Fonctionnaires: 8 semaines d'absence par an et pas un seul jour de carence

Publié le 19 Août 2016

Fonctionnaires: 8 semaines d'absence par an et pas un seul jour de carence

C'est l'un des principaux enseignements de la nouvelle enquête de la fondation iFRAP sur l'absentéisme dans les 50 plus grandes villes de France, une enquête basée sur l'étude de leurs bilans sociaux de l'année 2013 : les fonctionnaires statutaires y sont absents deux fois et demie plus souvent que les agents contractuels. Voici le palmarès des 10 premières villes pour ce qui les concerne : Amiens (49,3 jours d'absence en moyenne), Montreuil (45,7 jours), Toulon (45), Argenteuil (39,5), Grenoble (38,9), Lille (37,3), Toulouse (35,9), Avignon (35,7), Créteil (33,1) et Saint-Étienne (32,1), soit une moyenne générale de 39,2 jours d'absence pour toutes causes, maladie ordinaire, parentalité ou autres. Dans ces dix mêmes villes, les agents non fonctionnaires ne s'absentent que 16,9 jours, soit 2,3 fois moins.

8 semaines d'absence par an environ

Si l'on compte bien, nos fonctionnaires municipaux bénéficieraient donc dans ces villes de 8 semaines d'absence par an environ, venant s'ajouter à leurs 5, 6 ou 7 semaines de vacances légales ou officieuses, ce qui est évidemment scandaleux. Dans le privé, selon les données d'Alma Consulting, ces absences sont de 16,7 jours, à égalité avec les 16,9 jours des contractuels, soit un gouffre avec les fonctionnaires totalement injustifié, l'un des pires scandales de la gestion des ressources humaines dans la fonction publique.

L'iFRAP précise par ailleurs dans son enquête que certaines villes comme Le Mans ou Angers ont refusé de communiquer leurs bilans sociaux, et que certaines autres comme Rouen, Brest ou Paris ont transmis des éléments non exploitables (exprès ?), tandis que Montpellier, Dijon, Boulogne-Billancourt et Caen ont retourné leur dossier hors délais.

Concernant Le Mans et Angers, leur refus signifie clairement qu'on y a des choses à cacher. Angers qui était une ville socialiste depuis 1977 vient de basculer à droite aux dernières élections municipales. Quant au Mans, on y est communiste depuis toujours, puis socialiste depuis 2001 sans interruption, et lors de sa réélection en 2014 le maire PS Jean-Claude Boulard, également président de Le Mans Métropole, n'a rien trouvé de mieux que d'offrir un jour de congé supplémentaire à ses 3 800 employés de la ville, du centre communal d'action sociale (CCAS) et de la communauté urbaine. On serait curieux de connaître le nombre exact de jours d'absence de cette armée de 3 800 salariés, mais c'est apparemment un secret bien gardé.

Pas un seul jour de carence

Enfin, pour revenir au différentiel excessif qui sépare, dans les mêmes villes, les absences des fonctionnaires de celles des agents contractuels, l'explication est assez simple : les fonctionnaires n'ont pas un seul jour de carence à supporter et sont couverts à 100 % dès le premier jour de leur arrêt maladie, réel ou supposé. Le seul jour de carence qui leur avait été timidement attribué par le gouvernement Fillon leur a été retiré par Marylise Lebranchu, malgré le résultat spectaculaire d'une étude réalisée par Sofaxis montrant que l'application de ce jour de carence pendant l'année 2012 avait permis de réduire de 43 % les arrêts maladie d'une journée dans la fonction publique territoriale, et de 18 % les arrêts de deux jours. La célèbre ministre de la « Ponction publique » avait jugé cette mesure de François Fillon « injuste, inutile et inefficace ! »

Il apparaît clairement qu'on a décidé une fois pour toutes dans l'administration d'appliquer la politique de l'autruche avec la plus parfaite mauvaise foi et la plus grande fermeté : l'absentéisme bidon et les arrêts maladie de confort chez les fonctionnaires, cela n'existe pas… Point final !

JEAN NOUAILHAC

lepoint.fr

Rédigé par La rédaction

Publié dans #France

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