Faillite de l'Etat : l’autorité ou le chaos !

Publié le 28 Octobre 2016

La révolte des policiers n’est pas un mouvement d’humeur que calmeront quelques concessions matérielles. Il est la preuve de la faillite de l’État dans son rôle souverain. La France brûle. Et le gouvernement regarde ailleurs.

Réserver le droit d’employer la force à un corps particulier est une conquête de la civilisation, disait Raymond Aron. Que ce corps particulier, la police, soit aujourd’hui réduit à l’impuissance dit à ce jour toute sa défaite. Ainsi dégénère la civilisation française. Au point que ceux qui sont chargés de veiller sur le premier des droits, le droit à la sécurité, sont eux-mêmes incapables d’assurer leur propre sécurité. Par quel miracle alors les autres devoirs et droits qui encadrent notre mode de vie pourraient- ils être respectés, quand le premier d’entre eux, celui qui fonde notre contrat social, ne l’est pas ? Hélas ! Le gouvernement ne voit pas, derrière ce mouvement des “policiers en colère”, le symptôme d’une grave crise d’autorité. Ce n’est pas la police qui est malade, c’est la France et son État. Se trompant de diagnostic, nos dirigeants sont incapables de mettre en oeuvre les solutions que le bon sens impose.

Pourtant les signaux sont forts. Dans aucune autre démocratie, les policiers ne descendent dans la rue. Dans aucune autre, ils ne sont aussi souvent attaqués avec une évidente intention de donner la mort, qui ne date pas de Viry-Châtillon ou de Mantes-la-Jolie. Et il n’est pas anodin de voir leurs cortèges rejoints par les pompiers et soutenus par les gendarmes, interdits de manifester en raison de leur statut militaire, qui eux aussi ne comptent plus les agressions. Mais dans aucune autre démocratie, le gouvernement n’est aussi cavalier pour défendre sa police. D’un côté, il l’a gérée à coups de statistiques et de maîtrise des coûts, au lieu de mettre en oeuvre une vision politique du bien public qui seule peut donner son sens et son honneur à l’action de la police. De l’autre, il a refusé de mettre au ban d’infamie ses alliés de gauche qui, durant les protestations sur la loi travail, ont diff usé la haine avec des slogans du type “Tout le monde déteste la police”. Aujourd’hui encore, dans cette gauche archaïque, c’est à qui traquera un membre du Front national ou un complot putschiste pour s’efforcer de discréditer le mouvement policier.

Oser s’attaquer à la racine du mal

Pas une action non plus contre les collectifs “Désarmons la police” et “Urgence-notre-police-assassine”, qui défend même l’ex-dealer et voleur Bertrand N., prétendument “assassiné” par des policiers quand il s’est jeté sur eux un couteau à la main en criant « Allahu akbar », après avoir mis en photo de couverture sur son compte Facebook le drapeau de Dae’ch et diffusé des vidéos de terroristes. Pas une action véritable contre “Résistons ensemble”, qui évoque la « riposte populaire » de Sainte-Rose, en Guadeloupe, qui a vu deux gendarmes être « atteints aux jambes, un autre au bas du dos » par des coups de feu.

Le gouvernement a choisi la stratégie de l’autruche. Tout au plus cède-t-il à la pression des policiers : une pincée de moyens en plus, quelques tâches indues en moins, des risettes, et l’affaire serait entendue. Et Manuel Valls y va de son “plan sécurité”. Effectifs supplémentaires, renouvellement du vieux fusil-mitrailleur, remplacement des Flash-Ball par des lanceurs de balles, renforcement du système de communication via des tablettes, véhicules plus sûrs, la fin de certaines tâches indues avec la surveillance de personnalités ou de détenus donnée au privé. Tout cela est bien mais dit aussi que l’objectif gouvernemental n’est pas d’affronter la source du mal. Il est seulement de faire en sorte qu’à quelques mois des élections ces policiers qui crient “au feu !” se taisent. Et brûle la France !

Le mépris du politiquement correct

Oui, la civilisation française est en danger. La signification des attaques contre la police est claire. Tout ce qui symbolise le service public a été attaqué. Bus, établissements scolaires, médecins, pompiers, enseignants, proviseurs : la peste anticivique s’est propagée, les zones de non-droit se sont multipliées et agrandies. Guet-apens pour blesser et tuer : la police est l’ultime rempart de l’État avant l’armée, celui qui assure par la force physique l’ordre républicain, ce verrou contre la barbarie qui est en train de sauter aujourd’hui.

Car toute civilisation a besoin d’interdits, non seulement pour survivre et se développer, mais aussi pour assurer le respect de ses règles de civilité, quand le contrôle moral ne suffit pas, faute d’assimilation des valeurs comme dans cette France décadente, ou quand la communauté locale ne peut sévir par elle-même, comme c’était le cas au Moyen Âge. Voilà pourquoi les civilisations modernes ont inventé la police, doublée du contrôle externe de la justice.

Un État sans police ? Le règne des pulsions et de la peur, un monde de guerre de tous contre tous où sont asservis ou tués les plus faibles. De fait, écarter la police ou l’attaquer si elle persiste à faire son job est un préalable pour ces bandes devenues des loups pour les citoyens désarmés. Et les premières victimes de ce retrait de l’État ne sont autres que les habitants de ces zones de non-droit, les plus fragiles de nos concitoyens, ceux que méprise la gauche politiquement correcte.

Comment protéger la polis, la cité, origine même de ce mot de “police” ? Telle est la question posée par le bon sens. Celle qui détermine la doctrine et les moyens. La seule qui répond à la mission de “servir”, selon le beau mot des CRS. Cela ne se peut sans le retour de l’autorité de l’État : telle est la réponse du bon sens. Pour cela : d’abord, liquider les zones de non-droit. Et, ainsi, d’un même coup, libérer nos compatriotes terrorisés, assurer la protection des forces de l’ordre et prévenir l’explosion terroriste quand des centaines de djihadistes vont revenir sur ces zones.

La crainte de périr d’un État faible

Un objectif qui commande une nouvelle doctrine de l’emploi, opérationnelle et ciblée, pensée en fonction de l’objectif stratégique : nettoyer chaque quartier failli. Du nombre de compagnies nécessaires pour rétablir l’ordre durablement à l’installation d’une police visible sur le terrain dont le rôle n’est pas celui de l’assistance sociale, comme cela avait été le cas avec la police de proximité, mais la paix retrouvée. Armes, véhicules, moyens numériques pour surveiller, prévenir et créer une interaction discrète avec la population : la stratégie doit commander la gestion. De la légitime défense aux peines planchers, le droit doit être mis à l’heure de la lutte contre les réseaux du crime, de la drogue au terrorisme.

Et puisque ce n’est pas l’arme qui tue mais celui qui la tient, éradiquer la source morale de ces maux est tout aussi stratégique. Des viols de la laïcité, transformés en délits, à la petite délinquance, de la présence des enfants à l’école au respect des maîtres, l’État doit retrouver son autorité. Avec férocité. « Si l’État est fort, il nous écrase. S’il est faible, nous périssons », disait Paul Valéry. Oui, “touche pas à ma police !”, car nous périssons aujourd’hui.

Yves Roucaute

valeursactuelles.com

Rédigé par La rédaction

Publié dans #France

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