François Hollande finit par lasser même les journalistes

Publié le 27 Août 2016

François Hollande finit par lasser même les journalistes

Une impression domine à la lecture du tout juste paru «Conversations privées avec le Président»: même les journalistes qui défilent dans son bureau élyséen pour recueillir les confidences du chef de l’Etat français semblent fatigués de l’exercice

François Hollande ferait mieux d’écouter les conseils qu’il se donne à lui-même, au fil des confessions soi-disant «secrètes» distillées à une brochette de journalistes habitués à défiler dans son bureau. «Est-ce que je dois cultiver la rareté? Être absent? […]» s’interroge le président français dans le livre tout juste paru des journalistes Antonin André et Karim Rissouli. Et de conclure: «Je suis usé par les vagues successives […] Il ne faudrait pas répondre […]».

«Monsieur le président, arrêtez!»

Bien vu. Car pour tout correspondant étranger en poste à Paris, c’est l’évidence même: «Oui Monsieur le Président, Arrêtez!» a-t-on envie de répliquer. «Cela ne sert ni la pédagogie de votre action, sans cesse perçue comme plus confuse, ni votre image car tous vos confidents journalistiques finissent par vous trouver fade, peu convaincant, manquant toujours de hauteur à moins d’un an de la fin de votre quinquennat. Donc oui, Stop! Appuyez sur la pédale de frein médiatique!»

Seulement voilà: François Hollande n’est pas comme ça. Il l’avoue d’ailleurs, presque penaud: «Vous vous retrouvez avec la fille du «Petit journal» qui est là et qui vous apostrophe. Vous ne répondez pas une première fois. Vous vous détournez et puis elle revient et vous finissez par lui répondre…»

Il ne trie pas entre l’important et le futile

Dominé par les événements. Mal à l’aise pour faire le tri entre l’important et le futile. Sous la coupe de personnalités successives telles son ex-compagne Valérie Trierweiler, l’actuel secrétaire général de l’Elysée Jean-Pierre Jouyet, et en filigrane son actuelle compagne l’actrice Julie Gayet. Assiégé et peu sûr de lui au point d’avouer à ces deux confesseurs, «ne faire confiance à personne». Tel est le président Hollande.

On aurait aimé, dans ces «Conversations secrètes» (Ed. Albin Michel) sentir le vent de l’Etat et de la puissance régalienne. On aurait compris – monarchie républicaine française oblige – que le souverain fulmine, dézingue, vilipende. Avant de se plonger, soudain, dans des rêveries solitaires et littéraires affectionnées par les monarques lettrés d’antan: de Gaulle, Pompidou, Mitterrand, même Chirac. Las. Tout est petit. Tout est relatif. Tout est combine. Tout manque de souffle.

Un comptage éloquent

Faisons donc le compte depuis 2012, car il est éloquent. Une trentaine de conversations privées avec Antonin André et Karim Rissouli. Une soixantaine accordée aux deux journalistes du «Monde» Gérard Davet et Fabrice Lhomme qui sont même repartis de l’Elysée avec des documents publiés ces jours-ci avant leur propre livre, annoncé pour octobre.

Plus les discussions régulières avec la dizaine de correspondants accrédités à l’Elysée. Plus les conférences de presse. Plus les apartés médiatiques. Plus les déjeuners élyséens offerts aux rubriques politiques des principaux quotidiens ou médias audiovisuels. Plus les SMS… «C’est simple: Hollande passe entre 30 et 40% de son temps avec les journalistes nous explique un de ses anciens conseillers. Or que leur dit-il? Rien. Il ne justifie pas son action. Il la commente. Il ne défend pas ses décisions. Il les évalue, les soupèse, les dissèque.» Résultat: «Le voir devient par moment pénible, concède l’un de ces confidents médiatiques. Je ne dirai pas que c’est une corvée, mais…»

Le vase clos

Le pire est le vase clos. Aux «visiteurs du soir» divers, venus d’autres horizons journalistiques – la presse étrangère est évidemment tenue à distance – François Hollande préfère le cercle «d’initiés» de ceux qu’il côtoie depuis des lustres. Ces journalistes politiques parisiens dont il dit, non sans vice: «Il suffit de leur donner le bon angle, la bonne approche, la bonne information et parfois même une information bidon. Ça fonctionne.»

Oublié le mystère du pouvoir. Remisée, la rareté comme arme de séduction. Restent le doute, le souci de bien faire et ce «goût frénétique de l’anecdote» que Charles de Gaulle reprochait amèrement aux journalistes. «Au fond, Hollande ne nous reçoit pas pour nous informer, mais pour se rassurer nous confiait cette semaine l’un de ses interlocuteurs réguliers. Ce président qui n’écrit pas et qui lit peu, mais qui parle beaucoup, a, en réalité, tellement besoin de se regarder dans notre miroir.»

letemps.ch

Rédigé par La rédaction

Publié dans #Hollande

Commenter cet article