Calais : plusieurs élus ont appelé l'armée pour préparer le pire

Publié le 13 Février 2016

Calais :  plusieurs élus ont appelé l'armée pour préparer le pire

Plusieurs élus ont appelé l'armée au secours pour faire face aux migrants à Calais. Les militaires n'ont pourtant pas les outils juridiques pour répondre à cette crise. A moins que l'on n'anticipe déjà une nouvelle vague migratoire beaucoup plus importante.

« Je pense qu'il n'y a que l'armée pour venir sécuriser les sites qu'on a besoin de sécuriser ici à Calais. » Le 10 janvier dernier, Xavier Bertrand, président du conseil régional de Nord-Pas-de-Calais-Picardie (LR) exprimait ainsi devant les médias la situation désespérée de la ville, où malgré la présence de 1500 policiers et gendarmes, plusieurs milliers de migrants continuent de survivre tant bien que mal dans la « jungle »... Et d'échapper à tout contrôle.

La majeure partie de ces migrants qui veulent rejoindre la Grande-Bretagne, ils cherchent un moyen de traverser. Le tunnel sous la Manche ayant été complètement bloqué, plusieurs centaines d'entre eux ont tenté leur chance du côté du port en janvier. Aujourd'hui, confie une collaboratrice de Xavier Bertrand, c'est de nouveau du côté du transport routier que les désespérés cherchent des solutions pour s'échapper :

Pourtant, elle confesse que le gouvernement n'a pas laissé entendre l'éventualité d'une telle solution. Si le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve s'était montré jusque là favorable à une réforme permettant de déférer plus rapidement les contrevenants, Chritiane Taubira, à la Justice, proposait une réponse pénale qui n'allait pas dans le même sens. L'arrivée de Jean-Jacques Urvoas pourrait accélérer les choses.

Des militaires aussi impuissants que les policiers

En l'absence d'une solution politique et administrative, les forces de l'ordre restent impuissantes. Beaucoup de policiers se plaignent de ne pouvoir faire grand chose, les migrants interpellés en infraction étant le plus souvent relâchés quelques centaines de mètres plus loin. Les militaires seraient en réalité encore plus ennuyés : ils n'ont aucune compétence de police judiciaire et ne peuvent ni contrôler, ni interpeller des passants.

Depuis octobre, la maire de Calais Natacha Bouchart appelle aussi l'armée à l'aide, en particulier pour reprendre le contrôle de la « jungle », où les forces de l'ordre évitent de pénétrer. « L'armée à Calais, c'est impossible, sauf exception », nous assurait alors un officier. Les militaires ont en effet pour rôle de lutter contre un ennemi extérieur, toute menace intérieure étant à la charge des forces de l'ordre. « Il faudra attendre l'état de siège pour qu'on reprenne la main, notait le même officier. L'armée à Calais pour empêcher les migrants de grimper dans les camions, dans le tunnel ou pour encadrer la jungle... Même à l'heure actuelle, ça me semble hors de propos. »

La seule vraie exception, c'est Vigipirate. Des militaires surveillent le tunnel sous la Manche, afin de prévenir la menace d'attentat, depuis des années. Dans ce cadre, ils se retrouvent occasionnellement à interpeller les rares migrants qui parviennent à passer, avant de les remettre à la police. Côté forces de l'ordre, on se montre assez sceptique, comme en témoigne un gendarme au sujet de la présence des militaires :

L'armée en prévision du pire

Pourtant, dans les couloirs du ministère de la Défense, on se prépare tout de même à tous les cas de figure. Les militaires, tout comme ils planifient des opérations potentielles dans les zones de crises à travers le globe, étudient la possibilité d'une action autour de Calais. Un ancien membre du cabinet du ministre y voit la préparation d'une crise bien plus grave :

Pour lui, les autorités françaises s'inquièteraient aujourd'hui plus de ce risque migratoire que de la menace terroriste islamiste. Il rappelle que l'armée a ainsi déjà été utilisée dans des situations de crises extrêmes. En mai 68, déployée autour de Paris, elle avait ainsi soutenu la police dans plusieurs opérations, notamment pour reprendre le contrôle des infrastructures audiovisuelles de l'ORTF. Plus récemment, en 2005, il aurait été envisagé de recourir aux militaires pour faire face aux émeutes qui secouaient la France.

Pour notre observateur, deux questions doivent être posées : quelle mission confier aux militaire... Et pourquoi leur confier à eux :

Quand bien même un déploiement militaire serait décidé, reste à trouver les hommes. La même source assure que pour pouvoir annoncer le chiffre de 10 000 soldats sur Sentinelle, on triche déjà largement en comptant des soldats qui sont toujours à l'arrière. Les armées sont en effet en train de surfer sur leurs limites en termes de renouvellement des troupes sur le terrain et de formation, malgré les efforts concédés pour le recrutement, comme l'admets un haut responsable de l'armée de terre : « En 2017, on aura nos effectifs. Mais seront-ils des soldats ? »

Romain Mielcarek

Itele.fr

Rédigé par La rédaction

Publié dans #France, #Immigration

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