L’insupportable tyrannie des minorités

Publié le 3 Septembre 2016

L’insupportable tyrannie des minorités

La gauche ne sachant plus parler au peuple, nos dirigeants se prosternent devant les communautés. Et cette dictature du communautarisme fait reculer la République.

Le Conseil d’État a donc cassé, vendredi dernier, l’arrêté “antiburkini” pris par Lionnel Luca, le maire de Villeneuve-Loubet. Ceux que l’on appelle “les sages du Palais Royal” n’ont donc pas retenu les arguments du tribunal administratif de Nice, qui avait, lui, validé ce même arrêté. Ils n’ont pas davantage écouté la voix des Français, qui, interrogés par l’Ifop pour le Figaro, réclamaient, pour 64 % d’entre eux, l’interdiction généralisée du burkini. Si les arrêtés de même nature pris par une trentaine d’autres municipalités restent valides, cet arrêt du Conseil d’État est naturellement une victoire pour une minorité de musulmans salafistes qui testent par tous les moyens la capacité de notre pays à défendre son identité, à conserver son mode de vie et à maintenir l’ordre public en empêchant le prosélytisme. Les juges du Conseil d’État ont estimé que « l’arrêté litigieux a ainsi porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle ». Rien que cela ! Au Maroc et en Algérie, le burkini est interdit dans certaines piscines pour de simples raisons d’hygiène. Et cela n’empêche pas les musulmans ou les musulmanes de se baigner. Et puisque le Conseil d’État parle aussi gravement des libertés publiques, que fait-il donc de la liberté de la femme à disposer de son corps. Car soit elle se baigne volontairement avec un burkini, et alors c’est une provocation faite pour troubler l’ordre public. Soit, et c’est le cas le plus courant, elle utilise ce type de maillot de bain sur ordre de son mari ou sous la pression de son milieu culturel. Et dans ce cas, sa liberté à elle ne compte pour rien, aux yeux des juges.

Mais c’est désormais un fait que notre pays se trouve systématiquement soumis à ce que Nicolas Sarkozy qualifie, dans son dernier livre, de « tyrannie des minorités ». Et si ce sujet est grave, c’est parce qu’à force de céder le pouvoir à une succession de minorités, la France éternelle que chacun d’entre nous compose se dissout peu à peu, s’efface et disparaît à cause de tous ces renoncements, de ces petites lâchetés juridiques et de ces démissions de l’État. Cette insupportable dictature des lobbys, des groupes de pression et des petits appareils explique la douleur que ressentent des millions de femmes et d’hommes qui souffrent, eux, de ne jamais être entendus, compris ou représentés. Et qui trouvent à la droite de la droite ou à la gauche de la gauche, sinon des réponses, du moins une oreille pour leurs frustrations légitimes. Tout cela est le fait d’une gauche qui ne sait plus parler au peuple, comme elle ne sait plus se faire entendre par le monde ouvrier. Puisque le peuple est devenu réactionnaire à leurs yeux, nos dirigeants ont changé leur fusil d’épaule, ils vénèrent une nouvelle idole et se prosternent devant les communautés. Et quelle est la conséquence de ce communautarisme systématique ? C’est naturellement cette tyrannie des minorités qui fait reculer chaque jour davantage la République.

De fait, si une poignée de lycéens bloque un établissement scolaire, il faut désormais se résigner et subir. Si un petit groupe de zadistes entrave la construction d’un aéroport, d’un barrage ou d’une route, il faut s’incliner. Si quelques gens du voyage bloquent une autoroute, il faut laisser faire. Si une centaine de manifestants et de casseurs ne veulent pas d’une loi de réforme du marché du travail, les gendarmes n’ont pas le droit d’intervenir. Et si une poignée d’islamistes radicaux prennent en otage un quartier, il faut s’y résigner. Le pire dans la France de François Hollande, c’est que toutes ces minorités n’ont plus les mêmes droits que les autres, elles en ont désormais davantage. Une minorité a le droit de bloquer des raffineries de pétrole et la majorité n’a pas le pouvoir de se déplacer. Une minorité peut enfreindre la loi alors que la majorité se fait, elle, un devoir de la respecter. Une minorité peut imposer la fermeture d’une centrale nucléaire quand la majorité n’a pas d’autre choix que de payer. Une minorité peut imposer un fondamentalisme religieux et traiter les femmes comme des êtres inférieurs quand la majorité des musulmans français doivent, eux, en payer les conséquences. Tout cela parce qu’une partie de nos élites adorent les communautés particulières, au nom de la reconnaissance du droit à la différence. Pour elles, la France ne doit être que la juxtaposition plus ou moins harmonieuse de communautés reconnues dans leurs droits particuliers. Elles feraient mieux de relire Ernest Renan pour qui « une nation est une âme, un principe spirituel. […] Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de coeur ».

Yves de Kerdrel

valeursactuelles.com

Rédigé par La rédaction

Publié dans #France

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