Plongée dans une presse toujours bien-pensante

Publié le 5 Septembre 2016

Plongée dans une presse toujours bien-pensante

Avez-vous remarqué, dans les titres de presse, cette nouvelle scie journalistique aux allures d’objectivité rigoureuse : « Ce que l’on sait » ou « Que sait-on de… » ? « Ce que l’on sait de l’affaire. » « Que sait-on de l’accident ? » « Venons-en aux faits », annoncent les « Décodeurs » du Monde, tandis que Libé propose un « Service désintox ». Les faits, rien que les faits, du sérieux, du maigre, et pas de baratin.

Il est bien évident que, dans l’esprit de ces professionnels de la manipulation mentale, ce nouveau procédé n’a rien d’anodin : c’est un défi lancé à la « réacosphère », toujours prompte, on le sait, à exagérer, à mentir et déformer la réalité à des fins ignoblement politiques. En décrivant cette réalité sèchement et précisément, ils espèrent combattre la « machine à fantasmes » qui produit tant de « peurs » et de « préjugés » – les deux cornes lucifériennes du vote d’extrême droite.

Ce souci de véracité, pour autant qu’elle soit possible, serait presque louable s’il s’appliquait indifféremment à toute la réalité, à tous les faits. Or, il s’avère quotidiennement que « ce que l’on sait » n’est pas nécessairement « ce que l’on a envie de vous dire ». La plupart des articles devraient alors s’intituler : « Ce que l’on juge que vous devez savoir », qui stigmatise en creux, bien sûr, « ce que vous ne devez pas savoir » (parce que si vous le saviez, vous pourriez commettre un « crimepensée » ou même un « crimevote »).

Ainsi, les trois individus qui ont tué le couturier chinois à Aubervilliers nous sont-ils présentés comme « trois hommes » sans nom, ni prénom, ni rien qui nous aiderait à savoir de quoi parle le maire de la ville quand il évoque un crime raciste. Dans quel univers ces hommes baignent-ils ? Les journalistes ne le savent pas. De même, ils ignorent pourquoi un Algérien a attaqué un policier au couteau, à Toulouse, mardi dernier. Ils connaissent ses « antécédents psychiatriques », mais pas sa religion. Ils rapportent que l’homme a lancé naguère un cocktail Molotov sur une synagogue – mais vous ne trouverez nulle part les mots « islam » ou « musulman » dans les articles qui « font le point ». Autant dire que les rédactions rechignent à faire toute la lumière sur ces violences caractéristiques.

Et nous pouvons aller d’une page à l’autre, toutes les relations des fait divers se ressemblent : Le Point, L’Express, Le Figaro, Le Parisien, La Voix du Nord, Sud-Ouest, RTL, BFM, tous ces médias mutiques forment une barrière indépassable d’occultation et de déni. Pire : ils sèment le doute, la prévention et l’arbitraire. On croit désormais comprendre par la façon dont les choses ne sont pas dites, et souvent même parce qu’elles ne sont pas dites. On essaie de lire entre les lignes, au risque d’accuser sans preuves ; mais à notre soif de vérité, ces étouffeurs du réel opposent incessamment leur « neutralité » hypocrite et pernicieuse. Tu n’as rien vu, citoyen.

Thibaut d'Arcy
Bibliothécaire et écrivain

bvoltaire.fr

Rédigé par La rédaction

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