Lettre à une féministe qui approuve le port du burkini

Publié le 17 Septembre 2016

1968 – combat féministe
1968 – combat féministe

Chère amie,

Nous parvenons enfin à discuter d’un problème sérieux sans nous disputer. C’est un grand progrès !

Ton témoignage, publié dans le courrier des lecteurs du Midi Libre, me donne l’occasion d’approfondir ma réflexion sur cette question du burkini qui occupe l’attention des Français.

Si j’ai bien compris ta démarche, tu pars de ton exemple personnel. Tu vantes les mérites du burkini comme vêtement de bain.

Puis tu conclus : il faut cesser d’attaquer et de diaboliser les femmes musulmanes qui le portent.

Je suis désolé de ne pas partager ton point de vue. j’espère que tu n’interpréteras pas comme une attaque personnelle mes arguments.

Nous analysons des opinions et donc nous prenons fatalement le risque de nous tromper.

Il faut avoir conscience que nous obéissons, dans nos convictions, à un double mouvement contradictoire. D’un côté nous puisons à des croyances par définition non démontrées, de l’autre nous tentons de les valider rationnellement pour nous donner bonne conscience.

La seule chose à laquelle nous pouvons espérer parvenir est (cf. Spinoza) l’opinion droite.

Ton raisonnement pourrait se résumer au syllogisme suivant : je suis une femme libre. Je porte un burkini. Donc, toutes les femmes qui portent un burkini sont libres.

Du point de vue de la logique formelle, ton raisonnement est juste. Mais tu n’es pas dans la logique formelle. Tu es dans le conflit des opinions. Tu utilises la logique formelle pour valider une opinion.

De ce point de vue, ton raisonnement ne tient pas : tu cites l’exemple d’une femme libre non musulmane (toi) pour valider une obligation religieuse ou coutumière qui pèse, la plupart du temps, sur des femmes qui elles n’ont pas le choix. Tu fais comme si toutes les femmes qui portent cette tenue pour prendre un bain étaient libres de le faire. Or, elles ne sont pas libres de choisir la tenue qui leur plaît. C’est cette non-liberté qui pose problème. C’est elle qui choque. C’est elle que tu occultes dans et par ton syllogisme.

Il est possible que de vieilles musulmanes, habituées à cacher leur corps, ou des jeunes filles en phase de révolte, choisissent de porter ce voile.

Il n’en demeure pas moins vrai que la masse des femmes musulmanes n’a pas le choix. La masse subit et se soumet à la volonté des hommes — père, frères, fils —. Toute transgression est sévèrement punie, soit par le renfermement, soit par des coups, soit par les deux.

Le port du burkini doit être replacé dans son contexte sociologico-religieux qui fait peser sur les femmes musulmanes des sujétions que les hommes ne subissent pas.

Le statut de la femme dans la religion musulmane fait de celle-ci un être inférieur soumis à l’autorité du père, du mari. C’est un fait constatable à peu près partout où l’Islam règne.

Le burkini, en tant qu’il est le signe de cet abaissement-soumission, choque. S’il était le résultat d’un libre choix vestimentaire, il ne choquerait pas. Il apparaîtrait comme une excentricité singulière, comme une mode, par définition passagère.

Ton point de vue, que le Conseil d’État a, au demeurant validé en utilisant un sophisme identique au tien, ne prend pas en compte le vrai problème : celui du non-choix de la plupart des femmes musulmanes assujetties au joug des « mâles » et qui sont contraintes de porter ce burkini si elles vont à la plage.

Tu écris : les femmes musulmanes n’ont qu’à se révolter.

Toi qui a étudié le monde musulman, connais-tu beaucoup d’exemples de révoltes de femmes contre le joug islamiste ?

Je ne sais pas si la notion de révolte qui nous est familière a du sens dans la problématique coranique, les femmes étant infantilisées, condamnées pour la plupart à végéter dans le champ clos de l’espace domestique, de surcroît, le fatalisme profond qui imprègne la conscience musulmane me semble très éloigné de l’esprit de la révolte.

J’entends par révolte un mouvement qui vise à briser les chaînes non à rechercher les fers encore plus redoutables de la charia. (cf. le fameux « printemps arabe ! »)

Ceci étant dit, je ne cherche nullement à te convaincre. Je respecte ton approche.

Je te donne simplement mon point de vue, non définitif, que je soumets à la critique (pas aux insultes qui sont inutiles et stériles).

Je garde l’espoir qu’un jour, les Français accepteront de discuter librement des choses relevant de l’Islam. Le jour où ils briseront les fers du silence dans lesquels ils sont enfermés.

© Sidney Touati pour Dreuz.info.

Rédigé par La rédaction

Publié dans #islam

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