Le « made in France »: une supercherie démagogique

Publié le 16 Septembre 2016

Le « made in France »: une supercherie démagogique

La gauche a trouvé le remède miracle pour relancer l’économie : fabriquer français. Une supercherie démagogique sur laquelle Arnaud Montebourg a du mal à s’expliquer.

La semaine qui vient de s’écouler nous a offert une campagne de promotion spectaculaire pour le « made in France ». La plupart des candidats à la présidentielle y sont allés de leur couplet pour revendiquer une relocalisation des activités industrielles. En bref, pour restaurer une capacité d’emplois, il faut reconstruire un appareil industriel et fabriquer dans l’Hexagone ce que nous achetons aujourd’hui à l’étranger : 90% des articles de confection textile, 80% des équipements ménagers, 50% des matériaux de construction, 50% des automobiles.

Mais bon sens ! Mais c’est bien sûr ! Mais pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt ? Les hommes politiques sont extraordinaires. A les écouter, dès qu’ils sont en campagne, on a l’impression qu’il leur suffit d’annoncer les projets et les réformes pour qu’ils se fassent. Peu importe les problèmes de temps, d’argent, les contradictions ou les incohérences, à écouter Arnaud Montebourg, il suffit de décider d’installer des usines en France pour qu’elles tournent, créent des emplois et séduisent des clients.

Pas une minute on s’interrogera sur les raisons profondes pour lesquelles on a délocalisé ses productions ; on ne se demandera jamais si on est capable de refaire chez nous ce qu’on a déplacé à l’extérieur, à quel prix, avec quelle main d’œuvre, et surtout si la clientèle existe.

A la limite, les porteurs de belles paroles de la gauche du Parti socialiste ou de la gauche radicale n‘hésitent même plus à prôner le protectionnisme pour favoriser la ré-industrialisation française. Fermons les frontières , ce sera bien pour tout le monde.

Le « made in France » est donc redevenu à la mode très vite parce que les politiques de relance de notre économie sont très souvent inefficaces, compliquées à mettre en place, et surtout difficiles à vendre dans un programme électoral parce qu’elles sont souvent douloureuses pour certains, et inefficaces pour beaucoup.

Depuis des lustres, et notamment depuis la crise, les hommes politiques s’affrontent sur le terrain de la politique économique en confrontant deux lignes très différentes.

Pour certains, situés le plus souvent à la gauche du Parti socialiste, (les Frondeurs) – la gauche radicale , le Front de gauche, beaucoup d’écologistes – mais aussi quelques représentants de la droite, la seule solution pour relancer l’économie est de revenir aux outils keynésiens, c’est-à-dire de relancer la machine en injectant des capitaux ou de la liquidité soit directement en pouvoir d’achat par une hausse des salaires ou des prestations sociales, soit en investissements publics.

Pour d’autres, qui appartiennet à la gauche sociale-libérale ou à la droite libérale et européenne, on ne peut aujourd’hui relancer la machine à créer de la richesse et des emplois qu’en revenant aux outils mis en place par Schumpeter, c’est-à-dire en améliorant la compétitivité et en élargissant l’offre de produits et de services. Comment ? Par la baisse des coûts salariaux ou la baisse des impôts, à condition de diminuer la dépense publique.

Aucune de ces deux politiques ne se révèle très efficace et même acceptable par le corps électoral dans une France balayée par des lames de fond auxquelles on ne peut pas résister : la mondialisation, la concurrence, et le progrès technologique.

Une relance de la demande par les salaires ou l’investissement public n’aboutit le plus souvent qu’à augmenter les importations, et par conséquent les déficits extérieurs, c’est-à-dire la dépendance. Par ailleurs, une relance budgétaire (ou monétaire) butte très vite sur la pression des marchés qui imposent leurs conditions au financement public. La relance par la demande est très acceptable par le corps électoral parce qu’elle n’impose pas d’efforts structurels. On met la poussière sous le tapis.

Une relance par la compétitivité, qui est typiquement la méthode allemande, nécessite des reformes structurelles qui remettent en cause certains acquis sociaux (la retraite, le statut de la fonction publique.) et qui, en fin de compte, se trouvent rejetées par l’opinion publique ou par les leaders politiques qui n’ont pas le courage d’en faire la pédagogie et d’affronter le risque de l’impopularité. A tel point que les politiques de rigueur sont très souvent présentées comme imposées de l’extérieur.

Pour sortir de ce double piège, les hommes politiques communiquent donc actuellement, sur le « made in France ». Le projet est politiquement correct mais économiquement suicidaire.

Personne ne peut être contre le « made in France », sauf que c’est très difficile à appliquer dans une économie moderne et mondialisée :

1. Des pans entiers de l’industrie occidentale ont ete délocalisés pour des raisons de coût de main d’œuvre (le textile), mais aussi pour se rapprocher des marchés de grande consommation (l‘automobile ou l’électro-ménager en Asie) ;

2. Les délocalisations industrielles n’ont jamais empêché les pays occidentaux de conserver les activités à haute valeur ajoutée, la recherche, le marketing, la finance. Une entreprise comme Apple fait fabriquer ses IPhone 5 ou 7 et ses tablettes en Chine ou en Corée, mais les logiciels et la conception sont conçus en Californie par des milliers d’ingénieurs. 80% de la valeur d’un iPhone 5 est créée en Occident ;

3. Une relocalisation industrielle ne se décide pas en campagne électorale, mais s’organise par une politique industrielle, fiscale, de formation très cohérente et très sophistiquée. Le « made in France » ne s’imposera jamais par les coûts mais par la valeur ajoutée et par la qualité de l’offre. Les produits de luxe français ne se sont pas imposés dans le monde entier parce qu‘ils sont moins chers. Les sacs Vuitton ou les parfum Chanel ne sont pas connus parce que s’ils ne coûtent pas chers. Au contraire.

Parallèlement, nous n’achetons pas des voitures allemandes parce qu’elles sont meilleurs marchés. Nous achetons des Mercedes ou des Audi parce que nous avons le sentiment qu’elles sont de meilleure qualité.

L’industrie automobile française a, depuis cinq ans, compris qui lui fallait monter en gamme, ce qu »elle fait avec succès. Elle gagne des parts de marché et, du même coup, protège ses bases nationales.

En fait, une politique du « made in France » passe par une logique d’offre : offre de produits ou de services originaux et innovants. Une politique de création de valeur et d’investissement dans l’entreprise particulièrement agressive donc, par une fiscalité du capital investi particulièrement favorable. On en est loin.

Le crédit d’impôts recherche est un formidable booster de la valeur ajoutée, mais c’est le seul.

Ce qui est paradoxal dans le débat politique actuel, c’est que les avocats du « made in France » sont aussi les partisans d’une relance de la demande. C’est assez contradictoire. Il faudra qu’ils nous expliquent comment on fabrique du « made in France » moins cher que les productions asiatiques avec des salaires élevés et cela sans fermer les frontières.

Le « made in France » à la Montebourg, c’est la quadrature du cercle qui ne peut tourner que le temps d’une campagne électorale.

JEAN-MARC SYLVESTRE

jeanmarc-sylvestre.com

Rédigé par La rédaction

Publié dans #économie

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poilagrater 16/09/2016 09:08

en fait + ! con que moi tu meurs