François Hollande, le petit profiteur

Publié le par La rédaction

Le profiteur

Le profiteur

François Hollande exploite les révélations pour montrer son combat contre l'argent noir. Et feint d'organiser un mouvement qui lui échappe.

L'ennemi de la finance est de retour. Il n'a pas enterré la révision constitutionnelle depuis une semaine qu'il tente de se positionner sur un nouveau sujet « porteur » : la fraude fiscale internationale révélée par le Consortium des journalistes d'investigation. « Cette affaire confirme qu'il est possible de lutter contre la fraude fiscale, écrit-il dans un communiqué, et toutes les informations qui seront livrées donneront lieu à des enquêtes des services fiscaux et à des procédures judiciaires. » C'est bien le moins que l'on puisse espérer d'un pouvoir régalien.

Le chef de l'État feint en effet d'être l'organisateur d'une initiative qui lui est parfaitement étrangère. Est-ce que les différents services de lutte anti-blanchiment ont pris la moindre part à ces révélations explosives ? Pas du tout : ce sont des journalistes qui ont exploité et publié des données considérables délivrées par une source très informée des agissements d'un gigantesque cabinet d'avocats panaméen. François Hollande leur en est d'ailleurs reconnaissant : « Je remercie les lanceurs d'alerte, conclut-il. Je remercie la presse qui s'est mobilisée. Et je ne doute pas que nos enquêteurs sont tout à fait prêts à étudier ces sujets. » Il faut espérer, en effet, que les services de l'État, qui n'ont pas été capables de traquer les fraudeurs, auront au moins à coeur de poursuivre ceux dont on leur livre le nom sur un plateau.

Contradictions

Michel Sapin, ministre des Finances, et Christian Eckert, secrétaire d'État au Budget, entonnent le même refrain dans un communiqué commun. Comme le président, ils vantent le projet de loi relatif à la transparence, à la lutte contre la corruption, qui doit notamment protéger… les lanceurs d'alerte.

Puis ils se félicitent d'avoir, en 2015, recouvré 2,65 milliards d'euros pris dans les poches des fraudeurs. François Hollande, lui, voit les choses en grand : « Rien que pour l'année 2015, 20 milliards d'euros ont été notifiés (…). Sur ces 20 milliards, nous avons déjà repris 12 milliards d'euros. » Alors, c'est 2,65 ou c'est 12 milliards ? Ces contradictions ne contribuent pas à atténuer la double impression d'amateurisme et d'opportunisme qui se dégage de ces déclarations. Au lieu de demander des comptes aux administrations qui n'ont pas su débusquer les fraudeurs, le président s'adonne une fois de plus à son activité favorite : tenter de profiter d'une situation.

SOPHIE COIGNARD

lepoint.fr

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