Hollande : auto-bilan d’un fiasco avant son constat officiel

Publié le 24 Août 2016

Hollande : auto-bilan d’un fiasco avant son constat officiel

"Conversations privées avec le Président", par Antonin André et Karim Rissouli, est un livre passionnant. Une mine psychologique et politique.

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Étrange, d’abord, que ces propos pour analyser les éléments saillants, les séquences fondamentales d’un mandat présidentiel qui ne se terminera qu’au mois de mai 2017. On n’attend pas en principe d’un acteur qu’il soit avant l’heure observateur ou mémorialiste. Ou bien faut-il considérer que, malgré les apparences de résolution et d’espérance, François Hollande estime déjà que son quinquennat est achevé, en tout cas sur le plan des résultats ? L’argument de l’Élysée, vantant la transparence pour justifier cette surprenante entreprise, me semble un peu court. En tout cas prématuré.

De la manière dont le Président traite de la politique, des hommes et des femmes de pouvoir, de la pratique de l’État, on comprend que la substance même des actions ne le passionne pas mais que seules lui importent les forces ou les faiblesses des comportements par rapport à l’échéance présidentielle à venir. Les ministres n’ont pas été choisis parce qu’ils auraient été les meilleurs à leur poste mais seulement pour correspondre à des configurations partisanes. Non seulement la justice n’est pas évoquée une seule fois dans ces monologues, mais la mention de Christiane Taubira à plusieurs reprises n’est reliée qu’à des considérations secondaires.

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Sur le fond il trouve toujours le moyen, quand il s’agit de s’expliquer sur ce qui a été perçu indiscutablement par l’opinion comme des erreurs ou des promesses imprudentes, de se défausser sur d’autres, notamment sur la mauvaise communication du Parti socialiste, de sorte qu’il se préserve de toute responsabilité et, ainsi, cherche à apparaître comme quasiment nouveau pour la suite. Puisque l’échec n’est jamais de son fait et qu’il ne résulte pas d’une inspiration initiale défaillante.

Il n’empêche qu’il y a un régal, pour le citoyen et le lecteur, à le voir, délié de toute entrave, répondre à un questionnement qui lui permet de s’abandonner à son exercice préféré : dire du bien ou du mal avec finesse, intelligence, cruauté subtile ou compréhension condescendante de ceux qui le soutiennent ou de ses adversaires. Il faut alors reconnaître que l’œil est perspicace et le jugement souvent sûr.

Certains, comme Nicolas Sarkozy, sont croqués sans indulgence et le pire est que la vérité de ce personnage se dégage des scènes, des anecdotes et des conversations qui sont rapportées. Dans son propre camp, Jean-Marc Ayrault, le fidèle et dévoué, est cependant traité avec une sévérité guère éloignée d’une forme de commisération pour son peu de finesse politique et d’intelligence tactique.

De ce jeu de massacre, il est intéressant de constater que sont sauvés Ségolène Royal jamais dans la faiblesse, Emmanuel Macron auquel le président voue une tendresse politique de plus en plus inquiète, et Manuel Valls qui, en définitive, campé authentiquement dans la posture d’un républicain sourcilleux et ferme, sort grandi de beaucoup d’épisodes où sa constance et son énervement face à la mollesse et la lenteur présidentielles le sortent du lot.

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On aboutit à ce paradoxe. C’est un je de massacre qui se développe, sadiquement, voluptueusement, dans un bilan avant le bilan, dans un fiasco avant son constat officiel. […]

Extrait de : Je de massacre : François Hollande en privé…

Philippe Bilger

bvoltaire.fr

Rédigé par La rédaction

Publié dans #Hollande

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