13 novembre : commémorer ne suffit pas !

Publié le 13 Novembre 2016

Ce dimanche, François Hollande et la ville de Paris vont se rendre sur tous les lieux où, le 13 novembre 2015, des terroristes islamiques, dans les 10e et 11e arrondissements, ont mitraillé des terrasses de café et de restaurants, et commis un carnage dans la salle du Bataclan, faisant 130 morts et plus de 400 blessés. Le gouvernement veut, ainsi, commémorer cette tuerie, comme il l’avait fait à Nice, le 14 octobre dernier.

Les associations de victimes et les proches des victimes ont souhaité que ces cérémonies soient marquées d’une grande sobriété, voulant éviter tout risque de récupération politique. Des plaques seront apposées aux abords des lieux touchés, portant les noms des victimes dont les familles auront donné leur accord. Mais commémorer ne suffit pas. Si les victimes méritent le plus grand respect, cette tragédie pose aussi la question des fondements du sentiment national et de l’identité française.

Pour bien comprendre ces événements, il faut s’interroger sur les liens entre islam et terrorisme. D’un côté, la thèse de ceux qui, comme Gilles Kepel, estiment que l’objectif des djihadistes est de fracturer la société française pour provoquer une guerre civile au nom de leur prétendue religion. De l’autre, une thèse sociologique et, nous semble-t-il, plus partisane : celle d’un Olivier Roy pour lequel « la radicalisation djihadiste n’est pas la conséquence mécanique de la radicalisation religieuse » mais serait plutôt la conséquence d’une « révolte nihiliste générationnelle ». S’y ajoutent l’influence de courants musulmans comme les salafistes et les Frères musulmans ou encore la possibilité d’un lien avec la pression migratoire.

On constate donc la diversité des analyses sur ce sujet.

Il en est de même pour la nature du sentiment national face à cette guerre. Certes, il existe des moments d’unanimisme collectif, comme les drapeaux tricolores dans les rues, sur les façades des maisons ou la « Marseillaise » entonnée au Congrès de Versailles après les attentats. Mais ces nouvelles formes de « patriotisme » ont des fondements disparates. Le rapport à la nation s’est profondément transformé. Il ne se fonde plus sur les valeurs patriotiques d’autrefois.

 

On le voit bien dans le débat sur l’identité française. Pour les uns, la France est héritière de la civilisation judéo-chrétienne, elle a une histoire nationale, elle ne doit pas se couper de ses racines si elle veut prospérer. Pour d’autres, son identité est en devenir. Le gouvernement prône sans discernement l’ouverture aux autres cultures comme un enrichissement, alors que le véritable cosmopolitisme, dans l’esprit des Lumières, consiste dans le partage de nos valeurs universelles : c’est l’exact contraire du multiculturalisme.

Passé l’émotion des commémorations du 13 novembre, nos « élites » (comme on le dit improprement) devraient s’interroger sur la définition de l’identité française. Ce devrait être un thème important du débat présidentiel, car de cette conception dépend l’avenir de la France.

Jean-Michel Léost
Professeur honoraire

bvoltaire.fr

Rédigé par La rédaction

Publié dans #France

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