A quand la préférence nationale pour les SDF ?

Publié le 3 Novembre 2016

Un SDFC’était au printemps dernier. La réunion d’information sur le centre d’hébergement pour SDF du bois de Boulogne virait à la foire d’empoigne. Les protagonistes prêts à en découdre, la salle était évacuée par les forces de l’ordre.

Le maire Claude Goasguen et les riverains ne veulent pas de ce centre dans leur XVIe arrondissement. Laisser 2.500 migrants sur les trottoirs du XIXe arrondissement, ça ne fait jamais que 2.500 pouilleux au milieu des pauvres… Mais 200 miséreux au milieu des nantis et des tapins du bois de Boulogne, ça, c’est intolérable. Pourtant, en principe, seront logés là des pauvres de chez nous. En majorité des « sans-logis isolés » et des familles dont 20 % de « travailleurs pauvres » qui voient maintenant leur passer devant le nez, direction l’hôtel, les cars de Calais emplis d’Afghans, de Syriens, de Soudanais ou d’Érythréens.

Mais les pauvres, même Français, ça pue. Et ça pue d’une odeur qui ne fait pas bon ménage avec celle de l’oseille.

Le centre devait ouvrir au début de l’été, puis en septembre. La Toussaint est passée et les portes sont toujours closes. Lundi dernier, un cocktail Molotov a été jeté dans l’un des bâtiments.

La bourgeoisie s’encanaille.

Ce 2 novembre, jours des Morts, le président du SAMU social parle dans le Monde d’« une catastrophe qui s’annonce ». Éric Pliez entrevoit une hécatombe dans les semaines qui viennent. Compte tenu de ce que je vous disais la semaine passée – à savoir le nombre de personnes actuellement à la rue -, je crains que ce monsieur n’ait raison. Les morgues vont avoir du boulot. « En 2015, dit-il, 1.600 appels quotidiens [au 115] ont été recensés en hiver, contre 1.100 le reste de l’année. » Mais pourquoi s’inquiéter ? Monsieur Hollande n’a-t-il pas assuré qu’il n’y aurait plus aucun camp dans Paris, et son acolyte Cazeneuve que tous les migrants seraient mis à l’abri ? Il est vrai que les SDF dont on parle ne sont pas des migrants, ou alors des migrants de l’intérieur. Qui ne sont pas sous les projecteurs. Donc, ceux-là peuvent attendre.

Éric Pliez poursuit : « Chaque année, il faut attendre les premières baisses de température pour que l’État communique le nombre de places qui seront à disposition. » Dans sa grande générosité préélectorale, l’État assure qu’il y aura cet hiver 2.870 places supplémentaires. Hélas, ces promesses-là n’engagent, elles aussi, que ceux qui les entendent. En effet, dit Pliez, « ce nombre communiqué aux médias et aux acteurs professionnels et bénévoles, qui laisse imaginer une mobilisation massive, ne correspond jamais aux places réellement disponibles chaque nuit ». Pour la bonne raison qu’elles sont déjà occupées.

Alors le SAMU social avance des solutions : réquisitionner les bureaux inoccupés, déployer des « structures modulaires » dans les friches urbaines (mais pas dans le XVIe), et surtout sortir de cette maladie française qu’est la centralisation « en permettant, pendant l’hiver, d’héberger des personnes hors de leur département de prise en charge ».

En toute logique, aussi, il serait bon de pouvoir placer les personnes âgées dans des EHPAD et les handicapés dans des centres spécialisés… Vœu, hélas, pieux car on sait bien que la France, dans ces deux domaines particulièrement, est totalement à la traîne.

Enfin, la vérité est ailleurs, comme on dit dans les séries américaines, et elle est multiple : manque d’argent, manque de foncier pour bâtir, et surtout manque total de volonté politique. D’autant plus que le sort des SDF « de souche » n’est pas un argument de campagne très glamour en cette période électorale.

 

Marie Delarue

bvoltaire.fr

Rédigé par La rédaction

Publié dans #France

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