Affaire Sarah Halimi : le « vivre-ensemble » ne doit pas servir d’alibi au silence

Publié le par LA REDACTION

Affaire Sarah Halimi : le « vivre-ensemble » ne doit pas servir d’alibi au silence

Il existe deux manières de considérer le vivre ensemble, l’une fondée sur la liberté, et l’autre fondée sur la contrainte. L’une est amie de la liberté, l’autre conduit à l’oppression.

Quelque chose d’inquiétant est en train de se passer en France ; cela a commencé avec l’absence de dénonciation médiatique du caractère antisémite de l’assassinat de Sarah Halimi, et continue maintenant avec cette censure par ARTE d’un film sur les nouvelles formes de l’antisémitisme en Europe.

Au nom d’un impératif de « vivre ensemble », on cache des informations qui dérangent car elles font sortir de sa zone de confort.

Il existe deux manières de considérer le vivre ensemble, l’une fondée sur la liberté, et l’autre fondée sur la contrainte.

LE VIVRE-ENSEMBLE BIEN COMPRIS

La première consiste à dire que le vivre ensemble ne peut être que le résultat émergent, et jamais assuré, d’échanges libres entre des hommes, par  lesquels ceux-ci apprennent, parfois, à se connaitre et se respecter. Dans cette vision du monde, la possibilité de conflits entre les hommes n’est pas exclue.

Elle est certes déplorable mais n’est que le résultat du fait que chacun a des frontières (« boundaries ») différentes, qui souvent s’empiètent, sont très mal négociées, etc.

L’important dans cette perspective c’est que les gens souffrent lorsqu’ils sont en conflit ce qui, sauf intervention extérieure, (venant en fait amplifier le conflit par exemple en réduisant artificiellement la souffrance d’une des parties), tend à inciter les conflits à se résoudre, même si cela ne fonctionne pas.

 

LE VIVRE-ENSEMBLE COMME IMPÉRATIF MORAL

La seconde consiste à dire que le vivre ensemble est un impératif moral. C’est la version « autoritaire » du vivre ensemble. La perception sous-jacente, qui n’est pas fausse, est que rien ne se résout finalement par le conflit. La violence étant en soi considérée comme mauvaise, il y a en effet beaucoup à apprendre à ne pas s’y engager.

Et chacun peut évidemment comprendre cette opinion ; après tout, qui n’a pas fait l’expérience de la maturité comme une manière de conquérir tout ce qu’il y a d’impérieux en soi ? Qui ne s’est pas vu soi même, malheureusement, ou d’autres, engagés dans des combats futiles, recourir à la violence là où elle n’est pas nécessaire, voire en fait contre-productive ?

Mais les partisans du vivre ensemble poussent un peu loin la généralisation de cette expérience individuelle, et commencent à considérer tous les conflits comme des signes d’immaturité des deux parties. Le conflit ne devient plus à leurs yeux un processus ayant une cause, mais comme un mal. Dans cette vision des choses, il importe peu de savoir qui a initié le conflit, l’important est de faire en sorte qu’il cesse à tout prix.

EN CONFLIT AVEC LE CONFLIT

La plupart de ceux ayant cette perception ne se rendent pas compte qu’en traitant les conflits ainsi ils deviennent acteurs / participants à la violence qu’ils condamnent. Car ils ne réalisent pas qu’eux mêmes sont en conflit avec le conflit.

Cela peut sembler un peu trop subtil, mais il suffit d’observer la position des pacifistes, qui, avant guerre, ont préféré pactiser avec l’Allemagne (au nom d’un plus jamais ça ) plutôt que d’accepter que l’Allemagne hitlérienne était, en elle même, une cause propre et singulière de violence qu’aucune pacification ne pouvait atténuer.

Il ne fait aucun doute que leur pacifisme fut plus une fuite (immorale) devant la douleur d’un conflit avec l’Allemagne. Leur plus jamais la guerre les a aveuglé pour les transformer en complices du mal absolu…

UNE CAUSE QU’IL FAUT COMBATTRE

Il devient de ce fait très difficile de faire la différence entre cette condamnation catégorique de tout conflit et l’immoralité de ne pas vouloir sortir de sa zone de confort pour reconnaître que parfois la violence a une cause qu’il faut combattre.

Alors oui, quand est annulé un documentaire sur l’antisémitisme en Europe, cette dénonciation pouvant conduire à s’interroger sur une forme d’antisémitisme musulman, quand est faiblement dénoncé le crime antisémite consistant à défenestrer une personne en la traitant de « sale Juive » toute en criant « Allah Ouakbar », on est juste en train de défendre sa petite zone de confort.

Et on participe, de façon très autoritaire, à cette même violence qu’on s’illusionne de vouloir atténuer. Et en fait on l’amplifie : qui peut garantir que ce lâche silence ne se répètera pas ?

 

Article complet de Bruno Lévy ici: contrepoints.org

 

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