CSA le retour de la « police de la pensée »

Publié le par LA REDACTION

Le CSA ou la « police de la pensée »

Le CSA ou la « police de la pensée »

Plus une semaine ne se passe sans que Cyril Hanouna et son émission Touche pas à mon Poste fassent la Une de l’actualité. Ce show, qui se propose de décrypter l’univers de la télévision sur un ton décalé, est devenu la cible de tous les bien-pensants. Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel se range du côté de la morale pudibonde et vient de sanctionner l’émission phare de C8 en dépassant ses propres attributions. 

Deux séquences sont à l’origine de cette sanction. Diffusées en novembre et en décembre dernier, elles montrent deux animateurs de l’émission « Touche pas à mon poste » se faire piéger. A la suite de plaintes de téléspectateurs, le CSA a décidé de taper fort : interdiction pour la chaîne de diffuser de la publicité pendant trois semaines, ceci durant l’émission, mais aussi durant les quinze minutes précédant et suivant le show.

Une réponse du CSA à C8 bien peu « graduée »

En privant Touche pas à mon poste de publicité si longtemps, le gendarme de l’audiovisuel n’a pas fait dans la demi-mesure. Les sanctions au portefeuille sont une première dans l’histoire de la télévision. On a connu le CSA moins vindicatif vis à vis des médias. C’est d’autant plus étonnant que les gestes incriminés relèvent simplement de la blague potache. Mais, après tout, la télé est le reflet de notre société, où l’on cherche constamment des bons et des méchants. Une manière comme une autre pour les défenseurs auto-proclamés des bonnes causes d’exister. Les censeurs et moralisateurs sont aux aguets. Ils savent que le moindre écart avec la doxa leur donne un blanc-seing pour intervenir et dicter la bonne conduite aux animateurs et aux téléspectateurs. Même si, encore une fois, on peut s’étonner du caractère particulièrement radical de cette sanction.

On se rappelle d’ailleurs le tollé qu’avait provoqué, il y a quelques semaines, une blague de l’imitateur Nicolas Canteloup dans sa « Revue de Presque » sur Europe 1. En voulant réagir, avec humour, à l’affaire Théo, l’humoriste matinalier ne pensait pas s’attirer les foudres des polémiqueurs en tous genres. Dans sa chronique, il revenait, à sa manière, sur la visite de François Hollande au jeune Théo, qui accusait alors les policiers de l’avoir violé à l’aide d’une matraque au cours d’une interpellation. Imitant Hollande, Canteloup déclare : « Si Théo, après réflexion, se découvre des sentiments pour le policier qui lui a introduit la matraque… ». Curieusement, le CSA s’est fait beaucoup plus discret.

Les sanctions du CSA à l’encontre de la chaîne C8 sont étonnantes à plus d’un titre. Certes, le CSA dispose de différents types de sanctions : par exemple, une « sanction pécuniaire », ou encore une « suspension de la diffusion ». Mais il n’a, en aucun cas, le droit de priver une chaîne de télévision de ses revenus publicitaires. Surtout, l’application de cette mesure rentrerait en opposition avec une autre règle du CSA. En effet, une sanction pécuniaire ne peut excéder 3 % du chiffre d’affaires hors taxes réalisé au cours du dernier exercice clos calculé sur une période de douze mois. Or, dans le cadre de l’émission « Touche pas à mon poste », une sanction évaluée à 6 millions sur un chiffre d’affaires estimé à 130 millions d’euros représenterait 4,6 % du chiffre d’affaires de la chaîne.

Le CSA arbitre-t-il vraiment ? Depuis sa création, en 1989, l’institution semble surtout coutumière du « deux poids deux mesures ». Fort avec les faibles (ou, en l’espèce, avec ceux que la cohorte des bien-pensants met à l’index), faible avec les forts. Au risque de rendre des sanctions inéquitables et disproportionnées.

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