Bastia: violents heurts entre nationalistes et forces de l'ordre

Publié le 16 Octobre 2016

De l'aveu même d'un jeune militant indépendantiste, « il fallait bien que ça explose à un moment ou à un autre... ». Ce fut ce samedi. De violents incidents ont éclaté aux abords de la préfecture de Haute-Corse entre une cinquantaine de jeunes nationalistes cagoulés et des forces de l'ordre, en marge d'une manifestation de soutien aux prisonniers dits « politiques », à Bastia. Tenues de peintres en bâtiment pour certains, masques à gaz pour les autres. Fusées de détresse, cocktails Molotov ont enflammé les abords de la préfecture de Bastia, peu après 16 h 30. Une cinquantaine de casseurs déterminés, postés sur le square Maréchal Leclerc, ont visé une compagnie de CRS qui a riposté par une pluie de grenades lacrymogènes.

Des heurts qui se sont propagés dans tout le centre-ville de Bastia, théâtre de violents incidents qui se sont poursuivis jusque dans la soirée de samedi. Les casseurs ont commencé à incendier la Poste centrale, atteinte par des cocktails Molotov, tout comme des banques ciblées par les jeunes cagoulés, qui ont mis le feu à plusieurs dizaines de poubelles et de palettes dans des rues du centre-ville. Des scènes de guérilla urbaine incontrôlables, y compris même pour les responsables politiques insulaires.

"Libertà"

Présent lors de la manifestation en début d'après-midi au même titre que de nombreux élus nationalistes, le président autonomiste du conseil exécutif de Corse,Gilles Simeoni, a joué la carte de l'apaisement et du dialogue avec les casseurs. En vain. À deux reprises, l'homme fort du nationalisme corse, chantre de la « non-violence », et son entourage ont récolté une pluie d'insultes de la part des casseurs, décidés à en découdre. Bilan des incidents : outre les rues et les bâtiments dégradées, huit véhicules incendiés, selon la préfecture, et des boules de pétanques chargées d'explosifs retrouvées dans le centre-ville de Bastia. Sans aucune interpellation.

Au départ du palais de justice de Bastia, la manifestation avait pourtant réuni dans le calme, dès 14 heures, quelque 4000 personnes selon les organisateurs - 1500 selon la police -, derrière un seul mot d'ordre : « Libertà » (« Liberté », ndlr). Quelques jours auparavant, les trois syndicats étudiants nationalistes de l'Université de Corse – la Ghjuventù Indipendentista, la Ghjuventù Paolina et la Cunsulta di a Ghjuventù corsa - avaient appelé à la mobilisation. Tout comme les élus nationalistes, majoritaires à l'Assemblée de Corse, et la Ligue des droits de l'homme. Dans leur viseur : le verdict prononcé le 6 octobre dernier par la cour d'assises spéciale de Paris, à l'encontre de Nicolas Battini, Stéphane Tomasini et Ghjiseppu-Maria Verdi, en fuite.

"Une parodie de justice"

La veille au soir, de violents incidents avaient déjà éclaté sur la place du Marché de Bastia entre des jeunes cagoulés et les gardes mobiles, faisant quatre blessés parmi les forces de l'ordre. Pas de quoi faire pression sur la justice. Les trois jeunes étudiants nationalistes, jugés pour un attentat à la voiture-bélier contre la sous-préfecture de Corte le premier avril 2012, ont finalement écopé respectivement de huit ans, cinq ans et six ans de prison ferme. Un coup de tonnerre dans le monde nationaliste à l'heure où ses dirigeants, à la tête de l'Assemblée de Corse, plaident pour une amnistie des prisonniers dits « politiques ».

« Le peuple corse a marché uni pour dire non à cette répression judiciaire, a martelé, à la fin de la manifestation, François-Marie Perfettini, porte-parole des syndicats étudiants, face aux grilles de la préfecture de Bastia. Nous avons assisté, dans ce procès, à une parodie de justice. Nous voulons l'amnistie de tous les prisonniers politiques et des recherchés. Comment peut-on espérer la paix si nos proches sont en prison ? » Une dernière phrase qui sonne comme un écho au contexte politique corse.

lepoint.fr

Rédigé par La rédaction

Publié dans #France

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