Alain Juppé : le Flamby de droite qui sera président

Publié le 23 Octobre 2016

Alain Juppé : Premier ministre, ministre des vétérans, puis Président de la République. La classe politique.

Dans la nature, les animaux ont trois principales réactions face à un prédateur. Par ordre de préférence : s’immobiliser, prendre la fuite, ou se battre.

Pour en avoir un bon exemple, roulez de nuit sur une route de campagne : pris dans les phares d’une voiture, le lapin s’immobilise. Malheureusement, dans ce cas de figure, cette stratégie n’est pas très efficace : si le lapin ne bouge pas, il a de forts risques d’être écrasé.

Au contraire du Président de la République, qui s’il adopte la stratégie de l’immobilisme, ne risque absolument rien.

Vous me direz qu’il ne risque pas grand chose tout court – il est protégé par les forces de l’ordre, immunisé par la justice, chef des armées, patron du fisc. Son salaire est confortable. Il ne sera pas jugé pour ses décisions, son avenir et sa retraite sont assurés. Et pourtant, sur le fond, les présidents adoptent souvent l’immobilisme.

François Hollande, affectueusement surnommé Flamby, n’échappe pas à la règle. Et si les sondages disent vrai, le prochain concours de beauté républicain devrait porter à la tête du pays le disciple de Jacques Chirac, successeur de François Hollande, Flamby de droite, Alain Juppé.

Pour donner la couleur, ou l’adoucir, il s’est allié au centre comme on s’alliait hier aux écolos. Du Hollande de droite, pendant 5 ans où la France poursuivra sa trajectoire de déclin alors qu’elle manque cruellement de réformes. Ne soyons pas un lapin sur une route de campagne, ou la réalité va nous heurter de plein fouet.

La réalité, c’est qu’il faudrait être fou pour se présenter à l’élection présidentielle, compte tenu de l’ampleur des enjeux. Quand ils pensent qu’ils sont à la hauteur, les candidats prouvent qu’ils ne le sont pas.

Alain Juppé est né le 15 août 1945. Il avait 23 ans en 1968, 55 ans en l’an 2000. Quand il était Premier ministre, de 1995 à 1997, les téléphones portables ressemblaient à ça

La valeur n’attend pas le nombre des années. Alain Juppé, lui, attend patiemment le nombre des années, ne lâche pas l’affaire, et revient. Son destin est plus fort que lui. La France a encore besoin de lui.

Alain Juppé fut inspecteur des finances. Adjoint à la mairie de Paris de 1976 à 1988. Maire de Bordeaux pendant 20 ans ans, interrompus seulement par une inéligibilité de dix ans (ramenée à un an) pour une sombre affaire d’emplois fictifs au RPR. Plusieurs fois ministre. Une chose est sure : Alain Juppé ne revient pas pour l’argent.

 

Enfant du baby-boom, il touche depuis 2003 une confortable retraite, décrite par Libération – prise à 57 ans et demi, comme il se doit. Qu’il s’était empressé de prendre juste avant la réforme des retraites, comme il se doit. 11 454 euros par mois, comme il se doit.

À l’époque, il expliquait qu’il n’était pas gourmand :

« J’aurais pu être nommé inspecteur général des finances, j’aurais eu une bien meilleure retraite. » — Alain Juppé

Alain Juppé a ce qu’il faut pour gagner.

Il travaille dur – pour lui, être ministre n’est jamais qu’un complément de retraite.

Il ose, quand le jeu en vaut la chandelle : « Alors, pourquoi Alain Juppé et Laurent Fabius ont-ils choisi de prendre leur retraite si tôt, quitte à tirer un trait sur une pension plus lointaine mais plus confortable ? Tout simplement parce qu’ils peuvent ainsi cumuler dès maintenant leur pension avec leurs indemnités d’élus. Il s’agit donc d’une belle affaire financière. » (Libération)

Il sait prendre des risques. Celui de se présenter à la présidence de la république 10 ans après avoir été battu aux législatives, 40 ans après avoir rejoint Jacques Chirac à la mairie de Paris où il détournerait des fonds publics pour financer le RPR pendant plus d’une décennie.

Se relevant de ses échecs, comme de ses procès – il s’est ensuite présenté à Bordeaux dès qu’il l’a pu. Ce qui est inquiétant, c’est qu’une majorité des suffrages bordelais exprimés lui ont accordé sa confiance juste après qu’il ait trompé la confiance du peuple souverain, selon le jugement. Au vu des sondages, une majorité de Français s’apprête à lui faire confiance à son tour.

Contrairement à François Hollande, il n’est pas François Hollande. En 40 ans, excepté ses déboires judiciaires, qu’a fait Alain Juppé qui vous ait profondément dérangé ? Ou vous ait d’ailleurs profondément marqué ?

Peu de candidats pourront aligner une telle expérience en politique. Alain Juppé est une machine. C’est sa famille qui le dit. Selon Paris Match2, selon sa femme,

« Ce qui caractérise le plus Alain, c’est son sang froid, y compris dans son rapport aux êtres. En dehors d’un petit cercle proche où l’émotion prime sur la raison, sur tout le reste, Alain fait prévaloir la raison sur l’émotion. C’est un personnage qui impressionne, qui intimide. »

Une machine au cœur fragile :

« En réalité, il anticipe son besoin de protection parce qu’il est ultrasensible. »

D’après son fils :

« Un handicapé des rapports humains. C’est un être solitaire. Les amis, ce n’est pas important pour lui. La famille, si. Je lui ai présenté certains de mes amis mais il ne s’en souvient pas. Il ne se souvient déjà pas des siens. »

D’après sa fille :

« Il ne laisse pas de place aux autres, il n’écoute pas, même en famille. (…) J’ai l’impression de n’avoir reçu aucune affection de mon père dans l’enfance. L’impression d’avoir eu un père trop froid, trop absent, super-rigide, qui n’était pas intéressé par les enfants, même si je suis persuadée qu’il m’a aimée […] Après réflexion, je peux dire qu’en fait, mon père a vraiment essayé d’être présent au cours de ma jeunesse, mais moi, j’étais dans l’opposition à l’autorité forte qu’il incarnait. »

Un État fort, voilà ce qu’il nous faut. Présidé par un bon père de famille, froid, rigide, distant. Un homme qui, après avoir consacré sa vie à la droite, est prêt à rassembler au-delà du parti et des générations pour endosser le costume de lapin pris dans les phares du destin auquel nous a habitués François Hollande.

« Alain Juppé, probablement le meilleur d’entre nous. » — Jacques Chirac, prophète des présidents immobiles.

Il y a une alternative. Ou plutôt, un scénario alternatif, où Alain Juppé choisit de se battre.

Pour que les motifs de rupture d’un CDI soient homologués par l’administration. Pour renforcer le renseignement.

Pour « organiser l’islam de France » (qui n’a rien demandé), « un Islam de France, centralisé, hiérarchisé et définir avec les autorités musulmanes françaises :

    • les règles relatives au recrutement des imams,
    • la formation obligatoire des imams,
    • la transparence du financement des lieux de culte,
    • l’utilisation de la langue française pour les prêches. »

Centralisé, hiérarchisé — un État fort, ça traite avec des autorités, pas avec des citoyens. Et le prêche, ça va, mais en français. Finissons par le contrôle renforcé des frontières pour marquer le coup.

Les sondages disent peut-être vrai, mais il reste du suspense : Alain Juppé sera-t-il un président immobile, ou un président rigide ?

contrepoints.org

Rédigé par La rédaction

Publié dans #Juppé

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