrême droite. Il aurait sans doute été préférable que les jeunes UMP réveillonnent avec leurs contemporains du PS ou de l'Unef, tandis que ceux du FNJ auraient dû rester "entre fachos" dans d'obscures caves à honorer la mémoire d'Adolf Hitler... Les choses auraient été tellement plus simples...

Comme en Roumanie !

Autre petit soubresaut de l'actualité, le magazine gay Têtu a demandé à ses lecteurs d'élire Mister Gay 2015. Matthieu Chartraire a obtenu 30 % des suffrages, contre 19 % pour le concurrent arrivé en deuxième position. Il est alors encensé par le journal, d'autant qu'il coche toutes les cases du politiquement correct ! Selon l'interview de présentation, le beau gosse est né à Grenoble, vend des yaourts, vit avec une petite chienne, est engagé depuis l'âge de 13 ans contre la détresse du monde et est devenu végétarien à 16 ans ! Le rêve...

Sauf que, lors d'un entretien accordé à Libération, Matthieu Chartraire lâche une petite phrase qui fait beaucoup de bruit : "C'est vrai que certaines de mes idées font que je me sens plus proche du FN que de tous les partis qui nous dirigent depuis vingt ans et qui sont dans un déclin total." Catastrophe ! L'homme parfait devient un suppôt de Satan. Immédiatement, Têtu, qui fait pourtant profession de lutter contre les exclusions et les discriminations, se désolidarise d'une élection pourtant organisée sur son site internet. On réfléchit à destituer le vainqueur, mais un tel pied de nez à ses lecteurs serait un peu voyant. Alors, la direction du mensuel pond deux phrases emblématiques. "Nous réfléchissons à faire évoluer ce concours. Ce sera chose faite dès janvier 2015 avec de nouvelles règles et une charte de déontologie pour l'affirmation de valeurs fondées sur le respect et le refus de toutes les discriminations, quelles qu'elles soient, valeurs défendues par Têtu." Comme dans la Roumanie de Ceausescu ou la RDA, il faudra être dans la ligne du parti, remplir les critères de l'"homo sovieticus" et jurer sur la bible du prêchi-prêcha bobo bien pensant pour participer au concours...

La morale de ces deux anecdotes qui font grand bruit est que le rassemblement ressemble à l'égalité. Certains y ont droit, d'autres non. Et il est à craindre que ceux qui sont exclus du festin du "travaillons ensemble", "aimons-nous les uns les autres", "n'excluons pas notre voisin", "faisons cas de l'opinion des autres" ne soient plus nombreux que ceux qui y sont invités... Gageons cependant que lundi matin, lors de ses deux heures d'interview sur France Inter, François Hollande répétera sans se lasser et sans rire qu'il faut se rassembler.

Source : Le Point.fr

Publié dans Socialistes, UMP, FN, Sarkozy

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