Il ne fait pas bon être blanc dans un train de banlieue

Publié le 1 Décembre 2016

Il ne fait pas bon être un Blanc dans le train de banlieueOn peut éviter ça en baissant la tête. Et en se laissant bousculer sans rien dire.
 

Je suis un client fidèle, et surtout captif, de la SNCF. Mais vu ses performances parfaitement médiocres, je la quitterais volontiers pour un car – Macron. À Évreux où je réside, il n'y en a pas : ce n'est pas une grande ville. Le train reste ainsi, et pour moi, un moyen de transport obligé. Je fais donc des Évreux-Paris et des Paris- Évreux comme on va à l'abattoir.

J'exagère un peu. Mon chemin de croix ne concerne que les TER qui, avant d'arriver à Évreux, marquent un arrêt à Mantes-la-Jolie. Les Intercités, eux, filent direct jusqu'à Évreux : voyage paisible garanti.

Je privilégie évidemment ces trains-là. Mais en fonction de mon agenda, je suis parfois contraint d'emprunter un TER.

Et là, jusqu'à Mantes-la-Jolie, la découverte, pour ne pas dire l'aventure, est au rendez-vous. Des mots comme "vivre ensemble" prennent corps. L'expression "mixité sociale" (oui, on doit dire "sociale" !) se fait chair. Au pittoresque de la population voyageuse, il faut ajouter un argument non négligeable. Il n'est pas nécessaire sur ce trajet d'acheter son billet. En effet, les contrôleurs ne se montrent presque pas. Ils n'ont pas envie de se faire insulter et de se faire démonter la gueule…

Il y a un mois, pendant un trajet Paris-Mantes-la-Jolie, j'ai été violemment bousculé. J'ai protesté. On m'a rétorqué : "Ta gueule, sale Blanc !". Ils étaient quatre. Soutenus silencieusement par la majorité du wagon, et j'étais seul. Je n'ai rien dit. Et on s'est gentiment abstenu de me frapper.

Il y a deux jours, manque de pot, j'ai de nouveau emprunté un TER. Suite à une défaillance informatique de la SNCF, le train s'est arrêté pendant une trentaine de minutes dans une petite gare. Je suis descendu sur le quai pour fumer une cigarette. Sur ma place, j'avais laissé ma valise. Quand je suis remonté, mon bagage était par terre, et une jeune fille noire avait pris sa place. Les voisins avaient entrepris de lui expliquer que cette place était occupée. En la priant poliment de se lever.

Elle le fit en hurlant : "Vous me chassez parce que je suis une Noire !". Passant près d'elle, je lui fis remarquer que la couleur de sa peau n'était nullement en cause. Et que je souhaitais juste récupérer mon siège. J'aurais mieux fait de me taire. On me signifia aussitôt que j'étais un "fils de pute" et un "enculé de Blanc". Un incident somme toute banal mais qui est révélateur d'une véritable charge de haine de certains à l'égard d'autres qui ne leur ressemblent pas.

Atlantico

Rédigé par La rédaction

Publié dans #France

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