Pourquoi les HLM d'Ormesson risquent de devenir un ghetto

Publié le 9 Janvier 2016

Pourquoi les HLM d'Ormesson risquent de devenir un ghetto

Pour le géographe Laurent Chalard, le choix d'Ormesson-sur-Marne pour implanter des logements sociaux n'est pas judicieux. Selon lui, la commune n'est guère adaptée à recevoir des populations non motorisées, qui risquent d'être assignées à résidence.

Le gouvernement a choisi de préempter un terrain dans la ville d'Ormesson-sur-Marne pour y construire des logements sociaux. Que cela vous inspire-t-il?

Nous assistons au retour de l'Etat interventionniste, sur le modèle de ce qui se passait pendant les Trente Glorieuses, où l'Etat avait imposé à des communes réfractaires la construction des villes nouvelles. En effet, le pouvoir d'urbanisme acquis par les maires à l'occasion des lois de décentralisation de 1982-83 semble désormais définitivement remis en cause. Cette évolution s'inscrit dans une tendance à la recentralisation dans le domaine du logement. Elle fait suite à la possibilité donnée à la Société du Grand Paris, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, d'exercer un droit d'expropriation et de préemption du foncier dans un rayon de 400 mètres autour des gares du métro du Grand Paris Express.

Est-ce un bien ou un mal? Le point positif est que l'interventionnisme de l'Etat permet de lutter contre les égoïsmes communaux concernant la construction de logements, en particulier sociaux, dans un contexte de marché sous tension dans les grandes métropoles. Le point négatif est que les décisions sont prises par des fonctionnaires déconnectés des réalités du terrain, aux compétences en géographie sociale limitées et pas toujours très motivés, d'où de nombreuses bourdes dans le type et les choix de localisation de logements, comme l'a montré l'échec des villes nouvelles.

La commune n'est guère adaptée à recevoir des populations peu ou non motorisées, qui risquent d'être assignées à résidence, élément favorisant les processus de ghettoïsation à long terme.

Ormesson-sur-Marne dans le Val-de-Marne ne compte qu'1,7% de logements sociaux pour 10.000 habitants. Le gouvernement n'a-t-il pas raison de prendre ses responsabilités et de faire respecter la loi SRU?

Si l'on s'en tient au critère du pourcentage de logements sociaux pour déterminer le niveau de richesse d'une commune, effectivement, Ormesson-sur-Marne, fait partie des très mauvais élèves avec un pourcentage digne de communes rurales. La décision de l'Etat apparaît donc au premier abord plutôt logique.

Cependant, si l'on s'attarde plus longuement aux caractéristiques de la commune, le choix d'Ormesson pour lancer la nouvelle politique de préemption de l'Etat apparaît beaucoup plus contestable car le niveau de richesse d'une commune dépend d'une combinaison de critères. Si l'on utilise les revenus, on constate que c'est une commune aisée, mais beaucoup moins que de nombreuses autres communes de l'ouest parisien. Par exemple, le revenu médian est de 43 320 euros à Neuilly-sur-Seine alors qu'il est de 26 039 euros à Ormesson. Or, le déficit de logements sociaux se situant plutôt à l'ouest de la région parisienne, il aurait été plus judicieux de choisir une commune de ce secteur, d'autant que le Val de Marne est un département aux fortes concentrations de logements sociaux. Autre exemple, si l'on utilise le pourcentage d'étrangers, il est relativement important (14 %), supérieur aux moyennes régionale et départementale, Ormesson abritant une très forte communauté portugaise dans ses quartiers pavillonnaires, raison pour laquelle elle n'a pas localement l'image d'une «ville bourgeoise», ce dont le gouvernement aurait dû se renseigner avant. Enfin, dernier élément à prendre en compte, la faible superficie de la commune, qui s'apparente plus à un quartier d'une commune francilienne importante, relativise le maigre pourcentage de logements sociaux. Ce dernier devrait plutôt être analysé à l'échelle de l'intercommunalité. En effet, dans de nombreuses communes très peuplées, certains quartiers de la taille d'Ormesson ont un pourcentage de logements sociaux équivalents.

L'implantation vous paraît-elle judicieuse?

Concernant l'implantation, elle n'apparaît pas du tout judicieuse pour plusieurs raisons. La commune d'Ormesson se caractérise par une très mauvaise desserte en transports en commun, étant éloignée des gares RER et se situant sur un plateau, difficilement accessible par la marche ou en vélo. Les commerces sont très peu nombreux et la commune a très peu d'équipements. Ces différents éléments sous-entendent qu'il est impossible d'avoir une vie quotidienne digne de ce nom sans la possession de deux voitures. Autant dire que la commune n'est guère adaptée à recevoir des populations peu ou non motorisées, qui risquent d'être assignées à résidence, élément favorisant les processus de ghettoïsation à long terme. Il y a un risque de reconstituer à petite échelle, le quartier du Bois L'Abbé, zone urbaine la plus sensible du Val de Marne, construite pendant les Trente Glorieuses sur un plateau au milieu de nulle part et toujours très difficile d'accès en transports en commun en 2015.

Si l'Etat souhaite construire des logements sociaux dans ce secteur du Val De Marne, Il serait plus pertinent de réfléchir au problème à l'échelle de l'intercommunalité, en l'occurrence la communauté d'agglomération du Haut Val-de-Marne, et de les implanter dans les territoires bien desservis par les transports en commun et disposant de commerces. Dans ce cadre, les terrains non urbanisés à proximité de la gare RER de Sucy-en-Brie, commune limitrophe d'Ormesson aussi en déficit de logements sociaux, se prêteraient beaucoup mieux à leur construction. Plus globalement, la question du logement dans les grandes métropoles doit être abordée à l'échelle intercommunale et non à l'échelle communale, étant donné la différence de taille des communes.

Alexandre Devecchio

lefigaro.fr

Rédigé par Nelly

Publié dans #France

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