Macron vu de Grande-Bretagne: Un « candidat fabriqué, chéri de l’élite parisienne, marié à une grand-mère »

Publié le par LA REDACTION

Macron vu de Grande-Bretagne: Un « candidat fabriqué, chéri de l’élite parisienne, marié à une grand-mère »

Ben Judah du Times britannique a accompagné Emmanuel Macron dans sa campagne électorale. Ce qu’il en dit, vu de Grande-Bretagne, est rafraîchissant, ce n’est certainement pas l’idolâtrie béate de BFMTV.

Extraits.

On est assis en seconde classe pour la seconde fois de sa campagne, et le politicien de 39 ans me serre la main. Son regard bleu perçant qui vous fixe avec persistance, au bout d’un moment, est dérangeant et donne envie de regarder ailleurs.

L’élection survient dans un climat de sentiment anti-européen croissant, de chômage massif, de terrorisme et de tensions ethniques latentes partout en France.

Une série d’attaques a répandu la peur des enclaves islamistes et des banlieues de non-droit. Parmi les sites internet politiques les plus fréquentés, 7 sont islamophobes ou antisémites. Pourtant, tandis que sa rivale parle d’écroulement social, Macron tente de vendre une vision optimiste.

Macron veut que la France soit de nouveau jeune et confiante. Imaginez Steve Jobs parlant de l’économie française. Et il répète sans cesse son mantra : la gauche et la droite sont épuisées, dépassées, usées. Nous avons besoin d’une rupture, d’innover, oser — ou risquer de nous écrouler complètement. Avec En Marche !, il a fait ce que beaucoup d’anciens proches de Tony Blair, de gauchistes démocrates et ce qui reste de Tories ont fantasmé : créer un nouveau parti qui soit devant dans les sondages.

Les pensées de Macron sont pour la France des banlieues, les pneus qu’on brûle et Charlie Hebdo. « Je ne veux pas tomber dans la guerre civile. » « L’argument de la droite et de l’extrême droite vise l’islam et mêle l’islam au terrorisme, c’est une erreur. C’est tomber dans le piège des jihadistes. Ca nous emmène vers la guerre civile. Vers le point où l’on doit dire que ces 4,5 millions de citoyens français musulmans sont le problème. »

Nous nous rendons à un meeting En Marche ! à Bordeaux. Assise près de lui, ressemblant à une Jane Fonda française, se trouve la femme qui est toujours à ses côtés : Brigitte Macron, 63 ans. C’est sa femme, pas sa mère — 24 ans son aînée. Parfum de scandale, elle était sa professeur d’art dramatique à l’école ; ils ont développé une relation intime quand il n’avait que 17 ans, et il avait le même âge que l’un de ses enfants.

« Emmanuel est très bon acteur, » dit-elle en plaisantant. « Il était dans ma classe. »

Ils ont l’air bizarres ensemble avec leur alliance identique en argent. Pourtant, plus vous les regardez, comment ils se touchent, échangent des regards et plaisantent ensemble, plus vous voyez leur amour l’un pour l’autre — et c’est une connexion qu’on ne peut pas feindre.

Macron prépare déjà son premier coup de téléphone à la Maison-Blanche [jusqu’à aujourd’hui, le président américain a refusé de prendre François Hollande au téléphone et de le rencontrer – alors qu’il a parlé et invité des dirigeants de pays bien moins importants sur la scène internationale comme l’Espagne]. « Trump a été élu par le peuple américain, » dit-il en souriant [et cette phrase est totalement creuse]. « J’attends de voir ce qu’il va confirmer en matière de stratégie. Par-dessus tout, j’attends de voir s’il clarifie sa stratégie concernant les relations internationales, car je n’ai pas l’impression que c’est totalement clair aujourd’hui. [Pourtant la stratégie du Président Trump est très claire au contraire : l’Amérique d’abord. Toute action doit passer par le test suivant : est-ce que cela peut bénéficier au peuple américain.]

Les plus déjantés pensent que Macron a une double vie en tant que franc-maçon — et apparemment parce qu’il a travaillé à la banque Rothschild — qu’il est un agent de la conspiration juive pour dominer le monde, bien qu’il soit allé dans une école catholique. Tapez “Macron est-il…” dans Google et le premier résultat sera “juif” — Et juif, il ne l’est pas.

Macron est sans aucun doute l’une des personnes les plus fermées que j’ai rencontrées, et tellement lisse qu’il pourrait glisser d’une paire de menottes. La plupart des proches de Macron, des amis d’école et beaucoup de ses supporters n’arrivent pas non plus à mettre le doigt sur qui il est vraiment.

J’ai approché certains de ses amis qui le connaissent le mieux. De nos conversations, trois choses m’ont frappé.

  • La première est que tout le monde dit qu’il est brillant — exceptionnel, talentueux, doué.
  • La seconde est que Macron ne se laisse influencer par personne, à part Brigitte. Il a laissé tout le monde — sa famille et ses amis — derrière lui.
  • La troisième chose est qu’il est aussi ambigu qu’un cardinal du 17e siècle. Est-il vraiment qui il dit être ? Est-il de droite ou de gauche ? Ce mystère nourrit constamment la rumeur — qu’il nie — au sujet de sa sexualité.

Arnaud Dartevelle, un ami d’école à Amiens et maintenant professeur d’histoire dit de lui :

“Il garde une partie de lui secrète”. “Il a ce don de se faire facilement des relations depuis son plus jeune âge, sans jamais révéler toute sa personnalité, et en gardant ses distances.” 

“On parlait politique tous les jours depuis qu’on était très jeunes”. “Je ne suis pas surpris de le voir en politicien… Il a toujours aimé être le centre d’attention.”

“Il était littéralement philosophique, avec une voix douce et des cheveux longs,” se souvient son ancien copain de classe Antoine Joannes, qui travaille maintenant à la télévision. “Et un jour, j’écarquille les yeux et je le vois à la télé, complètement coincé, avec une cravate serrée, parlant d’économie comme conseiller du Président Hollande.”

Au lycée jésuite d’Amiens La Providence, Macron, Dartevelle et Joannes étaient dans le groupe de théâtre de Madame Brigitte Auzière. La relation d’amour interdite entre Emmanuel et son professeur commença lors d’une pièce de théâtre au sujet d’un politicien rendu fou par un dramaturge. Il avait 17 ans.

Macron se disait “transporté par l’ambition dévorante des jeunes loups de Balzac”

Ceux qui ne sont pas envoûtés par son magnétisme, comme Dartevelle, voient quelque chose comme l’anti héros de Balzac Eugène de Rastignac, l’intrigant provincial que rien n’arrêtera pour séduire les femmes et réussir à Paris.

“C’est un séducteur très doué,” dit de lui Christian Monjou, son ancien professeur d’Anglais à Henri-IV.

Macron a commencé à travailler comme assistant pour le philosophe Paul Ricœur, lequel le poussa à entrer à Sciences Po. Là, il enterra ses ambitions littéraires et arrêta d’écrire de la poésie pour la politique. Ses dissertations étaient sur Machiavel, et il écrit dans un manifeste qu’il était “transporté par l’ambition dévorante des jeunes loups de Balzac”.

En parlant avec Macron dans le train, une chose répétitive devenait claire. Il est évasif quand il s’agit de politique, transformant tout en questions philosophiques, abstraites, ou en bottant en touche avec une avalanche de données.

Quand on parle d’Histoire de France, il contrôle, et me regarde dans les yeux, mais en politique étrangère, j’ai l’impression qu’il récite un discours. Je m’en suis encore rendu compte durant son premier débat télévisé avec les cinq principaux candidats. Le Pen lu a lancé : “Vous avez un talent fou. Vous avez parlé pendant sept minutes, et vous n’avez rien dit.” Des proches de Macron ont avoué qu’elle avait fait mouche.

Bien qu’il fait campagne contre le système, Macron est en réalité son plus parfait produit. Et je réalise à quel point la fusion du technocrate et du banquier sera efficace pour les négociations de Brexit.

Assis avec Macron, il est impossible de ne pas voir le jeune Tony Blair, qui n’avait que 43 ans lorsqu’il est entré à Downing Street. “J’ai beaucoup de respect pour ce qu’a fait Tony Blair,” dit Macron.

Inquiet, Jacques Attali qui l’a présenté à François Hollande fait remarquer que malgré les slogans, il n’y a rien de moins révolutionnaire que les employeurs de Macron, ses réformes structurelles libérales, et les modestes réparations qu’il veut apporter au système. “Soit maintenant, soit dans cinq ans, une de ces deux choses va se produire — soit on fait les réformes nécessaires, ou nous élisons le Front National et nous quittons l’Union européenne et l’euro, et on doit tout recommencer.”

En arrivant à Bordeaux pour le meeting, je me glisse au premier rang, regardant Brigitte regarder Emmanuel. Ils se regardent constamment pendant qu’il parle. Le prof d’art dramatique l’évalue continuellement en hochant de la tête.

Les yeux d’Emmanuel lui disent qu’il fait du mieux qu’il peut.

Avec l’air des mauvais jours de Barack Obama, il change subitement de rythme. Il affronte Le Pen : “il ne faut rien céder au parti de la haine.” Quelque chose rempli ses yeux, Brigitte tombe en pleurs, et comme la foule (la salle est moins que pleine) chante as “Macron président !” — on peut voir qu’ils sont terrifiés de ce qui les attend à l’automne.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : traduit et adapté de l’anglais par Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

Source : thetimes.co.uk

 

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