Forges-les-Bains: l'accueil des migrants suscite la colère des habitants

Publié le 10 Septembre 2016

Forges-les-Bains: l'accueil des migrants suscite la colère des habitants

Mardi, le futur centre a été incendié. Et une réunion d'information s'est achevée sous les huées mercredi soir.

«C'est vrai qu'il y a eu des événements à Forges hier soir?» La conductrice s'est arrêtée au rond-point pour adresser sa question au seul passant qu'elle a croisé. Ce dernier est à la fois interloqué et amusé. «Ah, bah ça va faire grimper le tourisme!», glisse-t-il en s'esquivant.

La scène résume bien l'ambiance dans laquelle Forges-les-Bains (Essonne) a plongé depuis le début de la semaine. La veille au soir, mercredi, la réunion organisée dans la salle du centre culturel s'est terminée sous les huées et une Marseillaise scandée devant la maire de la ville et la préfète de l'Essonne. Objet de la discorde: le centre d'accueil de migrants qui doit ouvrir fin octobre dans cette ville de 3.700 habitants.

«C'est peut-être pas très malin, car au final c'est le contribuable qui va payer. Mais, de toute façon, ils n'entendent que ça»

Ces derniers ont appris que 91 réfugiés soudanais et afghans, uniquement des hommes âgés de 17 à 40 ans, devaient venir s'installer dans un bâtiment dont la mairie de Paris est propriétaire. La municipalité l'a annoncé fin août. Trop tard, jugent les habitants, qui ne comprennent pas d'où vient ce projet sur lequel ils n'ont pas été consultés.

La tension gagne alors le village. Dans la nuit de lundi à mardi, après une manifestation organisée pendant la première réunion sur le sujet, le bâtiment qui doit accueillir les migrants est incendié. On apprend à cette occasion qu'une partie des lieux avait été volontairement inondée le vendredi précédent. Face à cette ambiance délétère, la nouvelle réunion d'information est avancée à mercredi. «C'était violent, c'est sûr», raconte un commerçant présent. La parole est interrompue et des slogans visent Anne Hidalgo, la maire de Paris, ainsi que Marie Lespert Chabrier, la maire de la ville. Le tout devant des journalistes de la presse nationale.

«Si ça avait été des familles, cela aurait été plus facile. Les enfants auraient pu être intégrés dans l'école»

Depuis, le sujet occupe toutes les discussions. Dans l'unique bar-tabac de la commune, le serveur évacue poliment les questions des journalistes qui défilent, tout en reconnaissant que les clients ne parlent que de ça. L'incendie, surtout, a marqué les esprits. «Ça ne pouvait finir que comme ça», soupire Pascal, qui travaille dans le bâtiment. «C'est peut-être pas très malin, car au final c'est le contribuable qui va payer. Mais, de toute façon, ils n'entendent que ça.»

Ils, ce sont la municipalité et le gouvernement, accusés de n'avoir pas donné d'informations à temps. «Les gens ont vraiment l'impression d'avoir été mis devant le fait accompli», affirme la pharmacienne. Mais la mauvaise communication ne suffit pas à expliquer les réactions. Sur le trottoir ou près de l'église, les principales inquiétudes sont claires: seuls des hommes seront accueillis dans ce centre, qui sera situé à quelques mètres des écoles maternelle et primaire. «Si ça avait été des familles, cela aurait été plus facile. Les enfants auraient pu être intégrés dans l'école», regrette une commerçante. «Mais là… Il n'y a pas de transports à Forges. Que vont-ils faire toute la journée dans la ville? Comment vont-ils se comporter?»

«Ça se fera. Ici ou à quelques kilomètres. On n'a pas notre mot à dire»

Une partie des opposants au projet se sont réunis dans une association. Une pétition, lancée lundi, a rassemblé 1.000 signatures. Mais beaucoup estiment que cela ne changera rien. «Ça se fera. Ici ou à quelques kilomètres. On n'a pas notre mot à dire», peste un passant. Pour lui, la violence déclenchée exprime un «ras-le-bol». «On est en crise, on travaille et on a du mal à joindre les deux bouts, et on va venir nous imposer des dépenses pour prendre en charge des gens qui peuvent amener des problèmes?»

À le croire, aucun habitant ne soutient le projet. Pas si sûr, selon un commerçant. «Il n'y a que ceux qui sont contre qui parlent.» Une autre habitante regrette également l'image négative renvoyée par ces tensions. «On nous fait passer pour des gens violents, mais c'est faux. On n'est pas des fachos, on estime juste qu'on n'a pas à nous imposer ça», juge-t-elle, expliquant qu'elle aurait soutenu un projet impliquant des familles. «Peut-être qu'il n'arrivera rien, et on l'espère. Mais c'est notre rôle de demander des comptes pour nos enfants.» Pour l'heure, aucune nouvelle échéance n'est fixée. Ni la mairie, ni Emmaüs, qui devra gérer le centre, n'ont souhaité s'exprimer sur la situation. «La réunion a été vraiment très tendue, très violente. Donc pour le moment, on attend», répond-on simplement.

lefigaro.fr

Rédigé par La rédaction

Publié dans #Immigration

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