Margaret Thatcher à l’Élysée !

Publié le 7 Octobre 2016

Margaret Thatcher. La "Dame de fer"
Margaret Thatcher. La "Dame de fer"

La crise que vit la France actuellement n’est pas sans rappeler celle qu’ont surmontée les Britanniques, dans les années 1980. Ils avaient la Dame de fer…

Au milieu des années 1970, l’économie britannique ressemblait à celle d’un pays en voie de développement. À cette époque, comme un pays d’Afrique, le Royaume-Uni emprunta 4 milliards de dollars au FMI… Début 1979, le Premier ministre travailliste, James Callaghan, tenta de juguler l’inflation en plafonnant la hausse des salaires à 5 %. Face à cette politique d’austérité lancée par la gauche, les syndicats entamèrent une grève de cinq mois. Durant cet “hiver du grand mécontentement”, le pays fut paralysé et les blocages dépassèrent ceux qu’avait connus la France en mai 1968. Même les fossoyeurs cessèrent de travailler ! La Grande-Bretagne connut d’innombrables coupures d’électricité et une pénurie de nourriture.

Ces désordres colossaux choquèrent la rue et favorisèrent la victoire, aux élections de mai 1979, des conservateurs emmenés par Margaret Thatcher. Ayant fait campagne contre l’assistanat et l’État providence, le nouveau chef du gouvernement mit en place aussitôt une politique révolutionnaire pour l’époque : réduction des dépenses publiques, hausse des taux d’intérêt de la Banque d’Angleterre pour comprimer l’inflation, suppression de l’encadrement des salaires et des prix… L’impôt sur les sociétés passa de 53 à 33 % et la tranche marginale de l’impôt sur le revenu de 83 à 37 %. Le rôle de l’État fut considérablement réduit. De British Petroleum à British Telecom en passant par British Steel ou British Airways, Thatcher privatisa 29 entreprises qui avaient été nationalisées au lendemain de la guerre et qui employaient près de 800 000 Britanniques.

Cette politique de privatisation rapporta 31 milliards de livres et la part du secteur public dans le PNB passa de 10 % en 1979 à 5 % en 1989. Pour renouer avec la compétitivité, la Dame de fer abandonna les industries peu rentables, comme les charbonnages. Elle réorienta le Royaume-Uni vers une économie de services, en particulier de services financiers. Grâce à la libéralisation des activités bancaires et financières, la City redevint la première place financière d’Europe. Pour mettre en place ces réformes, Thatcher fut contrainte d’engager un bras de fer avec des syndicats (elle les surnommait « les ennemis de l’intérieur »). Dès 1980, elle limita le monopole syndical de l’embauche puis encadra le droit de grève. De Thatcher, on retiendra aussi sa détermination à ne pas céder face aux mineurs en grève (mars 1984- mars 1985), qui refusaient la fermeture des mines de charbon. Après cet affrontement, le Royaume-Uni connut une croissance supérieure à celle de ses voisins : 4 % par an entre 1983 et 1990 — avec un pic à 5 % en 1988. L’inflation fut réduite à 5,3 % et le chômage à 5,8 %.

Réélue en 1982 et 1987, la Dame de fer reste détentrice du record de longévité au 10, Downing Street. Lorsqu’elle quitta le pouvoir, en 1990, victime d’une fronde à l’intérieur de son parti, elle déclara : « Nous sommes très heureux de laisser le Royaume-Uni en bien meilleur état que nous l’avons trouvé. » Ses choix stratégiques ne furent pas remis en cause par ses successeurs, qui reconnurent qu’elle avait sauvé l’économie du pays. Jusqu’en 2006, la croissance du Royaume-Uni sera de 2,8 % en moyenne. En 2002, le député travailliste Peter Mandelson écrivit dans une tribune publiée dans le Times : « Nous sommes tous des thatchériens. »

La France de 2016, c’est la Grande-Bretagne de 1979. À une différence près : nous n’avons pas trouvé notre Margaret Thatcher.

Eric Brunet

valeursactuelles.com

Rédigé par La rédaction

Publié dans #économie

Commenter cet article