Présidentielle: Les enjeux du scrutin

Publié le par LA REDACTION

Présidentielle: Les enjeux du scrutin

À quelques heures d'un scrutin dont le pire comme le meilleur peut sortir, c'est dire son importance, il semble plus nécessaire que jamais que chacun de nous fasse le partage entre la raison et le rêve. La campagne que nous venons de vivre n'a pas été aussi médiocre que l'on dit. Elle a mis en présence des personnalités fortes, elle a révélé des talents, elle a fait apparaître des fractures idéologiques essentielles. Mais elle a provoqué des passions et des humeurs qui ont trop souvent pollué les débats. Elle n'a pas apaisé le pays, elle n'a pas assouvi le désarroi compréhensible dans lequel il vit depuis plusieurs années. Cela tient à des raisons de fond : la crise économique et sociale que nous traversons, le bilan désastreux du quinquennat Hollande, la division des partis de gouvernement que le système des primaires a accentuée, l'environnement international et les menaces qui pèsent sur la paix. Cela tient également à des raisons de circonstance, au premier rang desquelles évidemment la très fâcheuse affaire Fillon qui a légitimement troublé les esprits et détourné le débat de ses enjeux majeurs.

Quels enjeux ? Le vivre-mieux et la paix. C'est simple. Que demande le peuple, sinon la satisfaction de ces deux aspirations ? Or, au terme de cette campagne, on a le sentiment qu'il n'a pas obtenu la réponse attendue. Le nombre important des électeurs encore indécis en témoigne. L'engouement provoqué par la candidature Macron et l'irruption dans le débat d'une sorte de corps étranger révolutionnaire en la personne de Jean-Luc Mélenchon apportent, chacun à sa façon, le témoignage d'une autre espérance : celle d'une rupture avec les modes de gouvernements traditionnels.

Si l'on ajoute à ces deux forces que l'on pourrait appeler exogènes celle que représente depuis bientôt quarante ans le Front national, et si l'on se réfère aux sondages, on aboutit à ce constat : une majorité de Français s'oppose désormais à ce qu'il est convenu de nommer le système. Mais ces trois forces sont inconciliables. Et aucune d'entre elles n'a la capacité à gouverner le pays. En effet, aucune ne peut espérer réunir sur elle-même une majorité. Mélenchon rêve. Marine Le Pen est suspecte. Macron poursuit la chimère d'un compromis entre la gauche et la droite, qui sans doute verra le jour dans l'avenir, ce jour où la France comprendra ce qu'a compris l'Allemagne depuis bientôt dix ans. Cela paraît aujourd'hui encore très aléatoire.

Si cette analyse est juste, la France pour l'instant ne paraît gouvernable de manière stable et efficace que si le pouvoir exécutif s'appuie sur une majorité homogène. À la condition que celle-ci apporte des réponses rapides aux aspirations que nous évoquions plus haut. Le mieux-vivre, mais pour tous, c'est-à-dire dans une économie libérée des contraintes qui l'emprisonnent, ce que la droite attend, mais qu'elle devra payer de sacrifices pour qu'enfin la justice sociale en tire le bénéfice.

Et la paix, c'est-à-dire le combat pour que s'éloignent les ombres qui la menacent, on pense au terrorisme. On ne saurait à ce sujet trop s'indigner du sort révoltant que la justice a réservé depuis ses premiers crimes à l'assassin du policier tué jeudi dernier aux Champs-Élysées. Ce n'est pas pour exploiter politiquement cette affaire que nous l'évoquons. C'est pour mettre en lumière la confusion des valeurs qui gouverne et abaisse ce pays depuis trop longtemps, tel que le bourreau obtient les égards dus à la victime après qu'il a assassiné celle-ci. Cette conception très particulière de la condition humaine et des droits de l'homme n'est pas la nôtre.

Il faut que la France revienne à la raison et en finisse avec ses rêves. Mieux vivre, vivre plus dignement et vivre en paix : ces problèmes se rejoignent. Ils sont une question de justice et d'autorité. Le pays a besoin d'un pouvoir qui exerce son autorité avec fermeté et dans un esprit de justice, en disposant des moyens nécessaires, et notamment d'une majorité parlementaire.

Philippe Tesson pour lepoint.fr

 

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