Quand les Corses se rebiffent

Publié le 25 Août 2016

Quand les Corses se rebiffent

La violente agression de jeunes villageois de Sisco par des Maghrébins musulmans a exacerbé les tensions identitaires dans l’île, en pointe dans la résistance au “djihad culturel” lancé en France.

« Aux armes, on va monter parce qu’on est chez nous ! » Réputés pour leur caractère bien trempé, les Corses ont décidé de ne plus se laisser faire. Des centaines d’entre eux ont ainsi manifesté ces jours derniers pour dénoncer l’avancée de l’islam radical, accusé de défigurer leur île de Beauté. L’ultime offensive en date de cette guerre d’usure s’est déroulée, le 13 août, sur une plage du village de Sisco, en Haute-Corse. Où, comme ont rapporté les médias nationaux frileux et complaisants, ont eu lieu « des tensions après une rixe entre communautés corse et maghrébine » qui a fait cinq blessés.

« À l’évidence, à l’origine des incidents se trouvent des membres de la famille maghrébine, a affirmé depuis le procureur de Bastia, Nicolas Bessone. Ils ont voulu, dans une logique de caïdat, s’approprier la plage et la privatiser. Ils ont multiplié des incidents avec un certain nombre de personnes : jets de pierre pour les intimider, tensions très fortes, insultes, menaces. » Les occupants ont même installé un panneau d’interdiction de circulation ! « Il n’y a pas d’un côté des radicalisés et de méchants racistes de l’autre. C’est une réaction grégaire à un comportement inadapté », a-t-il toutefois désamorcé.

Des gens de passage, des touristes et des enfants ont été visés, voire contraints de quitter la crique. Mais c’est un vacancier qui, photographiant la baie où se baignaient des femmes voilées, a déclenché la fureur des musulmans fanatiques. Armés d’un harpon et d’une batte de baseball, ils ont agressé le père d’un adolescent molesté, en hurlant « Allahu akbar », selon les témoins, et repoussé les villageois accourus aux abords de la plage. Lesquels ont évité, précise le parquet, un « véritable lynchage » par les Maghrébins, dont les voitures ont été brûlées, avant l’intervention d’une centaine de gendarmes.

« Ils sont venus pour faire la guerre », a déclaré un jeune homme. « Heureusement que la machette est tombée dans les rochers, sinon ils ouvraient la tête en deux de mon frère. Et on aurait pu être en deuil », a ajouté une fille de 17 ans. « Ils se sont mis à trois pour le tabasser et le pire est qu’ils ont brandi un couteau pour lui faire mal », a même raconté la mère d’un garçon de 18 ans. « Nous sommes sur une poudrière. Il faut se débarrasser de ces intégristes. Les Corses ne sont pas racistes », a enfin martelé le maire PS de Sisco, Ange-Pierre Vivoni, qui assure « qu’il y avait une femme qui se baignait en burkini, un effet de mode vu sur toutes les plages en Corse ». Depuis, il a signé un arrêté d’interdiction, comme 15 édiles ruraux.

La mesure est avant tout préventive, car aucun maillot intégral n’aurait été observé ce jour-là, au contraire de robes longues. Quand les villageois ont débarqué, « ce n’est pas le cercle des poètes disparus », a reconnu le procureur, qui a précisé qu’un couteau avait été utilisé pour intimider en « tapotant » avec le manche la tête de l’adolescent. En revanche, nul slogan islamiste, car « leur style, c’est plutôt “niquez vos mères” », a-t-il commenté. Mais leurs épouses ont bien crevé des pneus de locaux. Trois jours après la rixe, une seconde bagarre éclatait après un échange de regards entre un groupe de jeunes de l’île et un père de famille d’origine maghrébine, en Corse du Sud, près d’Ajaccio.

Les frères, Jamal, Abdelillah et Mustafa Benhaddou, Marocains et déjà connus des services de police, sont poursuivis pour “violences en réunion avec armes”. Le dernier, délinquant multirécidiviste et condamné plusieurs fois à la prison (outrage, rébellion, dégradation, transport d’armes, trafic de stupéfiants, etc.), a été seul placé en détention provisoire. Et leur quatrième frère, clandestin, est toujours en fuite. Quant aux deux habitants du village, un boulanger et un employé communal et pompier volontaire, ils ont été libérés sous les acclamations. Tous seront jugés le 15 septembre.

« Il n’y a pas eu de réaction disproportionnée », a réagi le président nationaliste de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, dénonçant « un comportement de voyou, et pas de racisme ». D’ailleurs, il s’est satisfait de la « décision équilibrée, qui fait la différence entre les victimes, les habitants de Sisco, et les agresseurs, les autres, qui ont privatisé la plage par la force et l’intimidation ». Auparavant, 500 habitants en colère s’étaient rassemblés devant la mairie de Bastia, en arborant le drapeau régional. « On est chez nous ! », avaient aussi scandé des locaux en marchant vers le quartier des séditieux.

Sur Facebook, un jeune Bastiais, Arnaud Seassari, a lui fait sensation en clamant haut et fort ce que beaucoup pensent tout bas. Sa vidéo a été vue plus de 2 millions de fois. « Votre communautarisme de merde, on n’en veut pas ! a-t-il lancé. Vous croyez que le Corse ne va rien dire et laisser faire, comme le Continental ? Non, il n’encaisse pas, il garde la tête haute et il t’affronte ! Tu ne feras pas ta loi ! On va devenir aussi intolérants ! Si tu fais chier, tu prends un village sur la gueule et tu te fais défoncer ! Soit vous comprenez, soit vous dégagez. Si c’est la guerre que vous voulez, vous allez la trouver ! »

En attendant, les batailles identitaires se multiplient dangereusement sur l’île, en proie depuis des années à l’islamisme radical et à ses prédicateurs venus de métropole. En janvier 2015, un drapeau français était incendié et remplacé par celui du Maroc à l’école maternelle des Jardinsde- l’Empereur, à Ajaccio. En décembre, des pompiers étaient caillassés le soir de Noël dans la même cité sensible, puis une salle de prière saccagée et des corans brûlés en représailles. Sans compter les tags “Arabi fora” (“Arabes dehors”), les carcasses de sangliers et les attentats contre plusieurs lieux de culte.

Huit mois plus tard, alors que les Français sont encore meurtris par le terrorisme islamiste, ces tensions culminent. Cette année, une boucherie halal a été mitraillée et une mosquée incendiée. En juillet, des prêcheurs salafistes ont même été chassés par des… fidèles musulmans d’une salle de prière à Bastia, puis de la plage d’Île-Rousse, où ils tentaient d’organiser une prière publique illégale. « La Corse est, depuis Paoli, une terre de liberté de culte. Mais elle n’acceptera ni communautarisme ni intégrisme », prévenait alors Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de la communauté territoriale de Corse.

Signe de la fracture française et des crispations identitaires, l’île de Beauté est désormais la région la plus affectée par le nombre d’actes antimusulmans par rapport à sa population (un acte pour 18 000 habitants en moyenne en 2015), relève un rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH). Et le FN, qui ne fait pas de bons scores aux scrutins locaux, éclipsé par les indépendantistes, reste à un niveau élevé aux élections nationales. En 2012, sa présidente, Marine Le Pen, est arrivée deuxième (24,5 %) au premier tour, derrière Nicolas Sarkozy. « Ce n’est pas l’islamophobie qui est en cause mais bien l’agressivité des racailles islamistes », a d’ailleurs réagi sa nièce et députée frontiste, Marion Maréchal-Le Pen.

Moins complexés que leurs concitoyens de métropole, les Corses sont viscéralement attachés à leurs coutumes historiques. Autrefois terre d’émigration, cette région, parmi les plus pauvres de France, a accueilli au XXe siècle une forte immigration maghrébine. Aujourd’hui, il y a 22 000 étrangers, dont 60 % de Marocains, et 50 000 musulmans sur les 320 000 habitants. Aussi, son esprit nationaliste et conservateur est demeuré intact, comme en atteste le regain des mouvements et des milices identitaires, telles que la Vigilenza Naziunale Corsa, opposée à l’islamisation de l’île. Enfin, la tradition de la vendetta, renforcée par l’impéritie de l’État central, n’est pas près d’y disparaître.

Les attentats, dont celui de Nice, durant lequel au moins une jeune fille d’origine corse a été tuée, ont aussi marqué les esprits. « Sachez que toute attaque contre notre peuple connaîtrait de notre part une réponse déterminée sans aucun état d’âme », prévenait le groupe indépendantiste FLNC du 22 octobre, après le meurtre du père Hamel par des djihadistes de Dae’ch, en s’adressant « aux islamistes radicaux de Corse », fin juillet. Quant « aux musulmans de Corse », l’organisation clandestine, qui dit avoir déjoué un attentat en juin, les appelait à « prendre position » en dénonçant l’islamisme radical.

Trois semaines avant les affrontements de Sisco, qui abrite un millier d’âmes et une cinquantaine de musulmans, une famille de Corses d’origine maghrébine en maillot de bain y avait déjà été ciblée par des hommes en djellabas et leurs femmes voilées. “Ne Burka, ne Gaulois, Libertà !” (“ni burqa, ni Gaulois, liberté !”), proclame désormais un tag sur le chemin de la plage, symbole de ce climat toujours tendu. Sur les réseaux sociaux, des Corses fiers ont préféré partager cette formule : « Sur le continent, les racailles brûlent les voitures des Français. Ici, les Corses brûlent les voitures des racailles. »

Amaury Brelet

valeursactuelles.com

Rédigé par La rédaction

Publié dans #France

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