Fidel Castro mort: un dictateur de moins, rien de plus

Publié le 27 Novembre 2016

Le dictateur Fidel CastroFrançois Hollande rend un hommage appuyé à Fidel Castro, un dictateur sinistre qui n’a nul besoin de discours élogieux.

 

Le Président de la république a cru devoir rendre hommage à « une figure du XXe siècle ». Certes Fidel Castro était une figure et il a exercé son pouvoir au XXe siècle. Mais il a été surtout un sinistre dictateur. Son goût de l’uniforme, qui exerçait une telle fascination sur les intellectuels progressistes pour lesquels il perd sa dimension négative quand il est porté par des « révolutionnaires », le prouvait assez.

Jean-Paul Sartre en 1960 s’extasiait, atteint de jeunisme : « Pas de vieux au pouvoir ! » Pour Simone de Beauvoir, Castro avait « bouleversé les notions de possible et d’impossible. »  Claude Jullien, correspondant du Monde, le journal de référence, était en état de lévitation permanente. Pour Henri Alleg, impitoyable pourfendeur de la torture (mais en Algérie uniquement), « l’exploitation de l’homme (était) liquidée. »

 

Les années 60 virent ainsi se multiplier les extases lyriques de la fine fleur de l’intelligentsia hexagonale1. La fascination pour Fidel Castro les rendait remarquablement aveugles au caractère totalitaire du régime pourtant affirmé dès les débuts.

Un régime totalitaire dès 1959

En effet, dès la prise du pouvoir, Castro organise des parodies de procès faisant exécuter 600 partisans du dictateur déchu Batista. Il refuse d’organiser des « élections libres » : « Pour quoi faire ? » s’étonne-t-il ? La constitution de 1940 garantissant les droits fondamentaux, il s’empresse de la suspendre et gouverne pendant 17 ans sans constitution. En 1976, il impose un texte qui est une copie carbone de la constitution soviétique.

Très vite les libéraux qui avaient fait alliance avec lui pour renverser la dictature Batista comprennent à qui ils ont affaire. Ils démissionnent, laissant la place aux fidèles de Fidel. À l’automne 1960, les derniers opposants qui n’avaient pas pris le chemin de l’exil sont arrêtés et éventuellement exécutés. C’est le début aussi d’un exil des classes moyennes : médecins, professeurs ou avocats manqueront cruellement à leur pays.

Les ouvriers, prétendument objets de tous les soins des communistes, ne seront pas épargnés. Les syndicats sont noyautés puis réduits à un seul, la CTC qui demande « spontanément » la suppression du droit de grève. L’Église catholique perd toute liberté, les établissements scolaires religieux sont tous fermés. Fidel Castro avait pourtant fait ses études dans le collège jésuite de Belen. Quant aux artistes, Castro avait clairement défini leur place : « Dans la révolution, tout, en dehors rien ! »

D’innombrables victimes

Un mouvement de révolte dans les montagnes de l’Escambray est impitoyablement réprimé, les paysans déportés. Les « contre-révolutionnaires » sont trainés au poteau d’exécution sous l’œil vigilant de Che Guevara. Sous la triste dictature, les prisonniers politiques étaient dépourvus de tout droit. Un étudiant récalcitrant, Pedro Luis Boitel, condamné à dix ans de prison, fait une grève de la faim pour protester contre les mauvais traitements. Le régime le laisse cyniquement mourir, refusant à la mère de voir le corps de son fils. Une victime parmi tant d’autres…

Le tendre frère de Fidel Castro, Raul Castro, fut chargé du ministère de la Défense et se montra très actif dans l’activité des tribunaux militaires si attachés à la noble tradition du poteau d’exécution. La sécurité d’État, qualifié tendrement de « Gestapo rouge » par les Cubains, avait mis en place les travaux forcés. Chargée d’espionner la population, elle visait à établir un dossier sur chaque Cubain.

Soigneusement protégé par des milliers d’hommes, ayant à sa disposition des « goûteurs » (un empoisonnement est toujours possible) et un corps médical spécial, la vie du Lider Maximo avait donc un certain coût pour la population. Mais quand on aime, on ne compte pas…

Les camps de concentration furent opérationnels en 1965 notamment pour les individus socialement nuisibles : prêtres catholiques comme homosexuels, témoins de Jéhovah comme proxénètes. Mais ce système trop voyant devait susciter des protestations internationales. Un système de travail forcé extrêmement violent lui fut substitué.

La torture, plus souvent psychologique que physique, était commune dans les prisons cubaines. Qui ne connaît la Cabana avec ses « trous à rats » ?

Les innombrables détenus ont constitué « la principale force de travail de l’île » selon les mots d’un responsable du régime en 1974. Ils ont construit notamment de nombreux établissements d’éducation qui suscitaient l’admiration d’illustres visiteurs. Les opposants étaient désignés sous le nom poétique de « vers de terre » (gusanos). La haine sociale était ainsi érigée en règle du gouvernement de Fidel Castro.

En 1980 l’exode massif de dizaines de milliers de Cubains par le port de Mariel soulignait combien le discours du régime était mensonger : ces Cubains appartenaient aux couches les plus modestes de la société. Un cinquième des Cubains vivaient en exil à la fin du règne personnel de Fidel Castro. Plus de cent mille Cubains ont subi sous une forme ou une autre la répression communiste.

Fidel Castro est mort ? La belle affaire…

 

Gérard-Michel Thermeau
contrepoints.org

 

Rédigé par La rédaction

Publié dans #France, #Gauche

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