Une année forcément pour rien

Publié le 9 Septembre 2016

Une année forcément pour rien

D’ici à mai 2017, la France va vivre de manière fossilisée alors que toutes les conditions sont réunies pour mener des réformes tant de fois retardées.

D’ici quelques jours, le nouveau ministre de l’Économie rendra publics les tenants et les aboutissants du budget 2017 pour la France. Avec bien sûr tout ce qu’il comptera de petits cadeaux fiscaux au seul arrière-goût électoraliste. Chez tous nos voisins, ce moment-là est déterminant, parce qu’un budget n’est certes pas une fin en soi, mais il constitue un ensemble de moyens économiques au service d’une politique. En France, la préparation de ce dernier budget du quinquennat Hollande n’a donné lieu à aucun arbitrage important ni à aucune décision majeure, à l’exception de la mise en place du fameux prélèvement à la source destiné à intervenir en 2018. Plusieurs raisons expliquent la vacuité de ce débat. D’abord, à force d’avoir les yeux rivés sur la barre des 3 % de déficit budgétaire (par rapport à notre richesse nationale), le gouvernement s’est privé de tous les moyens adéquats pour mener une véritable politique de l’offre, en favorisant les entreprises, en cajolant tous les moyens de production et en relançant l’innovation, seule condition au maintien d’une industrie compétitive sur notre territoire. Personne ne sait plus à quoi rime ce seuil des 3 % défini… en 1992, c’est-à-dire dans un tout autre environnement. Mais cela reste malheureusement l’alpha et l’oméga de notre fameuse trajectoire des finances publiques.

La deuxième raison du peu d’intérêt que suscite la préparation de l’exercice budgétaire tient aussi à la manière dont les socialistes ont fait en sorte que ce ne soit plus un rendez-vous essentiel. Les mois écoulés ont donné l’occasion de le voir. À peine le budget 2016 était-il voté que François Hollande et Manuel Valls se livraient à une débauche de dépenses non budgétées. En faveur des taxis, des éleveurs, des professeurs, des jeunes sans emploi, et bien sûr de l’ensemble des fonctionnaires. Non seulement ils ont pris le risque de creuser le déficit budgétaire au cas où la croissance attendue ne serait pas au rendez-vous. Mais ils ont ôté aux parlementaires la possibilité de faire ces choix. Si la représentation nationale ne peut pas discuter de l’augmentation des salaires de 6 millions de fonctionnaires, dont le statut est déjà exorbitant du droit commun, alors effectivement la discussion budgétaire n’a plus aucun intérêt. Et le pays sombre tout doucement dans un environnement clientéliste, où les groupes de pression, les mécontents et ceux qui crient le plus fort sont assurés de recevoir un avantage spécifique qui leur permet de ne pas avoir à se réformer.

La dernière raison résulte du fait que ce gouvernement n’a plus rien à dire aux Français. Il n’a plus d’histoire à leur raconter. Assommé par les préoccupations identitaires et sociétales qu’il n’arrive pas à endiguer, il n’est plus capable de concevoir une bonne politique économique. La loi El Khomri a beau avoir été votée au milieu de l’été après trois mises en oeuvre de l’article 49.3, pas un décret d’application n’est encore rédigé. Et il y a fort à parier que cela restera ainsi jusqu’aux prochaines élections. Ce gouvernement ressemble au capitaine Drogo, personnage fantasque inventé par Dino Buzzati pour son oeuvre magnifique, le Désert des Tartares, qui passe sa vie à attendre, sans même savoir quoi. Cette absence de cap, cette incapacité à mener des réformes que la France ne peut plus retarder et cette soumission aveugle aux diktats européens sont dramatiques dans un monde qui tourne de plus en plus vite, où de nouvelles puissances émergent, où des ruptures technologiques remettent en cause tous les modèles de production et où l’avantage est toujours détenu par le plus agile, le plus rapide et le plus volontaire. De surcroît, cette année pour rien constitue une faute majeure de la part de nos dirigeants alors que jamais la France n’a bénéficié d’un tel alignement des planètes depuis des années. Avec un loyer de l’argent qui ne coûte rien, et donc une dette devenue moins gênante. Avec des prix des matières premières proches de leur plus bas niveau historique. Avec une inflation réduite à néant. Avec des institutions européennes devenues un tigre de papier, comme en témoigne la manière dont l’Irlande a refusé la semaine passée un chèque de 13 milliards d’euros que Bruxelles voulait contraindre Apple à lui verser. Et avec des Français bien plus disposés à accepter la réforme qu’on ne l’imagine. De tous ces avantages, François Hollande et Manuel Valls n’ont rien fait, se contentant de discours lénifiants sur la cohésion sociale et le “vivre-ensemble”. En renonçant à changer le cours des choses, ils ont piétiné leur mandat politique. Et de fait, ils se sont disqualifiés pour diriger la France cinq années de plus.

Yves de Kerdrel

valeursactuelles.com

Rédigé par La rédaction

Publié dans #Gouvernement

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