Le vivre ensemble n’existe pas

Publié le 15 Septembre 2016

Le vivre ensemble n’existe pas

Il fait partie de ces oracles que les élites n’écoutent guère car il est le miroir de leurs errements idéologiques, de leurs turpitudes morales et politiques, les montrant telles des autruches, la tête enfouie dans le sable platonicien de leurs préjugés éthérés. Christophe Guilluy, géographe social de son état, revient avec un nouvel essai, Le Crépuscule de la France d’en haut.

Sa thèse est simple. Les classes supérieures sont elles-mêmes gagnées par l’auto-ségrégationnisme, converties aux vertus bienfaisantes du séparatisme. Et de mettre en exergue ce frappant paradoxe : pourquoi les catégories modestes, celles qui se sont exilées aux limes périurbains ou périruraux, ont-elles une réticence viscérale à cohabiter avec « l’autre », tandis que les catégories supérieures, au contraire, trouvent cela fantastique, alors mêmes qu’elles sont les premières à contourner la carte scolaire ou à s’éloigner prudemment des quartiers à forte présence immigrée ?

Aujourd’hui, nous dit Guilluy (nous invitons nos lecteurs à l’écouter sur France Culture), près de 60 % de la population française vit en marge des grandes métropoles mondialisées. La classe moyenne aurait désormais complètement disparu pour faire place aux catégories modestes, soit celles qui souffrent de la mondialisation et de ses tristes corollaires (chômage, déclassement, paupérisation).

C’est bien simple : la carte de la répartition des catégories populaires est le négatif des grandes métropoles qui se caractérisent par une dynamique de « gentryfication, attendu que l’économie mondialisée s’appuie essentiellement sur les cadres qui la font vivre et ont donc les moyens d’investir dans l’immobilier onéreux des centres-villes ».

Homme de terrain en contact quasi journalier avec les élus locaux (dont le dévouement est souvent inversement proportionnel à leur poids politique) comme avec les populations « démondialisées », Guilluy explique calmement que cette situation n’est le produit d’aucun complot mais s’inscrit dans le temps long d’une rationalité économique qui s’est imposée progressivement. Le marché s’est chargé de bannir les catégories modestes des zones mondialisées, les seules comptant pour une classe politico-médiatique arrogante, psalmodiant les mantras hors-sol de la « société ouverte », cet autre mot de la société du marché.

Les métropoles sont devenues des villes-mondes conçues sur le mode des cercles concentriques : l’épicentre est occupé par les « bobos » qui profitent du cercle proche majoritairement immigré, ces fameuses banlieues qui, elles-mêmes, font tampon avec la lointaine périphérie suburbaine où fuient et se sédentarisent les prolos qui, par surcroît, votent mal.

Le populo est d’autant plus honni par la classe dirigeante bien-pensante, frange avancée de l’idéologie dominante, qu’il se défie ouvertement d’elle et refuse désormais de se laisser berner par les sirènes iréniques du prétendu « vivre ensemble » auquel personne, fondamentalement, ne croit plus.

Les gens, y compris les « bobos, choisissent l’entre-soi, l’endogamie ethnoculturelle, l’autarcie identitaire. Personne ne veut être minoritaire dans son village, fût-il globalisé. Le séparatisme n’est pas une manifestation de racisme mais la résultante mécanique d’une volonté de vivre tranquillement dans un environnement démographique, culturel et territorial familier. « La séparation est l’autre nom de la politique », écrivait très justement Hervé Juvin.

Les folles et fallacieuses illusions multiraciales et multiculturelles se sont fracassées sur les récifs acérés d’un réel de plus en plus véhémentement multiraciste. Bien que souverainiste à la sauce Chevènement, gageons que notre oiseau de mauvais augure sera au mieux ignoré, au pire anathémisé.

Aristide Leucate
Docteur en droit, journaliste et essayiste

bvoltaire.fr

Rédigé par La rédaction

Publié dans #France

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