Hausse des agressions contre les gendarmes en 2015

Publié le 10 Octobre 2016

Hausse des agressions contre les gendarmes en 2015

Les chiffres sont inquiétants : l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) a recensé 5 684 agressions physiques et verbales contre 6 854 gendarmes volontaires, sous-officiers ou officiers pour l'année 2015. Soit 15 % de plus par rapport à 2014. Autre statistique tout aussi inquiétante : le chiffre des seules agressions physiques s'envole : 642 faits de plus se sont produits en 2015 par rapport à l'année précédente, soit une augmentation de 27 %.

Les faits peuvent tourner au drame, comme ce fut le cas à Roye (Somme) en août 2015 lorsqu'un major du peloton autoroutier a été mortellement blessé par une arme de chasse.

La gendarmerie nationale a son explication : « Nous sommes confrontés à une société dont la dureté s'accroît, et les gendarmes sont en première ligne. Ce sont ceux en brigade territoriale sur lesquels se concentrent plus de 60 % des agressions physiques », décrypte le lieutenant-colonel Karine Lejeune, porte-parole de la gendarmerie.

Deux psychologues par région

Depuis 2015, deux psychologues sont à disposition des « soldats de la loi » dans chaque région. A l'instar de la capitaine Marie-Aude Chopin en Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca). « Ce qui marque le plus les gendarmes, c'est la confrontation avec la mort. Cela peut être l'usage de l'arme par eux-mêmes, ou lorsqu'ils sont la cible de tirs ou quand ils entrent sur une scène de crime. Le militaire peut se projeter et se dire : Cela aurait pu être moi », souligne la capitaine Chopin, qui se déplace d'unité en unité. « Les gendarmes peuvent nous contacter sans passer par la voie hiérarchique et cela reste confidentiel », explique cette praticienne. Pas toujours évident de confier son malaise quand on porte l'uniforme. « Il nous arrive de voir des militaires d'expérience confrontés à un effet de saturation en raison d'accumulation de petites agressions quotidiennes qui usent. C'est là qu'il est important de les accompagner dans le temps », insiste la psychologue.

Usage croissant d'armes

« La plupart des agressions physiques se déroulent en première partie de nuit et sont souvent le fait de personnes en état de démence, ou sous l'empire de l'alcool, à quoi s'ajoutent les différents familiaux », commente encore Karine Lejeune. Mais le signe le plus inquiétant est l'usage croissant d'armes à feu, couteaux ou armes par destination : la hausse est de 30 % par rapport à 2014, une année qui elle-même était en hausse. « Les armes circulent facilement et nombre de gens détiennent aussi des fusils de chasse. Quant aux voitures, elles deviennent désormais des armes par destination quand un conducteur cherche à percuter un gendarme lors d'un contrôle », énumère Karine Lejeune.

C'est parmi les sous-officiers qu'on compte le plus de victimes. Ce chiffre progresse aussi, de plus de 24 %. Autre corps très touché : celui des gendarmes adjoints volontaires, de jeunes engagés. Pour la première fois, « leur nombre dépasse le seuil des 1 000 blessés », note l'ONDRP. En 2015, ils ont été 1 160 à subir des atteintes verbales ou physiques. Ils sont souvent intégrés dans des pelotons de surveillance et d'intervention, des unités prévues pour aller au contact. « Ils ont moins d'expérience. Et l'agresseur sait le détecter », explique le lieutenant-colonel Lejeune.

Quant aux réservistes, ils représentent déjà 2 % des victimes. Un chiffre qui pourrait augmenter après les recrutements massifs de cette année... si cette hausse des violences se poursuit.

Le Parisien

Rédigé par La rédaction

Publié dans #France

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