Libération: La voix du « système » dont nous ne voulons plus

Publié le 26 Novembre 2016

Libération va mal. Malgré ses provocations en une, ses fantasmes sur le lobby catho, sa manie de débusquer l’extrême droite derrière chaque porte, sa hantise de l’homophobie et de l’islamophobie, le fleuron de la gauche qui a délaissé le caviar pour le hareng saur n’en finit plus de couler. Libé a perdu 100.000 lecteurs en 15 ans, et bien qu’il ait Rothschild dans une manche et le gouvernement dans l’autre, le quotidien de M. Joffrin agonise. Et crache un venin de plus en plus acide en espérant se refaire comme ça une santé.

Libération nous piétine, nous « petites gens » qui n’avons pas l’honneur d’appartenir au cercle fermé des faiseurs d’opinion, ces aréopages où l’on pense, dîne et fornique entre soi. Des assemblées où l’on se moque des sans-dents avant de tartiner des papiers indignés pour mieux dénoncer leur égoïsme de pauvres… Et pourtant, sachez-le amis lecteurs, vous et moi crachons chaque année au bassinet (plus de 10 millions d’euros d’aide totale en 2012) pour que survive ce titre qui serait, depuis longtemps, enterré s’il n’était distribué, chaque matin, à nos frais dans toutes les administrations, les bibliothèques et les salles de profs.

Pourquoi vous en parler, direz-vous ? Parce que c’est la voix du « système », celui dont nous ne voulons plus. La preuve par l’exemple du jour, histoire d’illustrer la façon perverse dont ces gens-là prétendent nous informer.

C’est Sylvain Mouillard, la larme à l’œil, qui titre : « Dans le XVe, des enfants défavorisés privés de cantine. »

Et le lecteur, comme M. Mouillard, de laisser aussitôt éclater son indignation devant une telle ignominie. Car, bien sûr, c’est le maire qui leur retire le pain de la bouche, un affreux maire de droite, on l’a compris. Sans doute un fillonniste qui frappe les enfants à coups de crucifix… Ça n’est pas dit, mais on le devine. Pas besoin d’en lire davantage : tout est dans le titre.

Mais il faut lire quand même.

Parce que la vertueuse indignation de Libé est une manip’ de plus.

Ils sont une vingtaine d’enfants, en effet, hébergés avec leurs familles dans un centre géré par Emmaüs Solidarité et qui suivent leur scolarité à l’école des Frères Voisin. Des petits Français, des Africains et aussi des Roms. Et c’est vrai que le maire Philippe Goujon (LR) a demandé à ce qu’ils rentrent déjeuner dans le centre où ils sont hébergés, avec un argument qui se justifie parfaitement : « Ce qui est prévu au départ, dit-il à LCI, c’est que ces enfants sortent de l’école et rentrent déjeuner chez eux. Emmaüs reçoit une subvention de l’État et une autre de la ville de Paris pour les héberger et les nourrir tous les jours. Ils sont donc nourris par l’État dans leur centre d’hébergement. » À quoi il ajoute que s’il donne les places de cantine à ces enfants-là, ce sera au détriment des pauvres de son arrondissement.

Mais la présidente des parents d’élèves de l’école (FCPE) crie au scandale et s’en va pleurer dans le giron de Libération : « Pour ces enfants, déjeuner à la cantine est un moyen de s’intégrer. Ils sont demandeurs, comme le corps enseignant et l’équipe périscolaire. » À quoi le maire répond qu’il existe un règlement de la caisse des écoles, et la condition pour bénéficier de la cantine, c’est de payer son repas. « Comment ? Quoi ? Quelle honte ! » Et tous ces tartufes de dénoncer cet homme sans cœur.

Sauf que le maire tient les cordons de la bourse et qu’il estime que si l’État paie d’un côté, il n’a pas, lui, à faire un cadeau de l’autre. Et surtout, dit-il, ces gens-là, s’ils tiennent vraiment à mettre leurs gosses à la cantine, peuvent bénéficier du « tarif social » : 15 centimes par repas ! Quant à l’intégration, elle « passe avant tout par la scolarisation », dit Philippe Goujon, et « si la mairie de gauche considérait que la cantine était un moyen d’intégration, elle paierait pour ces enfants ».

Mais cette vérité-là n’intéresse pas Libé, qui préfère laisser entendre qu’un sale élu de droite prive les petits pauvres de nourriture plutôt que de questionner Anne Hidalgo. À deux jours du vote des primaires, c’est toujours bon à vendre.

 
Marie Delarue
Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

Rédigé par La rédaction

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