Emmanuel Macron, une bulle sans lendemain

Publié le 31 Août 2016

Emmanuel Macron
Emmanuel Macron

Une fois de plus, François Hollande, en constant état d’autocontentement, n’a rien vu venir : Emmanuel Macron lui a bel et bien filé entre les doigts. Le 14 juillet, le chef de l’Etat assurait encore, avec une autorité sereine, que son fringant jeune ministre de l’Economie devait "respecter les règles" de la solidarité gouvernementale, au risque de quitter l’équipe. En réalité, c’est Macron qui, en démissionnant hier, a imposé son rythme à celui qui l’avait parrainé. S’il explique avoir "touché les limites du système politique", il en a vite appris les travers avec une application magistrale de la trahison et de l’ambiguïté. Trahison du président, qu’il avait promis précédemment de ne pas défier; ambiguïté d’un candidat à la présidentielle de 2017, qui ne s’est néanmoins pas clairement déclaré mardi. Macron a pour lui d’être une tête nouvelle dans un monde politique incestueux. Il est le symptôme d’une crise de la démocratie représentative et de son impuissance collective à se confronter au réel. Cependant, il n’est que la première bulle d’une eau frémissante qui s’apprête à bouillir bien davantage. Une partie du monde économique, familier de la mondialisation, se précipite déjà pour soutenir ce libéral en tout. Ceux-là sont convaincus que les problèmes économiques et sociaux restent au cœur des défis que la France doit relever. Je crois cette analyse erronée car parcellaire. C’est pourquoi je ne vois Macron que comme l’homme creux d’une ambition personnelle sans lendemain.

Il ne suffit pas de rendre hommage à Jeanne d’Arc ou de visiter le Puy du Fou en compagnie de Philippe de Villiers pour convaincre les électeurs qui s’inquiètent d’une désintégration de la nation, ce socle dont tout dépend. Or ce sujet n’est pas, en tout cas, la priorité de celui qui assure pourtant vouloir écouter la société civile. La proximité de Macron avec le think tank socialiste Terra Nova, qui a théorisé l’abandon du prolétaire blanc au profit des minorités ethniques, laisse voir la pente qu’entend suivre celui qui a lancé son propre parti, En Marche. Il est probable que la surdité vienne s’ajouter à la trahison et à l’ambiguïté, tant Macron semble avoir des dispositions pour singer le monde politique qu’il critique après l’avoir servi durant quatre ans. L’entendre appeler constamment à la "bienveillance" me semble annoncer l’aveuglement volontaire sur le choc des cultures qui déstabilise la France et dont l’islam politique entend tirer profit. En définitive, je vois Macron comme un centriste de plus, habité par la même prudente lâcheté sur les questions qui fâchent. Il ne se distingue déjà plus de François Bayrou ou d’Alain Juppé, qui peuvent redouter sa concurrence. Il va de soi que je viendrai ici même reconnaître mon erreur de jugement si Macron devait me surprendre. Pour l’instant, je crains que ce candidat - sympathique, brillant, attrayant - ne soit qu’un leurre issu de la société du cheap.

Ivan Rioufol

Rédigé par La rédaction

Publié dans #France

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