Philippe Tesson : "La gauche est brisée"

Publié le par le front anti-Hollande

Les résultats des départementales ne peuvent augurer de 2017. Reste que la défaite de la gauche est considérable, alors que la droite peut se responsabiliser.

Par PHILIPPE TESSON

On a coutume de dire qu'une enquête d'opinion n'a qu'une valeur relative dans la mesure où elle ne traduit l'état de l'opinion qu'à un moment donné. Il en va de même d'une élection. À cette nuance près, évidemment, que les enjeux et les effets d'une élection sont d'un autre ordre que ceux d'un sondage ! Voire. C'est selon l'importance de la consultation. Un scrutin départemental comme celui d'hier n'engage l'avenir politique du pays que dans de modestes proportions.

Le piège suicidaire de Valls

Cela pour dire qu'il faut se garder de projeter trop hâtivement dans l'avenir la réalité du présent, telle que par exemple celle sortie hier des urnes. Deux ans, c'est long ! Et la situation politique du pays est trop fragile pour que l'on puisse, à partir des résultats d'hier, procéder à des extrapolations concernant la présidentielle de 2017.

À une exception près, qui concerne la gauche. Sa défaite est en effet considérable. Elle ne se résume pas à une sanction de la politique qu'elle a menée depuis bientôt trois ans. Elle touche à l'essentiel : à ses fondements, à ses structures, à sa culture. Ses divisions l'ont brisée. Elles sont de nature idéologique, alors que celles qui affectent la droite, pour néfastes qu'elles soient, ne sont que formelles.

Manuel Valls avait très bien mesuré, et depuis longtemps, la nature et la portée du problème lorsqu'il stigmatisait les archaïsmes de sa famille, jusqu'à prédire le pire. On comprend mal qu'il se soit néanmoins engagé dans l'aventure du pouvoir. Et qu'il persévère. On l'entendait dimanche soir assumer la défaite tout en maintenant son cap, alors que, dans un même temps, ses frères ennemis, sans lesquels il ne peut pas gouverner, réclamaient de lui une correction de sa politique, faute de quoi ils prévoyaient "d'autres catastrophes majeures". Comment ne pas imaginer que le piège suicidaire dans lequel il s'est mis risque de se refermer sur lui dans les mois qui viennent ?

Poursuivre le cap Sarkozy

À droite, l'équation est plus simple. Sa dimension idéologique n'est que secondaire. Le problème se réduit pour elle à la concurrence du FN. Encouragée par son succès de dimanche, la droite va, on peut le penser raisonnablement, se responsabiliser et bâtir dans les mois qui viennent le projet que l'on attend d'elle. Le choix définitif de son candidat à la présidentielle n'est finalement, lui aussi, que secondaire. Le scrutin de ce second tour a montré que les ambiguïtés de sa relation avec l'extrême droite sont surmontables, même si elles risquent de provoquer encore des dégâts. Il ne lui reste dans ces conditions qu'à poursuivre le cap que Sarkozy lui a tracé, et elle est en position de force pour le faire, dans la situation de faiblesse où est tombée la gauche.

Mais un obstacle menace cette route, celui du FN qui vient de montrer sa montée en puissance, contre laquelle même un projet séduisant ne pourra rien. Car cette progression trouve sa raison majeure dans un mécontentement populaire, proche de la révolte, essentiellement provoqué par la désastreuse politique de la gauche. Or, on vient de voir que la France est condamnée à continuer de subir les effets de cette politique. C'est en ce sens que les socialistes sont indirectement responsables de la poussée du FN, et on veut bien le croire, involontairement. C'est également en ce sens qu'ils sont nuisibles, ce qui justifie la stratégie du ni-ni. Le combat contre le FN passe par le combat contre la gauche.

Source :Le Point

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