Le régime de « l’agonie heureuse »

Publié le 4 Novembre 2016

Hollande: l'agonie heureuseLucide, la gauche a intériorisé sa défaite… Hollande, lui, continue de jouer au trompe-l’oeil. Pour échapper à l’humiliation.

François Hollande est un mort-vivant, dit le New York Times, le journal lu par la classe dirigeante mondiale. Mais Hollande fait comme s’il avait la défaite euphorique, comme s’il se dopait aux pires sondages. Le dernier Kantar Sofres le place en cinquième position au premier tour de la présidentielle, à moins de 10 % ; un Cevipof de la semaine dernière lui accorde 4 % de satisfaits… On dirait qu’il s’en réjouit, convaincu d’être le meilleur, et de ce que personne à gauche ne ferait mieux que lui. Son ministre porte-parole, Stéphane Le Foll (qui n’eut qu’un blanc dans la voix le jour où il dut confirmer que le coiff eur personnel de François Hollande était mieux payé qu’un ministre, à près de 10 000 euros par mois), rappelle donc de sa part qu’il est « le boss », et qu’il est seul à pouvoir fixer le calendrier.

D’hommage en hommage, il ne cesse de parler de lui. Le 28 avril, c’était par une métaphore footballistique, à propos de la Panenka : « Ça, c’était un ballon tout mou. Parfois, les mous peuvent atteindre à la perfection, la subtilité, l’élégance, la surprise. » Tout lui… Le 7 juillet, aux obsèques de Michel Rocard, il se faisait le promoteur de l’« utopie du possible », de la politique qui consiste « plutôt à arroser très longtemps qu’à intervenir brutalement » ; le 26 octobre, pour le centenaire de la naissance de François Mitterrand, il se voyait comme lui, « attaqué parce qu’il était la gauche, celle qui prétendait arriver au pouvoir et à y rester. » Y rester ! Ce qui l’enchante, en parlant des sondages, c’est de pouvoir rappeler qu’il a déjà connu le pire — les 3 % d’intentions de vote —, ce qui ne l’a pas empêché d’être élu à l’Élysée. Certes, mais ces 3 %, c’était à la fin 2010, dix-huit mois avant l’échéance de 2012. Peut-il croire aux mêmes rebondissements, l’élimination de DSK, le succès à la primaire de gauche, qui l’ont conduit à la victoire ? Nous sommes à six mois de la présidentielle, à trois semaines de la primaire où la droite va désigner son candidat, qui sera en position de favori. Le problème du « mort-vivant » est que toutes les cartes sont étalées sur la table. Et qu’elles ne changent pas.

Six mois, c’est long ? Mais il y a deux ans, nous étions déjà dans la même situation, analysée par le même Premier ministre (cité par Antonin André et Karim Rissouli dans les autres Conversations privées avec le président). Le 14 juillet 2014 : « Le président est très abîmé, dit Valls. Avoir des résultats ne suffira pas. Ni l’inversion de la courbe du chômage ni le retour de la croissance ne le rendront à nouveau populaire. […] C’est d’une relation personnelle entre lui et les Français qu’il est question ». Deux ans plus tard, Hollande est encore plus abîmé, à cause de ses confidences (Un président ne devrait pas dire ça) qui donnent de lui une image de trahison, d’impuissance, et de cynisme. Par quoi la corriger ? Le trompe-l’oeil et la posture, ce climat d’« agonie heureuse » qui est en train de fleurir.

La gauche est lucide : elle a intériorisé sa défaite ; elle a en tête la perspective du désastre ; mais comment le limiter ? Après sa défaite de 2007, le Parti socialiste se trouva au bord de la disparition, comme l’UMP à son tour après la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012. C’est la force des choses. L’élimination à la présidentielle (surtout au premier tour) conduit au pire aux élections législatives. Or pour l’appareil socialiste, ce sont ces élections-là qui comptent, comme pour le reste de la gauche, communistes, écologistes, ou le parti de Mélenchon. Pour sauver les meubles, encore doivent-ils répondre à la question : quand commence la recomposition ? Avant la présidentielle ou après ? Valls, Macron, Bartolone et bien d’autres préféreraient avant. Hollande veut tenir autant qu’il peut, moins pour sauver son quinquennat de la défaite, que pour échapper à l’humiliation.

François d'Orcival

valeursactuelles.com

Rédigé par La rédaction

Publié dans #Hollande

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