Equipe TF1 agressée à Belleville : tout va bien, ça continue

Publié le 5 Octobre 2016

Equipe TF1 agressée à Belleville : tout va bien, ça continue

Quand TF1 fait dans l’action musclée, ça ne rigole pas. D’ailleurs, ses séries peuvent mener à tout, y compris à l’hôpital. C’est en tout cas ce qu’ont pu découvrir jeudi dernier cinq techniciens qui travaillaient pour la chaîne privée à la réalisation d’un nouveau morceau de bravoure télévisuelle et qui ont terminé leur journée aux urgences.

Soyons clair tout de suite : en fait, on peut raisonnablement écarter la nature même de la série (ou son sujet délicieusement scabreux qui met en scène pour la première fois une héroïne transgenre), Une Femme d’Exception, comme cause principale des soucis survenus à ces cinq salariés de Cinétévé, la maison de production responsable du tournage en question. En revanche, la localisation géographique est bien plus pertinente : nos cinq malheureux techniciens enregistraient des séquences de cette série lorsqu’ils ont été violemment pris à partie par un groupe de jeunes dans le quartier parisien de Belleville.

Ah, Belleville ! Que voilà un quartier pittoresque qui n’a pas manqué de défrayer la chronique plusieurs fois déjà et pas seulement pour le charme désuet de ses jolis ensembles de barres immobilières dans lesquelles certains peuvent s’adonner aux joies méconnues du commerce alternatif de substances qui font rire !

On se rappellera à bon escient que ce quartier avait en effet déjà fait parler de lui il y a quelques années alors que la communauté asiatique exprimait son ras-le-bol d’une montée épuisante de l’insécurité locale. Un an plus tard, les efforts de la mairie parisienne portaient leurs fruits puisque l’insécurité y était encore pire. Depuis, les années ont passé, et on ne peut que constater l’extension des problèmes d’agressions, de vols, de viols, de rackets et de crimes mafieux en tous genres à commencer par le trafic de drogue, à tel point que les habitants sont régulièrement obligés d’organiserdes manifestations, d’ailleurs soigneusement pas relayées par la presse trop gênée de ces petits prurits de non-vivrensemble embarrassants.

C’est donc ce quartier qui, une fois encore, va se charger de nous fournir matière à quelques entrefilets dans la presse, section « faits divers ». En effet, il ne faudrait pas croire que ces petits soucis survenus à une équipe de tournage pourraient relever d’un peu plus qu’un fait divers, la situation en matière d’insécurité dans ce quartier étant largement connue. Néanmoins, on peut regretter que cet entrefilet déplorable ne pourra pas trouver tout l’écho qu’il mérite dans les médias nationaux, tant il y a tous les éléments pour une bonne polémique des familles.

D’une part, on trouve dans cette histoire tous les ingrédients de la violence habituelle dénoncée par ceux qui ont encore une once de lucidité sur ce que le pays subit tous les jours un peu plus, à commencer par la démission complète des services de police et de justice : une bande de jeunes dont les plus vieux dépassaient à peine les 16 ans selon les témoins, une agression à caractère violent, des motivations exclusivement crapuleuses, et, comme par hasard, une tentative de racket.

Les faillites impliquées par cette description sont affolantes. Faillite des systèmes sociaux qui permettent à ces bandes d’enfants (avec ces âges, on parle de mineurs qui sont encore au collège) de se constituer sans que les garde-fous moraux des uns et des autres puissent l’éviter. Faillite des familles auxquels ces ramassis de branleurs sont normalement rattachés. Bien sûr, faillite de l’institution policière qui ne permet pas de faire régner la sécurité élémentaire qu’on est en droit d’attendre dans un pays prétendant à l’état de droit. Faillite enfin des politiciens en charge (maires et députés, gouvernement) qui sont depuis plusieurs années au courant des graves dérives constatées dans le quartier et dont l’action a été remarquablement transparente (i.e. incolore, inodore, sans saveur et sans impact), malgré les sommes toujours plus dodues ponctionnées au contribuable.

D’autre part, ce fait divers est parfaitement illustratif des comportements de petits caïds dans des zones que la République semble avoir complètement abandonnées à elles-mêmes, à tel point qu’il est difficile de ne pas rapprocher cette histoire de l’intimidation musclée subie récemment par un journaliste polémique dans le cadre d’un reportage de documentaire et qui a réussi à déclencher plusieurs réactions outrées d’une presse ne sachant plus trop sur quel pied danser, coincée qu’elle est entre une recherche putassière d’audimat et le besoin compulsif et antagoniste des journalistes trop souvent boboïdes de refuser en bloc ce pan de la réalité, trop éloignée de l’idée qu’ils se font duvrai pays.

Car en effet, horreur des horreurs, tout comme à Belleville, le constat est le même : la France n’est pas uniformément douce et câline, et certains quartiers n’obéissent plus du tout aux règles communes. Certains, il n’y a pas si longtemps, ont été fustigés et vilipendés pour avoir soutenu que des cités entières échappaient complètement au contrôle des forces de police. L’arrivée dans le paysage médiatique français d’exemples concrets, précis et documentés ne ravira personne.

Bien sûr, ces faits divers ne déboucheront sur aucune prise de conscience. Et c’est parfaitement logique, bien qu’aussi parfaitement anormal : les émeutes dans les cités, régulières dans ce pays (il suffit de lire la page Wikipédia qui y est consacrée) n’ont pas non plus été capables de faire prendre conscience de l’état de pourrissement avancé de la situation et il est dès lors très improbable que quelques coups sur une équipe technique de tournage d’une série, ou le secouage un peu vif d’un journaliste documentaire y parviennent à eux seuls.

Or, si la France crève, c’est précisément à cause du refus de s’attaquer à deux problèmes : celui d’une absence totale de l’État dans le régalien qui lui échoit normalement (et combattre les émeutes régulières et l’insécurité galopante de ces quartiers fait directement partie de cette mission essentielle), et celui d’une omniprésence de l’État partout ailleurs, surtout où il est le plus nocif. Ces deux faits divers déplorables illustrent de façon exemplaire toute la pleutrerie et la couardise des politiciens qui ont masqué l’absence totale de réponse à cette disparition du régalien par un foisonnement d’actions idiotes dans des domaines qui en sont toujours plus éloignés.

À l’aune de cette analyse, et devant le vide intergalactique de toute proposition concrète pour y remédier de la part de la bousculade de candidats à la prochaine présidentielle, une seule conclusion s’impose.

Ce pays est foutu.

contrepoints.org

Rédigé par La rédaction

Publié dans #France, #Faits-divers

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