Geoffroy Didier, le chaînon manquant entre opportunisme et carriérisme

Publié le 17 Novembre 2016

Geoffroy DidierC’est l’histoire d’un mec, disait Coluche, un mec normal. Pas de droite. Ce mec s’appelle Geoffroy Didier. Cofondateur, avec Guillaume Peltier – transfuge extrême droitier cherchant désespérément à faire oublier son passé – de la Droite forte en 2012, qui se voulait, alors, le renfort droitier et « sans tabou » (dixit Didier) de l’ex-UMP, il vient de déclarer au Figaro (15 novembre) sa flamme pour… Alain Juppé, auquel il trouve, bien entendu, d’inestimables mérites que l’intéressé lui-même ne soupçonnait vraisemblablement pas.

Son entretien au quotidien de l’indéboulonnable industriel Serge Dassault commence par un grand écart d’orfèvrerie où la tartufferie le dispute à une insincérité foncière : « [Alain Juppé] est aujourd’hui le seul capable de créer une dynamique de rassemblement en fédérant depuis une droite forte jusqu’aux centristes du MoDem. » Sans blague ! Pourquoi ne pas étendre aux socialo-libéraux de Macron, voire – comme le préconise, d’ailleurs, le maire de Bordeaux – aux déçus du « hollandisme », cet arc républicain œcuménique ?

Ce qui est excessif est insignifiant, disait Talleyrand.

Mais Geoffroy Didier est, finalement, plus insignifiant que véritablement excessif. Depuis 2004, époque où Brice Hortefeux le prit sous son aile, notre Rastignac des bacs à sable, ce Bel-Ami tardif, cet homme pressé au look de gendre idéal, aura tout fait pour capter la moindre lumière médiatique d’une carrière politique menée tambour battant, qui finira par le propulser vice-président de la région Île-de-France, en décembre dernier. Alléluia !

 

Durant ce laps de temps, après avoir effectué de non moins brillantes études, de l’Institut d’études politiques de Paris à l’ESSEC, en passant par Panthéon-Assas et la faculté de droit de l’université Columbia de New York – qui le mèneront à embrasser la profession d’avocat, d’abord à New York puis à Paris -, notre dandy manifestera très tôt – c’est-à-dire dès 2006 – un sarkozysme enamouré.

Ainsi commence-t-il par prendre la direction d’un club politique associé à l’UMP, La Diagonale, rassemblant des « sarkozystes de gauche », « très ouvert à la communauté gay […] ; quelques-uns de ses meetings se sont d’ailleurs tenus dans la boîte de nuit des Bains-Douches » (Marika Mathieu, La Droite forte, année zéro, La Martinière, 2013), et surtout favorable au « mariage » gay, au droit de vote des étrangers aux municipales ou encore à l’adoption pour tous les « couples ». En somme, pendant que Patrick Buisson jouait au gaillard d’avant dextrogyre du vaisseau sarkozyste en campagne, Didier constituait son flotteur gauche, jeune, métrosexuel et progressiste.

Puis vint Guillaume Peltier, droitard impénitent ayant fait ses classes au Front national de la jeunesse (FNJ) canal historique, au MNR de Bruno Mégret et au MPF de Philippe de Villiers. Incontestablement, il fournira à Didier la colonne vertébrale idéologique qui lui manquait et sans laquelle, probablement, comme bobo gauchiste de centre droit il eût continué à végéter dans le fond de cale d’une UMP déjà passablement saturée d’ambitieux de son espèce.

Son ralliement opportuniste à Juppé, voire à Fillon, « aussi un très bon candidat » (sic), sinon à tous les autres candidats (« je m’engagerai à fond derrière le vainqueur quel qu’il soit »), est caractéristique de cette nouvelle génération de politiciens, aussi vains qu’inutiles, jouvenceaux inexpérimentés, arrivistes impudents, capables de se prostituer pour un plat de lentilles, ce, au prix des contorsions morales et intellectuelles les plus inattendues.

Aristide Leucate
Docteur en droit, journaliste et essayiste

bvoltaire.fr

Rédigé par La rédaction

Publié dans #France

Commenter cet article