François Hollande : l'agonie politique d'un président

Publié le 1 Septembre 2016

François Hollande : l'agonie politique d'un président

Après la démission d'Emmanuel Macron, André Bercoff anayse les conséquences politiques de cette nouvelle défection pour François Hollande. Il y voit la poursuite d'un long chemin de croix pour le président de la République.

Quelles métaphores extraire du lit de douleur soft dans lequel s'agite, magnifique Culbuto de comédie, François Hollande? Quelles figures évoquer, dans ce quinquennat qui n'en finit pas d'agonir entre trahisons et abandons, crises et chuchotements, manœuvres et faux-semblants? Gauche et droite, devenues vieux oripeaux jetés aux mites et essayant quand même de faire bonne figure, se ramassent à la pelle désespérément, feuilles mortes d'un système qui ne sait plus à quel nom se vouer. Mendès-France est mort, Mitterrand est mort, et Hollande se sent de moins en moins bien. Ne cédons pas à la facilité: ce ne sont pas les rats qui quittent le navire, mais bien celui-ci qui fait eau de toute part, n'ayant même plus besoin d'un iceberg défraîchi pour sombrer.

L'heure du bilan n'a certes pas encore sonné. Mais la solitude du coureur de fond apparaît de plus en plus cruelle.

L'heure du bilan n'a certes pas encore sonné. Mais la solitude du coureur de fond apparaît de plus en plus cruelle au fur et à mesure que ses ministres d'hier et d'aujourd'hui prennent le large ; que ses électeurs d'il y a quatre ans se sont dispersés sans laisser d'adresse ; que la courbe du chômage danse un triste pas de deux avec les radiations de Pôle Emploi ; que la croissance est sous poumon d'oxygène et que la dette s'est pacsée avec le PNB pour le pire plutôt que pour le meilleur. Ne nous appesantissons pas sur les attentats à répétition, le communautarisme galopant, la farce tragique du burkini, et autres calembredaines qui prêteraient à sourire si elles n'étaient chargées de sang, de sueur et de larmes.

Fidélité grognarde de Valls et des vieux briscards : Cambadélis, Frégoli de l'humour involontaire, Sapin qui fait où on lui dit de faire, Le Foll qui cherche le numéro de Lactalis.

L'on pourrait avancer que Macron, n'ayant pas fait grand-chose, mais étant devenu, à l'insu de son plein gré, la coqueluche des médias, devrait méditer sur la fable de la grenouille et du bœuf. L'on pourrait arguer de la relative faiblesse de Montebourg, de la fidélité grognarde de Valls, de la stoïque présence des vieux briscards: l'inénarrable Cambadélis, Frégoli de l'humour involontaire, l'obstiné Sapin qui fait où on lui dit de faire, le merveilleux Le Foll qui cherche le numéro de téléphone de Lactalis: la garde hollandaise meurt mais ne se rend pas. Dans ce paysage dévasté, le souriant chef de l'Etat croit-il encore en sa bonne étoile, cultive-t-il toujours sa baraka, et se persuade-t-il qu'il franchira tous les obstacles pour arborer l'échéance de 2017 avec encore une chance de l'emporter?

Ne faisons pas injure à l'intelligence de Hollande. Il se sait vaincu et s'attachera à partir en beauté, par un message au peuple où il expliquera qu'il a toujours mis la France au-dessus de toute ambition personnelle et subalterne. Mais, soucieux de ne laisser passer aucun coup bas, aucun reniement, aucun abandon, il essaiera de cramer tous ceux qui, dans son camp, rêvent de lui succéder. Il sait que dans la minute où il renonce, ce sera (c'est déjà) le trop plein. Valls, Macron, Montebourg, et pourquoi pas Taubira: bal tragique de ses ministres qui se déchireront à belles dents dans un combat qui ne cessera que faute de combattants. Et Hollande pourra psalmodier comme Néron: «Quel artiste le monde va perdre!» et répéter à l'envi ces vers immortels: «Voir le dernier socialo à son dernier soupir, seul en être la cause et mourir de plaisir».

Ainsi va l'Histoire quand les hommes la transforment en anecdotes.

André Bercoff

Journaliste et écrivain

lefigaro.fr

Rédigé par La rédaction

Publié dans #Hollande

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