L’indulgence de la gauche pour les dictateurs communistes

Publié le 28 Novembre 2016

C’est comme ça. Notre gauche a toujours eu les yeux de Chimène pour les dictateurs pourvu qu’ils fussent  communistes. Elle ne fit pas exception pour Fidel Castro pour lequel,  après la désillusion qu’avait provoquée l’Union Soviétique, elle se prit  d’un fervent engouement. Révolucion + cuba libre et cigares + plages et cocotiers, un tel cocktail ne pouvait que séduire les Germanopratins. Il paraît que le régime castriste a fait plus de morts que celui de Pinochet. Qu’importe! Il y a révolucion et révolution. La première est acceptable quoi qu’on en dise, témoins, Sartre et Beauvoir qui écoutaient sous le soleil de La Havane les interminables discours du chef de la révolution cubaine, Danielle Mitterrand, toute l’intelligentzia française et autres étoiles du show bizz, tous  subjugués par le lider maximo.

Errare humanum est. Perseverare diabolicum. Nul ne peut ignorer aujourd’hui les millions de morts imputables au communisme en général et la répression castriste en particulier. Pourtant, on a pu lire hier dans la presse et les réseaux sociaux, les hommages vibrants venus de la gauche de la gauche.  Paul Laurent salue celui qui restera dans l’Histoire comme l’un des dirigeants du mouvement d’émancipation humaine. Emancipation humaine, vraiment? Les victimes apprécieront. Clémentine Autain tweete :  A Fidel Castro, pour la révolution cubaine, la résistance à l’impérialisme US, l’expérience « socialiste » d’un autre siècle. Hasta siempre. D’un autre siècle, en effet. 

Enfin,  Jean-Luc Mélenchon, leader du mouvement La France insoumise et poète à ses heures, ne trouve rien de paradoxal à saluer dans une envolée lyrique  celui qui n’hésitait pas à soumettre ses opposants: Fidel ! Fidel! mais qu’est-ce qui s’est passé avec Fidel. Demain était une promesse. Fidel, Fidel! L’épée de Bolivar marche dans le ciel. Sans doute veut-il nous rappeler que dans les révolutions, ce sont toujours les lendemains qui chantent.

Hier soir, à l’appel de Jean Luc Mélenchon,  un hommage était rendu au dictateur cubain au pied de la statue de Simon Bolivar. Interviewé par LCI, Alexis Corbière du Parti de Gauche, explique qu’il est important de rendre hommage à celui qui a réussi à s’affranchir de  l’impérialisme américain.  Certes, mais que dire alors  des milliers de Cubains qui ont choisi de fuir leur île pour  se réfugier  précisément chez ce voisin honni.  Que dire des scènes de liesse qui éclatent en Floride?   La journaliste de la chaîne juge bon de rappeler au porte-parole quelques vérités de base,  par exemple que ce rassemblement rend hommage tout bonnement à  un dictateur,  à quoi l’interviewé répond qu’il faut contextualiser notamment à cause du voisinage du géant impérialiste américain qui expliquerait toutes les dérives. On peut se demander dans quel contexte une dictature est acceptable.

Le journaliste prend le relais de sa consœur, et rappelle que les homosexuels, les malades du Sida, ont été enfermés dans les prisons cubaines. (Savoureux, soit dit en passant quand on se souvient comment les citoyens de la Manif Pour Tous ont été vilipendés et traités d’homophobes, souvent par les mêmes). Cela est-il imputable au voisin américain?  insiste le journaliste, espérant en vain  une réponse claire. Tout comme Toinette ne cesse de répéter au malade imaginaire: le poumon,le poumon, le poumon, vous dis-je, Alexis Corbière , tel un disque rayé, ne répond que par des: contextualisation, contextualisation,  impérialisme américain. Tout s’explique – on ne saurait dire s’excuse – par l’ombre maléfique du géant US.  S’appuyant sur les aspects positifs du castrisme, la santé et l’éducation, Alexis Corbière estime en quelque sorte que le bilan est globalement positif. Curieuse émancipation que de veiller à la santé et à l’instruction des citoyens si c’est pour les priver de tout et les asservir ensuite. Les morts, les prisonniers politiques, l’exil de milliers de Cubains? Balayés. On  reconnaît, certes, on ne cautionne pas, bien sûr. Mais ces victimes ne pèsent rien à côté de l’illusion quasi mystique que suscite la figure du lider maximo.  Ses fans de la gauche de la gauche française sont là, au pied de la statue, l’air grave et l’œil humide, tels de vieux groupies nostalgiques, fidèles en dépit de tout à leur improbable idéal. Hasta la victoria, siempre!

Florence Labbé

ripostelaique.com

Rédigé par La rédaction

Publié dans #Gauche

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