UN AUTRE REGARD SUR DE GAULLE

Publié le 29 Août 2016

UN AUTRE REGARD SUR DE GAULLE

Voilà un livre qui arrive à point nommé.

Au moment où la prochaine élection présidentielle se profile, alors qu’elle commence à hanter tous les esprits et que les prétendants affluent au portillon, le regard que nous livre Yves De Gaulle sur son grand-père peut rappeler à tous ce qu’est vraiment le « service de la France ». Une lecture dont chaque candidat, de droite ou de gauche, devrait faire son miel ou prendre de la graine, puisque tous ou presque se réclament désormais du Général et vont même jusqu’à faire le pèlerinage de Colombey.

Je dédie cet article à mon ami Marcel, trop vite parti, trop tôt parti. Lui qui était un fervent gaulliste, il se serait délecté à lire cette remarquable analyse sur la personnalité du Général De Gaulle.

Yves De Gaulle aura attendu presque cinquante ans après la disparition de son grand-père avant de prendre la plume pour nous livrer ce puissant exercice de décryptage de la personnalité d’un homme qu’on savait hors du commun, ce qui transparaît constamment au fil des pages. S’il n’a pas l’ambition de faire œuvre de mémorialiste, s’il n’encombre pas le contenu de ces multiples anecdotes qui auraient réduit le personnage à notre humaine condition, le souvenir qu’il garde de ses vacances à la Boisserie et la proximité qu’il avait avec son grand-père permettent un éclairage pertinent et plein de sensibilité.

Le contenu s’appuie sur une analyse solide de son personnage et de son univers : inventaire de la bibliothèque de la Boisserie, relecture des ouvrages publiés, revisite des lieux qui l’inspirèrent, avec au cœur le parcours immuable du tour de la propriété, moment privilégié d’échange entre grand-père et petit-fils. Cette sorte de radiographie, à la fois pudique et documentée, va nous permettre de mieux comprendre l’action et la pensée de l’homme, dont il ne sépare jamais la « statue » de celui qui l’habitait. C’est donc un personnage en chair et en os qu’il nous décrit. Il l’a suffisamment connu, il l’a aussi aimé et admiré et surtout il a eu maintes fois l’occasion de lui parler très directement jusqu’à un âge suffisant pour qu’il puisse en avoir une idée adulte. Il avait 19 ans quand son grand-père est parti. Yves avait pleinement conscience de la dimension personnelle exceptionnelle du personnage qu’il côtoyait et le mérite de ce livre est de nous la faire découvrir comme personne d’autre n’aurait pu le faire.

Ce livre arrive à point nommé pour rappeler, à une époque où tout le monde se veut plus ou moins gaulliste, qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Personnellement, je me souviens bien du regard sombre que me jetaient mes camarades de promotion à l’Ecole Normale à me voir lire les « Mémoires de guerre » alors qu’eux vaquaient avec Sartre sous le bras. Il fallait du courage et c’était en même temps un pied de nez que je leur faisais. L’opposition d’alors n’avait pas de mots assez durs pour stigmatiser le « pouvoir personnel » et combattre le régime dans lequel elle s’est coulée pourtant avec délice le moment venu. Il est donc important de remettre en perspective la vie et l’action d’un homme d’état auquel aucun homme politique d’aujourd’hui ne peut se comparer, sauf à lui arriver à la cheville.

Le rebelle et la rupture.

De Gaulle aura paru à beaucoup un traditionaliste, ce qu’il était assurément, guidé par l’idée de nation toute sa vie durant. S’il avait « une certaine idée de la France », celle-ci n’était pas stérile, fermée, passéiste. Non, la France était pour lui une personne vivante dépositaire d’un héritage précieux : son histoire millénaire qu’il fallait à tout prix préserver. Une leçon perdue de vue par ceux qui nous gouvernent aujourd’hui, comme quoi aller se recueillir sur une tombe ne suffit pas. Yves De Gaulle nous fait saisir combien son côté « rebelle » est structurant de son parcours et le conduit jusqu’à la « rupture » assumée quand elle lui parait nécessaire. Ces notions sont capitales pour comprendre l’homme du 18 juin 1940. Face à l’inacceptable, aucun compromis n’était possible et dans la pire défaite que la France ait connue et qui aurait pu la faire disparaître, son réflexe immédiat fut de sauvegarder à tout prix son capital moral et historique. Dès lors il lui revenait d’incarner la France. Et il en a été ainsi chaque fois que ce capital était menacé, que ce fût par l’allié anglais ou encore américain. Rebelle, il fallait qu’il le soit face aux puissants s’il voulait exister : « c’est quand on est faible qu’on ne fait pas de concessions ! »

Mais le « géant » était aussi un être sensible et l’on découvre à quel point il était ouvert d’esprit, disponible pour s’expliquer ou répondre aux questions, combien il doutait de lui-même et s’interrogeait sur ses choix. Il avait une certaine idée de l’homme et s’il était libéral et républicain, il était partisan d’une répartition équitable de la richesse, à l’écart du capitalisme anglo-saxon ou du communisme soviétique. Sa réflexion l’avait porté vers une « association du capital et du travail » par la « participation ». Il était aussi européen, et il avait compris la vitale nécessité de la construction de l’Europe, comme celle de la réconciliation franco-allemande.

C’est esprit méthodique de « rebelle » et de « contestataire » le conduisait aussi à la prospective géopolitique. Combien de voyages émaillés de discours provocateurs, du « mano en la mano » mexicain au « Vive le Québec libre » sans oublier le discours de Phnom-Phen… ont provoqué des petits séismes dans le microcosme politique mondial tant il voyait haut et loin. Le Général se donnait toujours le temps de la réflexion et de la méditation. La lecture des anciens lui était d’une grande utilité comme son immense culture.

Le livre fourmille d’anecdotes, de citations, de réflexions parfois inattendues. On y découvre ce qui hante le petit-fils et qui est l’objet de sa quête : la méthode que Charles De Gaulle utilisait pour prendre ses décisions.

Pour les gaullistes, ceux qui le sont moins ou qui le seront un jour, pour les candidats à la présidentielle (indispensable pour la probité et la transcendance), pour les politiciens en mal de modèle (ça ne peut pas faire de mal)… voilà un ouvrage qui ne peut être qu’utile. Et puis aussi tous les curieux que le personnage intéresse parce que non seulement il est entré dans l’Histoire, mais il l’a faite !

« Un autre regard sur mon grand-père Charles De Gaulle » – Yves De Gaulle – Plon.

Daniel HOULLE

calepindh.fr

Rédigé par La rédaction

Publié dans #France

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