Non, Monsieur Cazeneuve, ce ne sont pas des « sauvageons » mais des assassins !

Publié le 11 Octobre 2016

Non, Monsieur Cazeneuve, ce ne sont pas des « sauvageons » mais des assassins !

Samedi, des bandits de grand chemin, détrousseurs d’automobilistes au carrefour du Fournil, à Viry-Chatillon, ont (presque) réussi leur coup. Ils ont appliqué le principe des penseurs des Nuit debout du printemps dernier : « Un bon flic est un flic mort. » S’étant entraînés à plusieurs reprises, ils se sont perfectionnés dans le jet du cocktail molotov. Sans capitale à molotov puisque, ainsi que l’explique Jean-Charles Mignard dans l’excellent papier paru ce lundi matin sur Boulevard Voltaire, le terme est « devenu en France, sous Hollande-Cazeneuve, un nom commun et même très commun ».

S’il survit, le jeune policier de 28 ans le plus grièvement blessé sera défiguré à vie et privé de l’usage de ses mains. Et peut-être également sa collègue, gravement brûlée elle aussi. Et Jean-Charles Mignard de poser la bonne question : qui les a envoyés au casse-pipe ?

C’est le propret ministre de l’Intérieur, monsieur Bernard Cazeneuve, qui débutait la semaine comme invité d’Élizabeth Martichoux dans RTL Matin. Bien lustré, pas un cheveu qui traîne sur son crâne poli, tiré à quatre épingles quelles que soient l’heure et les circonstances, cet homme est toujours aussi content de lui et du gouvernement auquel il appartient. Aucune responsabilité ne saurait lui être imputée dans ce qui survient : délinquance ordinaire, terrorisme ou manifs qui dégénèrent. Il fait tout bien comme il faut, cet homme.

Y compris délivrer des pronostics sur la santé du policier qui se bat pour survivre : « Je ne fais pas de commentaires sur l’état de santé des policiers parce que c’est aux médecins de le faire. Ce que je peux dire, c’est que son état est sérieux […] et je suis convaincu qu’il se remettra. » Nous voilà rassurés.

Rassurés, aussi, sur les auteurs du crime. En effet, lorsqu’on lui demande « Diriez-vous qu’ils [les policiers] sont tombés dans un traquenard, ce samedi, à Viry-Chatillon, alors qu’ils surveillaient une caméra de surveillance ? », le ministre de l’Intérieur répond benoîtement : « Ils ont été confrontés à une bande de sauvageons qui ont agi avec lâcheté. »

Il est vrai que, question lâcheté, il en connaît un rayon, monsieur le ministre. La preuve par le vocabulaire ! Comment ose-t-il qualifier de « sauvageons » des assassins de la pire espèce ? Le dictionnaire appelle sauvageon un « enfant farouche, qui a grandi dans l’abandon et sans éducation, comme un sauvage ». C’est le cas des gamins des rues, chapardeurs à l’occasion, ceux qui dans les campagnes faisaient l’école buissonnière et rentraient en ville pour tirer les sonnettes et la langue aux passants. Les jeunes de La Grande Borne – dont Cazeneuve refuse, au passage, de dire combien ils étaient et leur âge ! – sortent cagoulés et armés, équipés pour tuer et déterminés à le faire. Ce sont des assassins (« personne qui commet un crime avec préméditation »), rien d’autre.

Mais Bernard Cazeneuve l’affirme, là encore : « Il n’y a pas de zones de non-droit en France et quand il y a des délinquants qui cherchent à enkyster leur activité funeste, nous intervenons massivement et nous continuerons de le faire, notamment en donnant davantage de moyens à la police. » À quoi le Premier ministre Manuel Valls, venu rendre visite aux policiers de l’Essonne, a répondu lui aussi en écho : « Il n’y a pas de zones de non-droit, il y a des territoires particulièrement difficiles. » De même qu’il n’y a pas d’élèves ingérables mais « seulement des enfants en devenir », comme on dit à l’Education nationale. En devenir de délinquants assassins de flics.

Mais dormez tranquilles, bonnes gens, Cazeneuve veille sur nous. La sécurité, c’est sûr, c’est pour demain. Ou peut-être à la Saint-Glinglin, qui arrive comme chacun sait après les élections.

Marie Delarue
Ecrivain, musicienne

bvoltaire.fr

Rédigé par La rédaction

Publié dans #Gouvernement

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