Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Peuple de France - Toute l'actualité politique en France

Fillon, Macron : un traitement médiatique à deux vitesses

28 Mars 2017, 15:00pm

Publié par LA REDACTION

Fillon, Macron : un traitement médiatique à deux vitesses

Fillon, Macron : un traitement médiatique à deux vitesses

Etienne Dujardin dénonce le parti pris négatif avec lequel la campagne de François Fillon est présentée dans les médias.


Etienne Dujarin est un juriste belge. Il publie fréquemment des chroniques dans les médias en Belgique.


Selon un sondage Harris Interactive du 20 mars dernier, 57 % des Français pensent que les médias présentent la campagne de Monsieur Fillon avec un parti pris négatif. Toujours selon le même sondage, ils sont seulement 19% à penser que la presse présente Macron avec un parti pris négatif. Différents éléments peuvent expliquer cette énorme différence de perception de traitement de la campagne des deux candidats par la presse.

Lorsque les auteurs du livre Bienvenue Place Beauvau disent qu'ils n'ont pas réussi à établir l'existence formelle d'un «cabinet noir», mais bien le fait que l'Elysée instrumentalise la police et la magistrature à des fins politiques pour surveiller ses adversaires, on sent un microcosme médiatique très prudent sur la question, et même presque soulagé que les auteurs démentent l'existence du fameux «cabinet noir» afin de ne pas devoir en faire trop sur la question. François Hollande veut être tenu au courant des moindres faits et gestes de ses adversaires politiques dont un ancien président de la République, Nicolas Sarkozy. Toujours selon les auteurs de cet ouvrage déjà en rupture de stock, le président fait même surveiller son propre Premier ministre, à savoir Manuel Valls, et fait lancer des rumeurs à son égard pour le mettre en difficulté. Si l'on en croit la réalité décrite par ce bouquin, la plus haute autorité de l'Etat se servirait donc des services régaliens de l'Etat à des fins politiques, ce qui serait un énorme scandale.

Alors oui, si Monsieur Hollande a espionné Monsieur Sarkozy, Monsieur Valls et d'autres comme l'affirme ce livre, pourquoi serait-il exclu qu'il se soit intéressé au cas de Monsieur Fillon et qu'il ait ainsi, à l'aide de ses services, facilité l'accès à des dossiers sur Monsieur Fillon? Le candidat de la droite et du centre a fait des erreurs qui sont imputables à lui seul et absolument pas aux médias, certes, mais n'ont-elles pas émergé dans le grand public de par cette nébuleuse clandestine au service du pouvoir, et ce, avec le but de l'éliminer politiquement? Ne serait-ce pas une question légitime à traiter? Est-il normal que des procès-verbaux d'auditions apparaissent si rapidement dans la presse et qu'aucune enquête pour violation du secret de l'instruction ne soit diligentée? Autant de questions qui méritent une réponse et qui n'en trouvent pas si on s'arrête à la seule existence d'un bâtiment ou d'une structure formellement établie dénommée «cabinet noir». Au vu des affirmations du fameux livre, les Français ne sont pas assez naïfs pour croire que ce «cabinet noir» n'a aucune chance d'exister simplement parce que personne n'a trouvé un papier en-tête dans les poubelles de l'Elysée avec la mention «confidentiel cabinet noir-opération élimination Fillon».

Outre l'actualité liée à ce livre, nombreux sont les exemples qui peuvent poser la question d'un traitement peu partial.

Lorsqu'on invite des personnes comme Madame Angot sur France 2 dans l'Emission Politique, ou qu'on passe la moitié de l'émission à parler des affaires aucun autre candidat n'a eu droit à un tel traitement. Même si on n'aime pas Fillon, ce genre d'émission tellement violente le rend assez sympathique. Rappelons que Madame Marine Le Pen s'était tranquillement promenée sur le plateau de France 2, avec des invités peu coriaces et que les thèmes des affaires touchant le front national ou ses divisions n'ont presque pas été abordés de toute l'émission.

Nous pourrions également citer l'émission Quotidien qui, juste avant le rassemblement au Trocadero, a diffusé une image de Fillon tirant sa valise intitulée «Fillon, l'homme seul». Plusieurs internautes avaient alors réagi à cette séquence en comparant déjà le traitement fait à Fillon à celle de la chasse faite à Bérégovoy. La veille du Trocadéro, la même émission avait filmé les chaises vides d'une salle du candidat républicain. Enfin Frédéric Mitterand pourtant plus proche de Macron que de Fillon déclare «BFM TV s'est acharnée sur François Fillon de manière invraisemblable, c'était un lynchage».

Enfin, lorsqu'on s'interroge sur le patrimoine de Fillon en long et en large, un traitement journalistique équitable ne serait-il pas de s'interroger avec la même intensité sur le patrimoine de Monsieur Macron? La presse n'a-t-elle aucune question à poser à un homme qui a gagné des millions et qui se retrouve avec un patrimoine déclaré en 2017 extrêmement faible?

Tout le monde le reconnaîtra, le débat d'idée de cette campagne a été pollué par les affaires. Le débat démocratique a été confisqué par la bataille des boules puantes. C'est regrettable. Toutes ces questions auraient dû être posées il y a au moins un an, mais pas en pleine échéance électorale. En France comme aux Etats-Unis, la campagne présidentielle devient une bataille de communication sur les affaires des différents candidats et non sur leur projet, sur leur vision, sur leur majorité, sur leur solidité. Toujours selon le même sondage Harris Interactive, 86 % des Français se déclarent insatisfaits de la façon dont la campagne se déroule. Cette campagne - quel que soit le vainqueur final - aura laissé un goût amer. Le débat projet contre projet n'aura pas pu être mené. Il serait dommage qu'outre ce manque démocratique, le fossé entre les citoyens et les médias s'agrandisse encore en raison d'un sentiment de partialité. C'est toute la démocratie qui en serait perdante.

lefigaro.fr

Commenter cet article