Immigration, sécurité, économie...le programme fort de Nicolas Sarkozy

Publié le 24 Août 2016

Immigration, sécurité, économie...le programme fort de Nicolas Sarkozy

Majorité pénale à 16 ans, retraite à 63 ans, puis à 64, abrogation de l'ISF... Le 15e candidat à la primaire de la droite veut frapper fort s'il est élu.

Nicolas Sarkozy a rédigé lui-même le livre Tout pour la France (éd. Plon), qui lui servira de base pour son programme. Son équipe de campagne lui a fourni des éléments de réflexion, qu'il a « moulinés » à sa sauce. En vérité, bon nombre d'idées figuraient déjà dans son précédent ouvrage, La France pour la vie (Plon).

  • 1. Un aggiornamento économique

Nicolas Sarkozy reconnaît enfin que la TVA sociale est arrivée trop tard, qu'il aurait dû s'attaquer aux 35 heures (plutôt qu'aux heures supplémentaires), abroger l'ISF (plutôt que mettre en place le bouclier fiscal qui n'a pas permis le retour des grandes fortunes) et réduire d'emblée et de manière drastique les charges pesant sur les entreprises, en particulier sur les emplois peu qualifiés. S'il est réélu président, il s'empressera d'appliquer plus strictement ce credo économique.

En matière de dépenses publiques, il entend revenir à un niveau « équivalent à 50 % du PIB » (contre 57 % aujourd'hui), et inscrire ce chiffre dans la Constitution « pour qu'il ne puisse être dépassé ». Le candidat LR revient à la règle du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, étendue cette fois aux collectivités locales. Il prévoit ainsi une réduction des effectifs de 300 000 fonctionnaires sur cinq ans. Toutefois, il souhaite redonner de la souplesse aux exécutifs locaux qui pourraient directement négocier la rémunération de leurs agents sans se voir imposer le carcan de l'État. La réduction des RTT serait alors à l'ordre du jour. Le candidat LR propose de porter le temps de travail dans la fonction publique étatique à 37 heures hebdomadaires (payées 37).

S'agissant de l'âge du départ à la retraite, Sarkozy avait déjà opté pour 63 ans en augmentant de quatre mois par an sur trois ans. Cette réforme serait ainsi effective à partir de 2020. Mais il va plus loin dans son nouveau livre en passant à 64 ans à partir de 2025.

  • 2. Une « nouvelle démocratie sociale »

Les grèves qui ont marqué le printemps à l'occasion de la loi El Khomri lui inspirent l'idée d'étendre le service minimum à tous les secteurs essentiels : raffineries, centrales nucléaires et secteur aérien. « Plus personne ne pourra prendre les Français en otage », promet-il dans Tout pour la France. Du reste, il jure qu'il fera sauter le monopole syndical de candidature au premier tour des élections professionnelles dès l'été 2017. Au dialogue social qu'il juge sclérosé et qui confine les uns et les autres aux postures Sarkozy préfère la « concertation permanente » au niveau de l'entreprise et des branches. L'accord d'entreprise prévaudra donc sur la convention collective dans tous les domaines, et pas seulement sur le temps de travail. Il annonce, comme François Fillon, son « opposition de principe » avec le paritarisme, l'État devant reprendre le contrôle de l'assurance chômage très endettée... Mais il n'abroge pas pour autant le paritarisme. On sent une prudence sur ce terrain miné...

Nicolas Sarkozy se prononce en faveur d'une dégressivité de l'indemnisation du chômage avec une baisse de 20 % au bout d'un an, et une nouvelle baisse de 20 % au bout de 18 mois. Le refus, par deux fois, d'une formation qualifiante ou d'un emploi sans raison sérieuse provoquerait la suspension de toute allocation.

  • 3. Immigration et police

S'agissant du flux migratoire, l'ancien chef de l'État se dit favorable à l'instauration d'un principe simple : aucun immigré ne peut entrer en France sans contrat de travail. Il ne va pas jusqu'à proposer des quotas annuels votés par le Parlement. Mais il évoque la mise à disposition de statistiques précises auprès des parlementaires chaque année. Il y a encore quelques mois, il entendait soumettre le regroupement familial à des conditions spécifiques : logement assez spacieux et revenus suffisants. Dans son livre de campagne, il le supprime purement et simplement. Nicolas Sarkozy suggérait aussi, dans son livre La France pour la vie, la mise en place d'un immense « plan Marshall » pour l'Afrique, dont le développement, expliquait-il, influe beaucoup sur l'avenir de notre économie.

Sur les conditions d'acquisition de la nationalité française, Nicolas Sarkozy propose un aménagement du droit du sol (et sa suppression totale à Mayotte, 101e département français, où celui-ci est détourné). Un enfant né de parents étrangers sur le sol français bénéficierait d'une simple « présomption de nationalité française », laquelle serait conditionnée à la majorité en fonction de l'état du casier judiciaire.

Quant à la police, son approche peut surprendre. Il ne met pas le curseur principal sur l'augmentation des effectifs, qu'on lui a reproché d'avoir baissés. Il met plutôt l'accent sur la clarification des missions de la police et de la gendarmerie en les spécialisant dans la lutte contre la délinquance. Les policiers municipaux se verraient ainsi offrir des responsabilités plus grandes. Pour les autres missions, elles seraient déléguées au privé. Les sociétés autoroutières seraient chargées de faire appliquer le Code de la route. Le candidat à la présidentielle entend également privatiser le gardiennage des lieux publics. Autant de tâches qui, soulageant les forces de l'ordre, rendraient la chasse aux délinquants plus efficiente.

  • 4. La refonte de la justice des mineurs

De son expérience de ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy retient l'idée que l'ordonnance de 1945 sur la justice des mineurs est obsolète. Les « gamins » sont devenus des gaillards « quasi adultes », dont la violence est comparable à celle des majeurs, écrivait-il dans La France pour la vie. Il souhaite donc abroger cette ordonnance et établir la majorité pénale à 16 ans en supprimant l'excuse de minorité.

  • 5. Schengen

Sarkozy estime avoir été visionnaire, en 2012, sur l'inadaptation de l'accord de Schengen. Trois ans plus tard, l'Europe menace, en effet, d'imploser sous l'effet d'une crise migratoire et des conséquences redoutées du Brexit. Sarkozy propose d'abroger Schengen I et de mettre en place un Schengen II si l'Europe parvient à mettre au point une politique de l'asile commune, avec des niveaux de prestations sociales comparables d'un pays à l'autre pour éviter le « dumping migratoire ». Enfin, il préconise la mise en place d'une police des frontières européenne dotée de moyens militaires.

  • 6. La conversion au référendum

Le référendum est dans l'air du temps. On le trouve dans les programmes de Marine Le Pen (six mois après la présidentielle sur les questions de souveraineté) et de François Fillon (en septembre 2017 pour débloquer le pays économiquement). Sarkozy y vient lui aussi, mais plus tôt : lors du deuxième tour des législatives, il propose un référendum qui portera sur diverses questions, dont la diminution d'un tiers du nombre de parlementaires, la restauration du cumul des mandats dans la limite de deux et, sans doute – mais comme on l'a dit plus haut, c'est moins clair –, la fin du paritarisme qui génère, à ses yeux, immobilisme et mauvaise gestion.

Comme Arnaud Montebourg, Nicolas Sarkozy opte pour une forme de « spoil system » (en vigueur aux États-Unis, où un changement d'exécutif implique de nommer des fidèles à la tête de la haute administration). Il souhaite pouvoir compter sur une trentaine de directeurs d'administration centrale loyaux et convaincus de la pertinence de ses réformes.

  • 7. Culture

L'ancien chef de l'État reste fidèle à ses convictions : en dépit de la rigueur des temps, pas question de réduire les budgets. La culture, estime-t-il, fait partie des outils de résolution de la crise identitaire qu'il diagnostique. Selon lui, l'homme est fait pour « aimer, travailler et se cultiver », écrit-il dans La France pour la vie.

En matière de proposition, il se fait le héraut d'une vigoureuse défense du droit d'auteur. Il refuse le « jeunisme » du téléchargement illégal et entend réhabiliter l'Hadopi (Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet) et son pouvoir de sanction. Sarkozy se veut l'ami des artistes, protecteur de la liberté de création. Mais, sans remettre en cause le régime des intermittents du spectacle, trop coûteux pour l'Unedic, il entend revenir sur les « avantages les plus indus ». Nicolas Sarkozy remettrait sur les rails son projet de centre national de la musique, abandonné par la gauche.

Sur France Télévisions, son dada, il estime qu'il y a « au minimum » une chaîne de trop. Celle-ci serait privatisée. S'il était élu, le rôle du CSA serait revu. Plus question de confier aux sages le soin de nommer les dirigeants de l'audiovisuel public. La tutelle sur les programmes reviendrait au ministère de la Culture. L'État reprendrait donc la main. En revanche, la nomination des dirigeants des entreprises publiques reviendrait aux commissions des Affaires culturelles du Parlement selon un vote à la majorité qualifiée des trois cinquièmes des suffrages exprimés, à savoir le mode actuel de désignation des dirigeants des grandes entreprises publiques. Le CSA se verrait assigner un rôle de contrôle « éthique » du service public à travers un comité.

EMMANUEL BERRETTA

lepoint.fr

Rédigé par La rédaction

Publié dans #Sarkozy

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Vent d'Est, Vent d'Ouest 24/08/2016 15:12

Bof. Il ne tiendra aucune des promesses, du moins on peut naïvement le supposer, d'après son livre, vrai tissu de mensonges et que je ne lirai jamais. C'est comme son coming back à la politique qu'il disait quitter pour avoir été battu aux présidentielles. Et autres déclarations artificielles depuis 2012. Et pendant son quinquennat. Lui aussi est un narcissique, peut-être moins stupide ou moins limpide que PasDeBol 1er mais ils se valent, chacun à leur manière et dans leur registre. Si vous y croyez encore, je pleure pour la France.