François Hollande, ministre de la parole

Publié le 23 Août 2016

François Hollande, ministre de la parole

Le président passe beaucoup de son temps à confier ses états d'âme à des journalistes. Comme s'il n'avait rien de mieux à faire.

Combien de livres vont paraître, d'ici la prochaine présidentielle, pour rendre publiques les petites phrases distillées par le chef de l'État au cours de conversations avec des journalistes ? On sait depuis longtemps que l'ancien premier secrétaire du PS adore discuter avec les médias, mais trop de confidences tuent la confidence. Après Conversations privées avec le président (Albin Michel), dans lequel François Hollande assure que sur la courbe du chômage, il n'a « pas eu de bol », paraîtra en octobre 2016 Un président ne devrait pas dire ça… (Stock), un pavé dans lequel deux journalistes du Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, relatent, citations à l'appui, cinq années d'entretiens avec le locataire de l'Élysée.

À ce stade, une question s'impose : combien d'autres confidents s'est choisis le président de la République pour faire vivre sur le papier un quinquennat qu'il a du mal à incarner ? Il est étrange, en tout cas, qu'un homme qui mise tout sur la communication depuis son arrivée au pouvoir commette une telle erreur, qui risque de lui attirer, à juste titre, une triple salve de critiques.

Narcissisme électoral

Tout d'abord, il n'est pas illégitime de se demander si le président d'un pays en guerre contre le terrorisme, d'une nation aux prises avec des difficultés économiques et sociales de grande ampleur emploie son temps de façon optimale en s'épanchant plusieurs heures par mois sur un sujet qui manifestement lui tient beaucoup à cœur : sa petite personne. Ensuite, le concept même de la confidence exige une certaine parcimonie : se raconter ainsi simultanément à plusieurs équipes démonétise la parole présidentielle. François Hollande n'avait pas besoin d'en rajouter en ce domaine : il est d'ores et déjà inaudible pour une bonne partie de l'opinion.

Enfin, à supposer que le chef de l'État éprouve un besoin irrésistible de se livrer de manière extensive, comment peut-il accepter que ses épanchements soient rendus publics avant même que son mandat soit achevé ? Ce n'est que des années après avoir quitté l'Élysée que Valéry Giscard d'Estaing a relaté son septennat dans Le Pouvoir et la Vie. Il n'avait plus alors à gouverner la France ni à défendre son bilan comme candidat à sa propre succession. François Mitterrand, lui, avait choisi Jacques Attali pour tenir le « verbatim » de ses années à l'Élysée. Le premier tome de ce récit a été publié en 1993, quand il était évident que le président en place ne briguerait pas de nouveau mandat. L'effet de ces confidences en série est potentiellement dévastateur : le chef de l'État n'aime-t-il rien d'autre que se regarder présider ?

SOPHIE COIGNARD

lepoint.fr

Rédigé par La rédaction

Publié dans #Hollande

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Audrey 23/08/2016 09:13

Il n'y a qu'une seule chose qui intéresse notre monarque : sa petite personne.
Le reste, il n'en a rien à faire.