Dans les cités de Grigny, les émeutiers attaquent la police au mortier

Publié le 27 Août 2016

Dans les cités de Grigny, les émeutiers attaquent la police au mortier

Grigny, en juillet dernier. Deux jours avant cette opération de police à la Grande Borne, des fonctionnaires avaient été blessés par des tirs de mortier de feux d’artifice lors d’échauffourées à Grigny 2.

Les termes sont martiaux mais la réalité est là : à chaque émeute dans certains quartiers de l’Essonne, principalement à Grigny, les policiers essuient des tirs de mortier. Le dernier épisode en date remonte à lundi dernier dans le quartier de la Grande Borne. Une patrouille est visée par ces feux d’artifice projetés grâce à des tubes qui servent à orienter la trajectoire. Les fonctionnaires ne sont pas blessés et parviennent à voir d’où vient l’attaque. Deux jeunes du quartier sont interpellés et, en perquisition dans l’appartement, les policiers mettent la main sur… une vingtaine de boites d’explosifs ! L’un des jeunes a écopé d’un rappel à la loi, l’autre d’une convocation au tribunal.

Dans la nuit du 7 au 8 juillet dernier, les policiers étaient déjà tombés dans un guet-apens à Grigny 2. « A chaque fois, le schéma est le même », relate un agent de Juvisy-sur-Orge. « Une voiture est incendiée et on est accueillis avec des boules de pétanque, de l’électroménager qui tombe des fenêtres et des tirs de mortiers ». Cette nuit là, trois policiers de la brigade anti-criminalité (BAC) sont brûlés au niveau des avant-bras par les feux d’artifice.

« C’est devenu récurrent, nous y sommes confrontés à chaque épisode de violences urbaines », confirme un policier du département. Un commissaire reprend : « Les tirs de mortiers font souvent suite à des mécontentements et répondent par exemple à des vagues d’interpellation. » Ça avait été le cas en juillet 2015 aux Ulis après des démantèlements de trafics de stupéfiants.

« C’est fait pour toucher les fonctionnaires dans leur chair »

Pour plus « d’efficacité », les tubes en carton sont remplacés par des tubes en PVC, plus longs, volés sur des chantiers. « Cela leur permet d’avoir des tirs plus précis », déplore un fonctionnaire. « Ils se fournissent en mortiers la plupart du temps sur Internet en passant par des sites étrangers », ajoute le gradé. Un enquêteur poursuit : « Je pense qu’ils profitent des approvisionnements en stupéfiants, en Belgique notamment, pour acheter des mortiers qui sont en vente libre là-bas. Le 13 juillet, sur les toits de Grigny 2, on a retrouvé des dizaines de boites vides. »

Détournés de leur usage premier, ces projectiles réservés aux professionnels de la pyrotechnie pour les plus puissants ont une portée d’une trentaine de mètres et se tranforment ainsi en de dangereuses armes. « Lorsque que le mortier explose, il peut occasionner des brûlures. Bien entendu, en cas d’impact, les blessures peuvent être très graves », continue l’officier de police.

« C’est fait pour toucher les fonctionnaires dans leur chair », note Fouad Belhaj du syndicat policier Alliance. « Dans les cités, on nous appelle les mange-cailloux. On n’a pas l’armement adéquat pour répondre à ces attaques. Il faudra malheureusement qu’il y ait un mort pour prendre en compte cette menace. »

« Depuis deux ans, c’est tout le temps »

Martin*, ex-agent de la Brigade spécialisée de terrain

Martin* a passé six ans à la Brigade spécialisée de terrain (BST), une unité dont la mission est de sécuriser les quartiers. Il a vu arriver et augmenter les attaques à coups de mortier contre les policiers : « Depuis deux ans, c’est tout le temps. Dès qu’une voiture brûle dans un quartier, on sait qu’on va ramasser. J’ai des collègues qui ont été sérieusement brûlés. » Martin continue : « Les personnes en face sont très organisées dans la façon dont elles tendent leurs guet-apens. Il y a une appréhension qui s’est installée dans nos rangs. On est des cibles. Ces gens sont en colère. Ils ne peuvent pas atteindre les hommes politiques alors ils s’en prennent aux policiers. Quand on fait un contrôle dans un quartier, on sait que dans le quart d’heure on va avoir un tir de mortier. » Il s’interroge : « L’étape suivante ce sera l’arme à feu ?»

*Le prénom a été modifié.

« J’ai peur qu’une fusée rentre chez moi »

Nadya, une habitante du square Surcouf

Le square Surcouf a Grigny 2 est régulièrement le théâtre d’échauffourées opposant jeunes et forces de l’ordre. Nadya vit dans une de ces tours hautes de 18 étages. Elle est aux premières loges à chaque émeute. « Quand ça pète, c’est comme si c’était la guerre » raconte-t-elle. « Durant l’Euro de foot, ça a été infernal. C’était presque à chaque match de l’équipe de France », poursuit la quadragénaire. « Notre immeuble avait dû être évacué parce qu’un feu d’artifice avait mis le feu à nos poubelles. Quand, il y a des émeutes, tout le monde reste chez soi. Dehors, il n’y a que les jeunes, les pompiers et la police. Moi, ça m’angoisse. Quand c’est comme ça, je ne peux pas laisser mes fenêtres ouvertes même s’il fait chaud. J’ai peur qu’une fusée rentre chez moi. »

leparisien.fr

Rédigé par La rédaction

Publié dans #Faits-divers

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