«Je plains surtout les Calaisiens»: un CRS raconte son quotidien sur la rocade

Publié le 3 Octobre 2016

«Je plains surtout les Calaisiens»: un CRS raconte son quotidien sur la rocade

En poste à Calais depuis plusieurs semaines, Marc* dévoile son quotidien le long de la rocade et de l’A16 et sa vision de la situation calaisienne

Vous êtes régulièrement posté à Calais ces dernières semaines. Pouvez-vous nous résumer votre travail ?

Notre mission est d’évincer les migrants quand ils attaquent la rocade ou l’autoroute. Des cinquantaines de migrants attaquent la rocade et tentent de rentrer dans les véhicules. C’est tous les soirs comme ça…

C’est une situation qui vous préoccupe… vous avez peur ?

Personnellement non. Ce sont plus nos épouses qui nous posent beaucoup de questions lorsqu’elles voient des reportages à la télévision. On évite de trop en parler, même si on est parfois obligé.

Comment vous et vos collègues gérez le stress lors des barrages ?

C’est difficile, forcément. Il y a toujours de l’appréhension. Quand on s’approche d’un barrage, on est accueilli par des projectiles, certains ont des barres de fer ou des bouts de bois.

Le moral ne doit pas être bon…

On est fatigués, épuisés mais on tient le coup. On a parfois la satisfaction de se dire qu’on fait quelque chose de bien mais quand on voit que la Jungle s’agrandit un peu plus tous les jours, on se pose des questions. On est habitué à être pris à partie dans les manifestations ou dans le cadre des violences urbaines mais c’est différent. On en parle entre nous, on essaye en tout cas. Et si des policiers sont vraiment affectés, ils peuvent aller voir un psychologue de notre service.

Vous avez parfois l’impression de ne servir à rien ?

On se rend compte qu’on n’appréhende pas la plupart des personnes qui installent ces barrages. Et quand ils sont interpellés, la majorité est libérée et recommence, parfois quelques heures après. C’est frustrant et il y a beaucoup de lassitude.

Revenons à votre mission à Calais. Vous avez un avis sur la situation actuelle ?

On souhaite que ça aille mieux évidemment, mais si on me demandait de vivre ici, je refuserais. Les Calaisiens sont les plus à plaindre dans cette histoire. Que dire, à part que c’est une catastrophe ? On ne sait pas gérer cette misère humaine…

Justement, vous discutez avec ces Calaisiens, vous les rencontrez ?

Souvent. Ils sont contents de nous voir et j’ai l’impression qu’ils aiment leur police. Ça fait plaisir et ça nous aide à tenir le coup.

Les différents gouvernements se cassent les dents sur le sujet depuis un moment. Si on vous demandait votre avis ?

J’inviterais les élus à venir sur le terrain lors des attaques et à discuter avec les Calaisiens qui se sentent meurtris. Le gouvernement doit se rendre compte de la situation sur le terrain. Bernard Cazeneuve devrait passer une nuit avec nous sur la rocade.

Que pensez-vous des migrants présents à Calais ?

On est partagé entre la misère que ces gens vivent, ceux qui quittent un pays en guerre pour se réfugier chez nous. Et puis il y en a certains qui viennent pour piller les camions et commettre des méfaits sur notre territoire. Ces personnes devraient être expulsées. Comme partout, il y a des gens bien, des gens mauvais. Il faut s’occuper des premiers et pas de ceux qui profitent du système. Et puis, il y a ceux qui sont manipulés…

… Par les No border ?

Oui, les No border qui nous filment avec leurs caméras, qui disent aux migrants ce qu’il faut faire…

Vous craignez un jour qu’un policier perde la vie sur la rocade ?

Tous les soirs. On pense au camion qui nous percute… On exerce un métier plus exposé que les autres. Mais parfois on s’étonne d’entendre dire que c’est notre fonction. Des situations dangereuses, il y en a tous les jours. Nous avons eu l’exemple où un collègue était sur un barrage et un poids lourd a dévié de sa trajectoire. Il a dû se jeter sur le côté de la route et il a été blessé aux jambes. Ça aurait pu être pire mais ce sont des tensions que nous rencontrons toutes les nuits. Ça nous touche. La durée de vie sur la bande d’arrêt d’urgence est de 15 minutes. On nous demande d’y rester six heures… Il y aura un accident un jour, je ne vois pas comment ça pourrait être autrement.

Est-ce que vous avez l’impression d’exercer votre métier à Calais ?

On essaye de le faire mais retirer des branches de la voie de circulation, ce n’est pas notre métier. Porter assistance aux personnes et effectuer un maintien de l’ordre, ce sont nos vraies fonctions.

De nouvelles compagnies de CRS sont arrivées à Calais. C’est ça la solution, plus de flics ?

Vous pouvez mettre autant de CRS que vous voulez, si une décision n’est pas prise par le gouvernement, ça ne servira à rien.

Pourquoi ces nouvelles compagnies alors ? C’est pour rassurer les Calaisiens, les élus, le gouvernement ?

J’en suis personnellement convaincu.

Vous avez les moyens matériels de bien effectuer votre mission ?

Nos libertés d’action s’amenuisent un peu plus chaque jour. On a des véhicules qui affichent 273 000 km… Je pense que l’armée mexicaine est mieux équipée que les CRS. Niveau protections, c’est rudimentaire, c’est du matériel qui date. On nous dit toujours qu’il n’y a pas de sous. La police est mal logée, c’est bien connu. J’attends du gouvernement qu’il nous donne les moyens de bien effectuer notre travail.

propos recueillis par thomas dagbert

*Prénom modifié. Aucune précision n’a été apportée pour garantir l’anonymat du CRS.

Nord Littoral

Rédigé par La rédaction

Publié dans #France, #Immigration

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