Les journalistes largués par le réel…

Publié le 1 Décembre 2016

Les journalistes largués par le réelAprès les séismes extraterritoriaux des votes Brexit et Trump, voilà que les répliques s’importent en France au travers de l’élection surprise de Fillon à la primaire. Le scénario n’avait même pas été testé dans les sondages. Aveuglés par les communiqués des très efficaces services de presse de nos candidats, les médias ont prophétisé les résultats, s’attendant à les voir s’incarner sans l’ombre d’un doute.

L’aggiornamento pourtant de rigueur n’a pas été de mise après le verdict du vote. Lorsque le couperet est tombé, l’aura des rédactions a perdu de son panache mais pas de son orgueil : nos oracles médiatiques ont, sans fard, endossé le rôle d’interprètes du réel, décryptant les augures du passé dans les entrailles ouvertes de l’urne démocratique.

Comment une évolution sociétale aussi importante a-t-elle pu leur échapper à ce point ? Un double jeu de dupes.

D’une part les médias « mainstream» se sont habitués à faire les élections.

Ils ont intronisé Sarkozy, sa concurrente Ségolène, Chirac et sa bonhomie ; ils auraient fait DSK sans l’épisode du Sofitel, et nous ont même fait avaler Hollande. Alors, avec le mal qu’ils se sont donné pour nous vendre le Juppé rassurant et rassembleur, c’était bien un monde si ces ingrats de droite ne le mettaient pas en tête face à un Sarkozy ridiculisé.

 

De l’autre côté de ce jeu de dupes, le public préformaté qui a intériorisé la notion de vote utile. Cet électorat se conformait jusqu’alors aux augures énoncés par les pythies médiatiques pour désigner leur préféré parmi les élus des écrans.

Cette logique a été brisée en partie grâce aux médias de réinformation et leur titanesque travail de fourmi, largement sous-estimés par les temples des grandes agences.

Mais rien n’a autant entamé la foi en ces gourous que de les voir se casser les dents sur le Brexit et Trump. Là où l’OVNI d’outre-Manche aurait pu être lu comme une excentricité britannique, la claque Trump que s’est autoadministrée une classe journalistique dévote à Hillary a ruiné en direct et en HD leur crédibilité auprès de nous.

Hébétés par une réalité qu’ils ne comprennent plus, ils ont tenté de récupérer leur retard en réinterprétant le réel avec une grille de lecture surannée.

Cas pratique : les journalistes n’ont pas compris le vote Fillon car ils ne comprennent pas l’électorat de droite. Celui-ci, moins sensible aux injonctions moralisatrices, a déclaré avoir été convaincu suite au deuxième débat télévisé. La classe médiatique a continué d’analyser (même après les résultats) la victoire supposée de Juppé, car leur pouvoir de prémonition détermine forcément le réel, et que l’électorat vote utile.

Juppé n’a jamais été favori : il a été favorisé.

Ne connaissant pas l’électorat de droite, plus rationnel que celui de gauche, les rédactions germanopratines ne voient toujours pas comment un « modéré » pouvait perdre face à un prétendu extrémiste.

La France de droite se délivre enfin des ornières moralisatrices des médias dominants.

Continuons.

 

Alice Fichant

Étudiante-chercheuse en communication

bvoltaire.fr

 

Rédigé par La rédaction

Publié dans #medias

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