Hausse du chômage: les manipulations statistiques n’ont pas suffi

Publié le 27 Septembre 2016

Hausse du chômage: les manipulations statistiques n’ont pas suffi

Les chiffres mensuels du chômage viennent de tomber. On nous avait dit que « ça allait mieux ». On nous avait dit aussi que quand la croissance était inférieure aux prévisions, c’était « pas de bol ». Après un mois de juillet à 20 000 chômeurs de moins en catégorie A, voilà que les chiffres explosent à nouveau. 52 400 nouveaux chômeurs sont enregistrés en août dans cette catégorie.

Chômage : pour aller plus loin dans les chiffres

Un petit rappel semble à ce stade indispensable. Qu’entend-on par catégorie de chômeurs ? Le très officiel site du service public nous informe :

  • Catégorie A : personne sans emploi, tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi, à la recherche d’un emploi quel que soit le type de contrat ( CDI, CDD, à temps plein, à temps partiel, temporaire ou saisonnier).
  • Catégorie B : personne ayant exercé une activité réduite de 78 heures maximum par mois, tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi.
  • Catégorie C : personne ayant exercé une activité réduite de plus de 78 heures par mois, tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi.
  • Catégorie D : personne sans emploi, qui n’est pas immédiatement disponible, non tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi (demandeur d’emploi en formation, en maladie, etc.).
  • Catégorie E : personne pourvue d’un emploi, non tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi.

Autrement dit, pour tout gouvernement qui se respecte, le chômage, c’est avant tout la catégorie A. Elle rassemble les personnes qui ne travaillent pas du tout. Tant que ce chiffre baisse, c’est que ça va mieux sur le front du chômage. Tenez-le vous pour dit.

Les catégories B et C représentent les personnes qui ont tellement peu travaillé qu’on ne peut même pas considérer qu’elles ont trouvé du travail. La catégorie D est réservée aux personnes en formation et en maladie pour l’essentiel. La catégorie E est enfin destinée à comptabiliser les personnes qui ont un travail, meilleur que celui des catégories B et C, mais pas suffisamment pour les extraire des statistiques.

Le gouvernement relativise…

Le Figaro rapporte que la ministre du Travail relativise la situation :

« Ce résultat, nettement moins favorable que ceux des mois précédents, peut s’expliquer notamment par les difficultés rencontrées dans certains secteurs d’activité particulièrement affectés par les attentats de juillet (tourisme, hôtellerie-restauration, commerce de loisir, notamment). Cette hausse a par ailleurs été amplifiée par une augmentation inhabituelle du nombre d’actualisations des demandeurs d’emploi, due notamment à un effet calendaire (nombre de jours ouvrés plus élevé) »

… mais les faits sont têtus

Le mois dernier, nous avions déjà décrypté les chiffres. Nous avions pu comprendre à quel point la baisse de la catégorie A masquait en fait une situation bien peu réjouissante. Toutes catégories confondues, le chômage avait augmenté de 10 900 personnes.

Ce mois-ci, c’est encore pire. Au total, cela représente 100 000 nouveaux chômeurs sur le seul mois d’août. Seule la catégorie B recule de moins de 10 000 personnes. La catégorie D, qui recueille les chômeurs en formation comptait 5 000 personnes de plus le mois dernier. Elle en compte 15 700 de plus en août, toujours sans certitude sur la qualité et l’efficacité des formations proposées. En tout cas, le transfert vers cette catégorie ne suffit pas à compenser la nette hausse observée par ailleurs.

Justifier l’injustifiable

La ministre du Travail prétend donc que ces résultats sont liés à quelques difficultés post-attentats et à des questions calendaires. Cette fois-ci, point d’opérateur téléphonique mis en cause. Le calendrier fera l’affaire. On ne peut pourtant que constater que ces justifications semblent dérisoires face aux situations personnelles des principaux intéressés.

À force de jongler avec les chiffres, on en oublierait que les chômeurs sont des personnes en chair et en os. Ces personnes sont aussi des électeurs. Ces électeurs pourraient bien tirer des conclusions assez directes de la baisse d’activité liée aux attentats, des hasards calendaires, des problèmes d’opérateurs ou des grands plans de formation et des grands discours sur le caractère insupportable d’un chômage dont ils ne sortent pas…

Matthieu Mistret

contrepoints.org

Rédigé par La rédaction

Publié dans #Emplois

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