Les primaires de la droite doivent rester à la droite !

Publié le 5 Octobre 2016

Les primaires de la droite doivent rester à la droite !

Des électeurs de gauche s'invitent à la primaire et certains candidats font même appel à leurs voix. Insupportable et même dangereux, pour Philippe Tesson !

Il faut que la confusion des esprits soit grande pour que les électeurs de gauche se disent prêts à participer à la primaire de la droite et à y voter Juppé afin de faire barrage à Sarkozy. Il faut que la politique soit tombée bien bas pour que Juppé se dise prêt à accepter leurs voix.

On comprend les embarras, voire les tourments, que peuvent vivre aujourd'hui les électeurs de gauche devant l'effondrement de leurs héros, de leur église et de leurs certitudes. De là à accepter de se trahir en déclarant sur l'honneur « partager les valeurs républicaines de la droite et du centre » et en s'engageant « pour l'alternance afin de réussir le redressement de la France », il y a un abîme. Déjà, ils l'avaient franchi naguère en votant Chirac. C'était, il est vrai, pour opposer « un front républicain » au Front national. Passe encore. Mais la tête de Sarkozy vaut-elle une abjuration aussi radicale de leurs convictions personnelles ? Où se situe donc le seuil de l'enfer chez ces fanatiques de la vertu, qui aujourd'hui vont faire sans vergogne leur marché dans le camp ennemi faute de trouver de quoi manger dans le leur ?

François Bayrou n'a porté chance ni à la gauche ni à la droite

Alain Juppé ne partage pas nos états d'âme. Tout fait tripe pour lui. Il est candidat au pouvoir. Tout, et d'abord Bayrou. Soit, à la limite. Bayrou est par nature consommable. C'est sa fonction. Il fait l'appoint, à gauche comme à droite. On devrait réfléchir à deux fois avant d'accepter ses bons offices. Il n'a porté chance ni à la gauche ni à la droite. Mais son concours est précieux avant l'élection, et indispensable au succès de la stratégie centriste du maire de Bordeaux. L'appoint des électeurs socialistes « déçus du hollandisme », et à plus forte raison celui « des électeurs du FN qui, tout d'un coup, ouvrent les yeux », c'est autre chose. On ne s'étonne pas outre mesure qu'Alain Juppé les invite sans complexe à le rejoindre. On a tort, du point de vue de la morale comme de la politique. Que vient faire la morale, il est vrai, dans cette campagne qui, si elle est « nulle » comme le dit justement Juppé, c'est bien d'abord à cet égard ? Restons donc au niveau de la politique.

Faut-il une intelligence politique aiguë pour comprendre qu'une majorité composée, outre les électeurs traditionnels de la droite, de renégats de la gauche et de repentis (hypothétiques) de l'extrême droite, qui porterait au pouvoir Alain Juppé lui serait rapidement fatale ? L'histoire nous le dit suffisamment ! Car ou bien le nouveau président serait l'otage de ces alliés de circonstance auxquels tout l'opposerait ou bien il deviendrait l'homme à abattre à leurs yeux. On peut retourner contre Alain Juppé la juste observation qu'il développe à propos de Sarkozy : « Quand on cherche à se faire élire par les voix du FN, on risque de mener une politique inspirée des thèses du FN. » L'ampleur du rassemblement que le maire de Bordeaux sollicite et espère donne à ce risque une dimension catastrophique !

En vérité, un seul mot définit ce qui fait défaut à cette campagne alors que les circonstances exigeaient qu'il la dominât : la clarté. La clarté et ce qui en dérive et en procède : la vérité et la franchise. La clarté est, certes, dans les programmes des candidats de la droite (ne parlons pas de la gauche : on ne parle pas de ce qui n'existe pas), assez voisins dans les principes généraux. Mais cette proximité crée une confusion si on la rapporte à la passion d'un débat aux allures fratricides. L'intérêt des propositions offertes de part et d'autre est pollué par un climat d'agressivité odieuse alors que, contrairement à la gauche, la droite présente un front idéologiquement assez homogène en matière de politique générale, le clivage autour du problème identitaire étant moins profond qu'il n'y paraît. La droite est aujourd'hui suffisamment unie sur l'essentiel pour qu'il lui soit nécessaire d'élargir son assiette électorale à ceux qui veulent sa mort.

PHILIPPE TESSON

lepoint.fr

Rédigé par La rédaction

Publié dans #France

Commenter cet article