Un policier en colère : «J'ai tiré, mon arme a été saisie, j'ai subi un dépistage d'alcoolémie»

Publié le 8 Novembre 2016

Policier en colèreJoël, membre d'une brigade anticriminalité, participe au mouvement des policiers en colère

« Je sors mon arme en moyenne une fois par semaine, c'est vraiment très régulier... » Joël*, fonctionnaire de la police affecté dans une brigade anticriminalité de l'Essonne, est favorable à la modification de la légitime défense pour les policiers et la demande dans les manifestations de policiers qui ont cours depuis le drame de la Grande-Borne. « Regardez, dans l'affaire du gendarme qui a tué le braqueur à Briis-sous-Forges (Essonne) ce week-end, tout est carré pour le militaire. Un policier dans le même cas aurait eu des ennuis avec mise à pied, enquête de l'inspection générale des services, et on aurait estimé qu'il pouvait très bien se dégager sans utiliser son arme. Pas de légitime défense. »

 

«On veut que ça change»


Joël reprend : « En dix ans de service, ça m'est arrivé une fois de me retrouver dans la situation où je devais tirer sur une voiture qui me fonçait dessus. J'ai utilisé mon arme et je n'ai touché personne, mais j'ai quand même eu droit à toute la paperasse après sur mon lit d'hôpital, puisque j'avais été blessé. Mon arme a été saisie, j'ai subi un dépistage d'alcoolémie et une audition pour expliquer dans quelles conditions s'étaient déroulés les faits et pour voir si je ne pouvais pas faire autrement », précise Joël. « J'étais coincé contre un mur et mon tir a fait dévier la voiture, ça a donc été considéré comme de la légitime défense. Si j'avais eu un petit espace pour me jeter et éviter la voiture, ça n'aurait pas été de la légitime défense et j'aurais été convoqué par l'IGPN... On veut que ça change. »

Joël estime aussi que « tout dépend de chaque policier. Je sais que, dans ce genre de situation, je n'hésite pas à tirer, même s'il y a une lourdeur administrative derrière. Mais d'autres collègues réfléchissent beaucoup alors que la décision doit se prendre en une fraction de seconde. Après, c'est trop tard. Les situations qui nous sont enseignées à l'école de police, on ne les retrouve jamais sur le terrain. Puis beaucoup de policiers ne sont pas à l'aise avec leurs armes. En BAC (brigade anticriminalité), on fait au maximum six séances de tir par an et, pour nos collègues en tenue, c'est trois séances, pour des questions de budget. Ça va avec l'évolution de la légitime défense que nous demandons, il faudra mieux former les fonctionnaires. »

*Le prénom a été changé.

m.leparisien.fr

 

Rédigé par La rédaction

Publié dans #France

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