Belkacem va chercher en Tunisie les professeurs d’arabe de nos écoles

Publié le par LA REDACTION

Belkacem va chercher en Tunisie les professeurs d’arabe de nos écoles

Jack Lang le déplorait. Najat Vallaud Belkacem y a remédié.

De quoi s’agit-il? De l’apprentissage de la langue arabe à l’école, bien sûr, dont  ces élites regrettent qu’il ne soit pas plus développé.

Pour pallier cette odieuse carence qui assombrit le tableau de nos brillants résultats, notre ministre de l’Education Nationale, dans les bureaux du ministère tunisien,  a signé un accord avec son homologue  Neji Jalloul, portant sur l’enseignement de l’arabe à l’école primaire et la création à Paris d’une école tunisienne.

Ouf. Il reste peu de temps à notre gouvernement pour mettre en place les mesures qui lui tiennent à cœur. Voilà qui est fait. Nul doute que M. Macron, s’il est élu, mènera à bien ce projet.

Sur le plan pédagogique, on peut objecter que l’apprentissage d »une langue étrangère à l’école primaire – fût-ce l’anglais – n’est pas une priorité quand on voit le nombre d’élèves qui achèvent leur premier cursus en maîtrisant mal le français et la lecture.

Par ailleurs, chacun aura pu observer que les acquis en anglais des élèves au primaire se réduisent à peu de choses, qui peuvent être assimilées en un mois en 6° par un élève qui n’a pas de problèmes particuliers.

Mais au-delà de la contestable utilité pédagogique de l’apprentissage d’une langue étrangère en primaire, ce qui peut inquiéter surtout, c’est que, d’une part, cette mesure, avant tout destinée aux enfants descendants d’immigrés maghrébins pour maintenir leurs liens avec leur pays d’origine, est de nature à renforcer le communautarisme déjà extrêmement pesant dans le milieu scolaire.

D’autre part,  vu le nombre de ces élèves – et point n’est besoin de statistiques ethniques pour s’en apercevoir – c’est la crainte que ne s’instaure à bas bruit la langue arabe comme deuxième langue plus ou moins officielle en France.

Il a déjà été question de donner un statut officiel aux langues régionales, ce qui est discutable mais peut se comprendre.  Sauf que l’intitulé complet est: langues régionales et minoritaires. Pour rappel, les langues minoritaires conformes à la Charte européenne sont la langue des signes,  le romani, l’arménien occidental, le yiddish, le judéo-espagnol, le berbère, l’arabe dialectal. 

On peut fort bien concevoir un nouveau gouvernement continuant à aller dans ce sens: la mise en place de cette mesure  ne demande qu’une modification de la constitution que certains possibles présidents seraient prêts à accorder. Oui,  une fois encore, on  pense plus particulièrement à Macron bien évidemment, pour qui il n’y a pas de culture française mais des cultures en France.

Arabe littéraire à l’école plus reconnaissance de l’arabe dialectal, nul doute que la mise en place de ces deux mesures  reviendrait à donner à la langue arabe une place prééminente et, à terme, submerger le français.

Quant aux autres élèves qui souhaiteraient étudier cette langue, rappelons qu’un tel apprentissage ne se limite pas seulement à un exercice utilitaire. Etudier une langue étrangère, c’est étudier sa culture, c’est se familiariser avec sa  sensibilité, sa vision du monde. La langue arabe étant totalement imprégnée de doctrine et de dialectique musulmanes, il devient impossible d’apprendre l’un sans s’imprégner de l’autre.

Ainsi, Les Contes des Mille et une Nuits,  une œuvre pourtant profane d’origine persane et indienne,  écrite en arabe,  s’ouvre sur cet incipit:

                   Au nom d’Allah, le compatissant et le miséricordieux,

            Gloire à Allah, maître de la Création, et bénédiction et paix éternelle sur le Prince des Apôtres, notre maître Mahomet.

Le prologue poursuit par cette variante de notre formule consacrée: il était une fois :

                 On raconte –  mais seul Allah est sage et omniscient – qu’il y a longtemps, etc.

Contrairement à notre littérature, dans la langue arabe donc,  aucun narrateur ne saurait être habilité à raconter une histoire. Seul, Allah peut l’être.

Et l’épilogue de clore le récit sur un acte de prière et de remerciement:

       Maintenant, prions et rendons gloire à Celui qui trône dans l’éternité au-dessus des fluctuations des temps, qui changeant toutes choses demeure Lui-même inchangé, qui seul est le Parangon de toutes les perfections. Et paix et bénédiction soient sur Celui qui a été le Messager choisi, le Prince des Apôtres, notre maître Mahommet, que nous prions pour une fin propice.

Le récit profane est donc tout entièrement inséré dans un contexte religieux. Chez nous, nos contes sont donnés comme par un troubadour invisible ou une vieille grand-mère commune à notre mémoire collective.

Dans la littérature arabophone, ils sont donnés par Dieu. Apprendre la langue arabe se double tôt ou tard d’une imprégnation religieuse.

La presse française ne semble pas accorder une grande place à la signature de cet accord. Peut-être parce qu’il a été signé en Tunisie dans le ministère tunisien de l’Education ? Peut-être parce que son importance n’en a pas été perçue. Peut-être parce que…

Florence Labbé pour ripostelaique.com

 

Publié dans Socialistes, Gouvernement

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